‹ Études d'histoire de la philosophieChapitre 42 sur 44 · RANT · texte numérisé non relu

RANT

mfime. Or ni la souverainete de la science dans Tordrc pratique, ni rimpossibilil6 theorique de la liberty ne sont, aujourd'hui m6me, assez clairement d6montr6es pour qu'on puisse rejeter dans le pass6 la solution kaniienne.

En ce qui concerne la philosophie de la science, le kantisme s'attache precis6ment aux problfemes qui de plus en plus obsedent Tesprit moderne. Comment Texp^rience, k elle seule, peut-elle fournir la certitude, comment la connaissance d'une loi, au sens exact du mot, peut-elle 6tre purement experimentale dans son origine? Aristote enseignait que le general, en tant qu'il est connu par la seule experience, comporte necessairement des exceptions, et qu'une connaissance intellectuelle pent seule poss6der une valeur universelle. Et cette doctrine est demeuree jusqu'a nos jours la doctrine classique. D6ja pourtant Descartes avail declare qu'il existe une veritable science des phenomenes, que ce qui passe peut 6tre r(5duit en essence immuable ; et la science, dans son progres, a de plus en plus ignore Tobjection d'Aristote. De quel droit, pourtant, repoussons-nous une doctrine qui semblait T^vidence m6me ? Comment, en quel sens, un fait peut-il 6tre une loi? Cette question, Kant Ta accept^e telle que la pose la science moderne; et sa doctrine des formes et des categories a pour objet de la resoudre. Solution profonde, que ne saurait 6luder quiconque persiste a vouloir unir, sans contradiction, Texperience avec la certitude.

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Enfln la morale kantienne, elle aussi, est loin de nous 6tre devenue etrangfere. Nous sommes aujourd'hui, vis-a-vis de Taction, dansune situation analogue a celle ou nous place la science vis-i-vis de Tfitre. Nous n admettons que les faits, et pourtant nous ne pouvons renoncer k la certitude, h la loi, a la croyance au devoir. Nous voulons ecarter tout motif d'agir qui serait tire de Tidee d*un monde suprasensible, et n6anmoins nous pretendons maintenir une morale absolue, une doctrine d'obligation. Ne sommes-nous pas, dfes lors, comme prepares h apprecier une philosophie qui pr^cisement fait sortir le devoir des entrailles de Texperience, et se garde du mysticisme aussi bien que de Tutilitarisme ?

Et si, dans les questions sociales, religieuses et politiques, nous sommes troubles par le conflit de Thistoire et de la raison, de ce qui est et de ce qui doit fetre, de la forme et de Tid^e, du fail et du droit, de Tid^al national et de Tideal humain, ne nous relrouvons-nous point en cela sur le terrain mfime ou etait situe Kant, lorsqu'il etudiait les rapports de la th6orie et de la pratique et conciliait la necessite de la nature avec la souverainet6 de la raison dans sa doctrine du progr^s moral ?

Ce n'est done pas en vain que Kant a fait effort pour se placer, tant dans Tordre de Taction que dans Tordre de la connaissance, a ce point de vue de Tuniversel k la fois r^el et id6al, qui est le point de vue de la rai-

son : sa doctrine en a regu un caractfere a la fois 6lev6 et positif, qui ne pent se rencontrer, ni dans les simples generalisations de Texperience, ni dans les rfeves de rimagination. EUe n'est pas le reflet d'une 6poque ni m6me Texpression de la pens^e d'un people : elle appartient a Thumanite.

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