‹ Études d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 10 sur 42 · Y. — LE POKNT DE VUE ET LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

Y. — LE POKNT DE VUE ET LA MÉTHODE

L'objet qu'Aristote a en vue est essentiellement théorique. Savoir pour savoir, comprendre, ajuster les choses à l'intelligence, telle est la fin de tous ses efforts.

Tous les hommes, dit-il, ont un désir naturel de connaître. Nous aimons la science, en dehors de tout intérêt. La sagesse est indépendante de l'utilité : elle est même d'autant plus haute qu'elle est moins utile. La science la plus haute est celle du but ou de la fin en vue de laquelle les êtres existent. Cette science est seule vraiment libre, parce que seule elle n'existe qu'en vue du savoir même. Elle est la moins nécessaire de toutes les sciences, et, par là même, la plus excellente. La science nous fait connaître les raisons intelligibles des choses. L'ignorant qui observe s'étonne que les choses soient comme elles

us

ÉTUDES DHISTOIKE DE LA PIIILOSOPIIIE

sont, et cet étonnement même est le commencement de la science : le sage s'étonnerait que les choses fussent autrement qu'il ne les connaît.

Comment procède Aristote pour acquérir la science, ainsi entendue ? Aristote n'est ni l'idéaliste dogmatique que suppose Bacon, fabriquant le monde avec les seules catégories du langage ni l'empiriste que voient en lui beaucoup de modernes. Il est observateur, et il est constructeur : d'une manière générale, il allie et combine intimement l'étude scrupuleuse des faits et lefTort pour les rendre intelligibles. Les faits sont pour lui le point de départ, mais il ne s'y tient pas : il cherche à en extraire les vérités rationnelles qu'il sait d'avance y être contenues. Le terme qu'il a en vue, c'est la connaissance des choses sous la forme démonstrative, c'est-à-dire sous la forme d'une déduction où les propriétés de la chose se connaissent par son essence même.

Le plus souvent, et surtout quand il s'agit de choses métaphysiques ou morales, avant d'aborder l'étude des choses en elles-mêmes, il recherche et discute toutes les opinions qui existent sur la matière. C'est la méthode dialectique, laquelle, tirant ses arguments, non de l'essence même de la chose, mais de ce qui est admis par l'interlocuteur, ne dépasse pas la vraisemblance. Dans remploi de celte méthode, Aristote part fréquemment des conceptions populaires : il en dégage un sens philosophique, quil utilise pour l'établissement de sa théorie. II part aussi du langage, qui est pour lui comme un

AIIISTOTK

îB

intermédiaire entre les choses et la raison. Surtout il a égard aux doctrines de ses devanciers, il énumère soigneusement toutes les opinions qu'ils ont soutenues ; et lors même qu'il rejette ces opinions, il en cherche la raison et la vérité relative. Ses dissertations philosophiques sont d'ordinaire composées de la manière suivante : r il détermine l'objet de la recherche, afm de n'être pas exposé aux malentendus, comme il arrive à Platon ; 2 il énumère et apprécie les indications et les opinions existant sur la matière ; 3' il recherche et examine, de la manière la plus complète, les difficultés ou i-ovla». que présente la question posée ; 4<' considérant les choses en elles-mêmes, et utilisant dans ses raisonnements les résultats des discussions précédentes, il cherche la solution du problème dans la détermination de l'essence une et éternelle de l'objet en question.

Page 1