VI. - AIUSTOTK HISTOHIE.X
Il résulte de ce qui précède qu'Aristote est tout d'abord historien. Il a commencé par apprendre le plus possible. Platon, à ce qu'on rapporte, l'appelait le liseur. L'histoire n'est pas pour lui une fin dernière, quoiqu'il ait au plus haut degré la curiosité des faits, mais elle est un moyen indispensable. Elle fournit à l'esprit des matériaux sans lesquels il s'agiterait dans le vide. Aristote s'est livré à des études historiques approfondies dans tous les domaines de la science.
BolTROtX.
En ce qui concerne Thisloire de la philosophie, il avait écrit notamment sur les pythagoriciens et sur le platonisme. Tout le premier livre de la Métaphtjsique est rempli par des recherches historiques : c'est un exposé des principes mis en avant depuis Thaïes jusqu'à Platon. Mais comme Tobjet qu'il a en vue est dogmatique, il fait rentrer les systèmes antérieurs dans les cadres de sa propre philosophie. Il en recherche l'idée, la forme parfaite, le terme et l'achèvement ; il veut les comprendre plus profondément que les ont compris leurs auteurs eux-mêmes; et il les résume en des formules créées par lui, qui en font des acheminements à son propre système. S'il classe les doctrines, c'est d'après les ressemblances et différences qu'elles présentent à son point de vue, non d'après l'inlluence qu'elles ont exercée les unes sur les autres. C'est ainsi que le résumé contenu dans le premier livre de la Métaphysique est destiné à préparer la théorie aristotélicienne des quatre causes. Aristote montre qu'avant lui on a plus ou moins discerné et mis en valeur les principes matériel, moteur et formel, mais qu'on n'a parlé de la cause finale que d'une manière accessoire et accidentelle. Anaxagore, qui a entrevu la cause finale, apparaît nous dit notre auteur, comme un homme sensé parmi des gens qui parlent au hasard. Les recherches chronologiques tiennent peu de place dans ces considérations. De même Aristote s'occupe peu des relations de maître à disciple. Il note les services rendus par chacun de ses devanciers à la phi-
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losophie en général, telle qu'il la conçoit ; il relève ce que chaque penseur a trouvé de durable ; il signale les inventeurs et les avocats des idées qui ont joué un rôle dans le développement de la science, et qui lui paraissent mériter examen. En un mot, il ne recherche pas les origines historiques des systèmes, mais il dégage de la masse informe des faits la formation logique de la philosophie définitive.
A l'histoire politique se rapportent les fameuses TioAiTEiat, où Aristote exposait les constitutions de 158 cités grecques et barbares. Cet ensemble de traités rentrait dans ce que nous appelons archéologie et histoire de la civilisation. On y trouvait maint trait de mœurs, et jusqu'aux proverbes et aux chants populaires des différents peuples. L'ordre des matières, selon certains commentateurs grecs, était alphabétique. Selon Diogène, les constitutions éta^nt classées, d'après leurs ressemblances, en démocratiques, oligarchiques, aristocratiques et tyranniques. Nous pouvons aujourd'hui nous faire une idée des TîoA'Tsvai, grâce au traité de la Constitution des Athéniens, récemment retrouvé. La première partie de ce traité est l'explication des transformations politiques d'Athènes depuis les origines. La seconde décrit l'organisation politique et administrative d'Athènes vers le temps du procès de la Couronne.
Dans l'ordre littéraire, Aristote avait écrit l'histoire de la rhétorique et de la poésie. Cette histoire, qui ne nous a pas été conservée, est grandement louée par Cicé-
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ron. « Arislote, dit-il, y avait noté tous les préceptes donnés par les rhéteurs, et cela avec tant de perfection que Ton trouvait ces préceptes mieux exposés par lui que par leurs auteurs mêmes, et que, quand on voulait les connaître, c'est chez lui qu on les cherchait. »
Il avait également dressé des listes chronologiques des représentations dramatiques, et des listes des vainqueurs aux jeux olympiens et pythiques. Ces ouvrages sont perdus.
On le voit : la curiosité d'Aristote est insaliahle et s'étend à tous les domaines. Mais il veut savoir et comprendre, non s'amuser au récit des faits : l'histoire n'est pour lui qu'un instrument de la science, les faits n'ont de valeur que comme véhicules de l'idée.
vu. - LOGIQUE
Anstote veut connaître les faits, non seulement en tant qu ils sont, mais en tant qu'ils doivent être ; il veut résoudre le contingent en nécessaire. Il lui faut donc, tout d'abord, rechercher les conditions sous lesquelles l'esprit conçoit quelque chose comme nécessaire: en d'autres termes, il lui faut premièrement envisager la science dans sa forme, abstraction faite de son contenu : cest l'objet de la logique'.
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ir Les textes relatifs à celle partie de la philosophie d'Aristote sont s opY2v'.xa, savoir: les Caléf/orie.s, \ Ilenneneia, les Analutique.s pre- >f'rs et .fenners. les Topi,fues et les Arf,,onents sopfàsthjues.
ARISTOTE
La logique est la détermination des lois du raisonnement et des conditions de la science. Aristote distingue, dans la connaissance, la forme et la matière, et considère la forme comme ayant une existence et des lois propres. Son existence consiste dans la réalité des concepts stables, ou idées générales, unes, exactement déterminées quant à leur compréhension et quant à leur extension. Sa loi fondamentale est le principe de contradiction : « Il est impossible qu'un même attribut appartienne et n'appartienne pas à un sujet donné, considéré sous un seul et même rapport. » Il y a d'ailleurs, selon Aristote, proportion et accord entre la pensée et l'être; et par suite, notre philosophe ne se fait pas faute d'admettre dans sa logique maint élément d'un caractère métaphysique.
La logique aristotélique est une analyse rationnelle des conditions auxquelles doit satisfaire un raisonnement pour que la conclusion en soit conçue comme nécessaire. Il ne s'agit pas de savoir comment, en fait, nous raisonnons dans la vie commune, mais comment doit être construit un raisonnement pour que la nécessité de la liaison qu'il établit apparaisse immédiatement et irrésistiblement comme évidente. C'est pourquoi le problème de Tanalyse psychologique du raisonnement naturel, qu*a indiqué Locke, ne saurait être substitué à celui d'Aristote que si V on admet la réduction du nécessaire au contingent, de l'idéal au réel, du précepte au fait, de l'art à la nature.
Il convient de distinguer : 1° les instruments de la
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pensée ; 2' le rôle et la valeur de ces instruments dans la constitution de la science.
Les instruments de la pensée sont les notions, les propositions et le raisonnement.
Sous le titre général de notions se rangent les calégorèmes ou prédicables, les catégories ou prédicaments, et les notions de rapports logiques.
Les catégorèmes sont les notions universelles qui se rapportent aux modes généraux suivant lesquels une chose peut être énoncée relativement à une autre. C'est ce qu'on appelle les universaux, savoir : le genre, l'espèce, la dilTérence, le propre et l'accident.
Les catégories sont les genres irréductibles des mots et, par suite, des choses, car les classes des mots sont les classes mêmes des choses. Ce sont les genres suprêmes. Les catégories sont au nombre de dix : 1" l'essence, par exemple : homme, cheval ; 2» la quantité : long de deux aunes ; 3° la qualité : blanc ; 4° le rapport : double, moitié ; 5° le lieu : au lycée; 6» le temps : hier; 7" la situation : être couché, assis ; 8° la manière d'être : être chaussé, armé ; 9" l'action : couper, brûler ; 10» la passion : être coupé, brûlé. Les catégories se divisent en deux classes, l'essence, à elle seule, constituant la première, et les neuf autres catégories constituant la seconde. Celte table des catégories paraît dressée empiriquement, par la comparaison des mots entre eux. Elle diffère foncièrement de celle de Kant, qui présente les
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différentes manières de lier a priori et en un sens néces-, s aire les éléments divers d'une intuition en général c'esl-tà-dire de ramener cette matière éparse à l'unité de Taperception transcendentale.
Les différents rapports logiques des termes entre eux sont ridentilé et Topposition, cetle dernière comprenant la contrariété, la contradiction et le rapport de privation à possession.
Le principe général relatif à l'opposition est que deux termes opposés entre eux relèvent toujours d'une seule et même science.
Les propositions résultent de l'assemblage des concepts. Elles sont aflirmatives ou négatives, universelles ou particulières. Seules, elles comportent vérité ou erreur, tandis que les concepts isolés ne sont ni vrais ni faux. La conséquence n'est pas la même, si deux jugements sont entre eux contradictoires, ou simplement contraires. Deux jugements contraires ne peuvent être vrais l'un et l'autre, mais ils peuvent être faux ; tandis que de deux jugements contradictoires, l'un est nécessairement vrai, l'autre faux : ceci résulte du principe du milieu exclu, expression particulière du principe de contradiction. ♦
Les propositions comportent des conversions, ou interversions du sujet et de l'attribut, dont Aristote détermine les règles.
Le raisonnement consiste essentiellement dans le syllogisme. La théorie du syllogisme et de la démonstra-
lion ou syllogisme parfait est appelée par Arislote aftrïh/tique. Aristote en revendique la création. Il affirme qu'avant lui sur ces matières il n^existait rien, qu*il n a pas eu seulement à perfectionner, mais à inventer, et que c est à force dVssais laborieux qull est arrivé à son but. Kant a dit de la théorie du syllogisme que depuis Aristote elle n'avait pas fait un pas, soit en avant, soit en arrière.
Le syllogisme est un raisonnement dans lequel, certaines choses étant posées, quelque chose d'autre en résulte nécessairement. Le propre du syllogisme, c'est de mettre en évidence la nécessité de la liaison. Ce résultat est obtenu par l'emploi d'éléments adaptés à une application exacte du principe de contradiction. Ces éléments sont des termes considérés comme étant entre eux dans le rapport de la partie au tout. Soit A contenant B, et B contenant C, il s'ensuit nécessairement, d'après le principe de contradiction, que A contient C. Tel est le type du syllogisme, et les trois termes qu'il implique s'appellent pour cette raison gmml, moi/en, l'^tU. Cette relation de contenance est considérée par Aristote comme l'équivalent delà relation du général au particulier. Le genre est comme un cercle défini qui contient les espèces.
Le syllogisme est parfait ou imparfait, selon qu'il est immédiatement conforme au type que nous venons d'indiquer, ou qu'il n'y devient conforme qu'à l'aide de transformations ou réductions.
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L'origine de cette théorie se trouve dans les mathématiques. Elle consiste dans une adaptation aux notions qualitatives des rapports de grandeur. 11 était naturel qu'Aristote cherchât, dans une imitation analogique des mathématiques, le moyen de démontrer nécessairement en matière qualitative ; car les mathématiques réalisaient, de l'aveu de tous, cette nécessité dans l'enchaînement des termes, qu'il avait en vue. L'instrument de la liaison nécessaire, dans le syllogisme, c'est le moyen terme.
Parmi les cas particuliers du syllogisme, le plus important est V induction, ou raisonnement qui va du parti-
culier au général. Voici un exemple de ce raisonnement : € L'homme, le cheval et le mulet vivent longtemps. Or, l'homme, le cheval et le mulet sont des animaux sans fiel. Donc, tous les animaux sans'fîel vivent longtemps. » La condition de la légitimité de la conclusion, c'est la convertibilité de la mineure. Ici, par exemple, il faut qu'à la proposition : « L'homme, le cheval et le mulet sont des animaux sans fiel », il soit légitime de substituer: € Tous les animaux sans fiel sont l'homme, le cheval et mulet, p La légitimité de cette substitution n'est plus une question de logique. En fait, la série des animaux sans fiel est infinie. Mais l'essence de l'animal sans fiel est tout entière dans chaque animal sans fiel. La question est de discerner cette essence, de dégager le type de l'animal sans fiel, de manière à distinguer les caractères qui appartiennent aux animaux sans fiel en tant
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qu'ils sont sans fiel, d'avec les caractères qui leur appartiennent indépendamment de cette condition. Pour y parvenir, on considère un certain nombre d'animaux sans fiel, on les compare entre eux, on cherche ce qu'ils ont de commun, et, par là, ce qui, en eux, est essenUel et nécessaire. En d'autres termes on considère les êlres de la nature, non seulemenent avec les sens, mais avec le voJ;, lieu des essences et capable de les retrouver, de les reconnaître dans les données des sens.
L'induction d'Aristote vise ainsi à la classification des êtres et des faits, et à une classification naturelle. En tant qu'elle s'applique à discerner les rapports nécessaires des rapports contingents, elle rend possible la prédiction, et ainsi elle fournit de véritables lois, au sens moderne du mot. Mais cette possibilité de prédiction est restreinte aux faits qui découlent immédiatement d'une essence déterminée, elle ne s'étend pas aux faits quirésultent du mélange de plusieurs essences. Car le mélange des essences n'a pas de raison nécessaire, est chose purement contingente. Les genres, selon Aristole, sont radicalement séparés les uns des autres, chacun d^eux est un absolu. Par cette doctrine de l'indépendance des genres, la théorie aristotélicienne de l'induction est en opposition, tant avec le cartésianisme, qui ramène les lois physiques aux déterminations mathématiques, l'hélérogène à l'homogène, qu'avec Tévolutionisme, qui admet l'existence actuelle des espèces, mais en leur
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attribuant une genèse naturelle dans le passé à partir d'une origine commune.
Le syllogisme proprement dit et l'induction sont entre eux, selon Aristote, comme l'ordre de la nature et l'ordre de la connaissance humaine. En soi, le syllogisme est plus intelligible : poumons, l'induction estplus claire. Le syllogisme part du général. Or, il nous est impossible de prendre connaissance du général, sinon par induction. Non que les principes généraux reposent sur la sensation et l'induction comme sur leur fondement; mais c'est l'induction qui pour nous dégage ces principes, c'est elle qui nous fournit les éléments intelligibles que le voù; y reconnaît comme nécessaires et vrais.
Tels sont les instruments de la science. Comment, par leur nioyen, la science se forme-t-cUe?
La science est la connaissance des choses en tant que nécessaires. Une chose est connue scientifiquement quand nous savons qu'elle ne pouvait être autrement qu'elle est. Or cette connaissance est réalisée quand nous réussissons à rattacher la chose donnée à sa cause.
Il y a dans la nature trois sortes de liaisons : 1° les conjonctions qui se réalisent toujours, par exemple : les relations des phénomènes astronomiques ; 2'' les conjonctions qui se réalisent d'ordinaire, par exemple : les relations des choses physiques entre elles et, davantage encore, des choses morales ; 3"* le hasard, c'est-àdire les coïncidences qui ne se reproduisent que peu ou
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point. La première espèce de liaison comporte la science parfaite, la seconde une science imparfaite bornée à la probabilité ; la troisième reste en dehors de la science. Il n'y a pas de science de ce qui se passe.
Ni lopinion ni la sensation ne peuvent produire la science, parce que, incapables l'une et l'autre de détermination parfaite et de fixité, elles ne peuvent saisir le fini et l'immobile. La dialectique platonicienne, elle aussi, est impuissante à fournir la science, parce que, comme elle consiste en demandes et réponses, elle ne s'appuie que sur le consentement de l'adversaire, non sur le vrai en soi. Partie de l'hypothèse, elle ne dépasse pas la conséquence purement logique et formelle. C'est parla démonstration que s'obtient la science. Uapodieiique. ou théorie de la démonstration, diffère essentiellement de la dialectique.
La démonstration se fait par syllogisme direct de la première figure. La réduction à l'absurde et les svllogismes de la seconde et de la troisième figure ne sont pas encore la démonstration. La démonstration prend son point de départ dans un principe non seulement accordé par Tadversaire, mais nécessaire en soi. C'est ainsi que raisonne le mathématicien. .
La démonstration comprend trois éléments : 1^ le sujet ; 2 l'attribut, qu'il s'agit de rattacher au sujet par un lien de nécessité; 3^ les principes généraux sur lesquels se fonde la démonstration. Ces derniers sont le principe de contradiction et ses dérivés. Indispensables,
ARISTOTE
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ils sont, en eux-mêmes, vides et insuffisants. C'est dans la nature du sujet que réside la base de la démonstration.
Il y a, en effet, des principes propres au sujet, par exemple le continu, inhérent à l'étendue; le discontinu, inhérent au nombre : ce sont ces principes spéciaux qui ont un contenu et qui sont féconds. C'est sur ces principes qu'il convient de s'appuyer, et l'on ne doit jamais, dans la déduction, passer d'un genre à un autre, à moins que l'un ne soit proprement subordonné à l'autre. Ainsi, la géométrie ne saurait s'expliquer par l'arithmétique : il est impossible d'adapter à des grandeurs étendues les démonstrations propres au nombre. Quand on viole cette règle, on n'a plus pour se guider que les principes communs à toutes les sciences; dès lors, les liaisons que Ton établit ne sont connues que comme accidentelles et contingentes, non comme essentielles et nécessaires : on a procédé par analogie, non par démonstration. L'impossibilité que voit ici Aristote sera levée par Descartes et Leibnilz.
Les principes propres sont indémontrables comme les principes communs. Prétendre tout démontrer serait se condamner, ou au progrès à l'infini, ou au cercle vicieux. Chaque science a, de la sorte, ses principes spéciaux irréductibles.
D'oïl viennent ces principes? Ils ne sont ni innés, ni reçus du dehors purement et simplement. Il y a en nous une disposition à les concevoir ; et, par l'effet de l'expérience, cette disposition passe à l'acte. C'est en cela, en
définilive, que consiste rinduclion, et ainsi c'est par induction que nous connaissons les premiers principes propres à chaque science.
La démonstration suppose la définition. Il faut qu'il y ait des définitions indémontrables : autrement on irait à rinfini. Il n y a de définition, ni de l'individu, ni de l'accident, ou général indéterminé, mais seulement des espèces intermédiaires entre le général et lindividu. La définition se fait par l'indication du genre prochain et des différences spécifiques. Pour arriver à constituer une définition, il faut aller du particulier au général, et contrôler celte induction par une déduction allant du genre aux espèces.
En résumé, une chose est connue comme nécessaire, quand elle est rattachée, par voie de déduction, à une essence spécifique.
Au-dessous de l'apodictique qui enseigne comment on peut arriver à connaître une chose comme nécessaire, se place la dialectique, ou logique du probable : elle est exposée dans les Topiçues, Le domaine de la dialectique est l'opinion, mode de connaissance susceptible de .vérité ou de fausseté. Le dialecticien prend pour point de départ, non des définitions nécessaires en soi, mais les opinions ou les thèses proposées par le sens commun ou par les philosophes ; et il cherche quelle est, de ces opinions diverses, la plus vraisemblable. Il procède par questions et réponses, il examine contradictoirement le oui et le non sur chaque sujet. Ainsi il conduit ses
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questions de manière à poser d'abord une thèse, puis une antithèse; et il discute Tune et l'autre proposition. Cette discussion consiste à examiner les difficultés qui surgissent, lorsque l'on veut appliquer la proposition à des cas particuliers. Le dialecticien raisonne syllogistiquement, mais en partant du vraisemblable. Le vraisemblable, pris comme donné, c'est en définitive l'essence simplement générique, non encore déterminée par la différence spécifique. L'addition du principe spécifique au principe générique pourrait seule rendre la conclusion nécessaire. Mais les principes spécifiques ne se peuvent déduire des principes génériques, car tout genre comporte à titre égal différentes espèces.
Le rôle de la dialectique est considérable : elle est le seul mode de raisonnement possible dans les matières qui ne comportent pas de définitions nécessaires. Et, dans la recherche des vérités nécessaires elles-mêmes, elle est le préliminaire indispensable de la démonstration.
Ce qu'est la dialectique en matière logique, la rhétorique l'est en matière morale. Si la première cherche le vraisemblable, la seconde le persuade. La rhétorique est ainsi le pendant de la dialectique, ou plutôt, comme la pratique est à la théorie ce que le particulier est au général, la rhétorique est une partie de la dialectique. Le mode de raisonnement propre à la rhétorique est l'enthymème, syllogisme où l'on sous-entend l'une des trois propositions, et où les raisons se tirent, non de
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AKISTOTE
l'essence môme des choses, mais de vraisemblances et de signes. La matière principale de renlliymème qu emploie la rhétorique est l'analogie, ou induction qui va du particulier au particulier.
Enfin, de la dialectique se distingue Yéiistiqite. Tandis que celle-là se meut dans le domaine des choses qui sont générales, ordinaires, sans être nécessaires, leristique se meut dans le domaine du pur accident, et cela, de propos délibéré. L'éristique se contente d'une vraisemblance acceptée par l'auditeur. Aussi les raisonnemenls érisliques sont-ils de purs sophismes. Aristote les dévoile et les décrit minutieusement.
Au-dessous des choses qui arrivent toujours, lesquelles dépendent d'une essence à la fois générique et spécifique et peuvent être connues comme nécessaires, au-ilessous même des choses qui arrivent d'ordinaire, lesquelles dépendent d'une essence simplement générique et peuvent être connues comme probables, il y a celles qui arrivent accidentellement, sans aucune règle. Comme les choses qui arrivent ordinairement résultent du mélange des espèces, ainsi les phénomènes isolés résultent du mélange des genres: mais, tandis que ce qui n'est pas délerminable par l'espèce l'est encore, dans une certaine mesure, par le genre, fonds commun de plusieurs espèces, ce qui n'est pas même déterminable par le genre ne l'est plus du tout, vu qu'au-dessus des genres il n'y a plus que les principes universels, lesquels, s'appliquant à tout, ne déterminent rien. Du hasard donc,
comme tel, de la rencontre des deux genres, il n'y a pas de science. Seuls, les éléments dont se compose le phénomène fortuit peuvent être connus comme nécessaires ou possibles, en tant qu'on les rattache à leurs essences spécifiques ou génériques respectives : l'assemblage de ces éléments, qui constitue proprement le phénomène fortuit, est sans raison, parce que les genres, comme tels, sont sans lien entre eux.
La logique aristotélicienne a régné sans conteste jusqu'à Bacon et Descartes. A partir des commencements de la philosophie moderne elle a été battue en brèche de divers côtés, soit qu'on lui reprochât de n'être que la logique de l'exposition, non celle de l'invention, soit même qu'on la considérât comme factice et illégitime. La discussion roule principalement sur la valeur du concept ou idée générale, qui est la base de la théorie. Les empiristes en particulier, pour qui les idées ne sont que des traces de la sensation, mesurent la valeur des généralités au nombre de faits constatés qu'elles représentent, et soutiennent que, la vérité de la majeure d'un syllogisme supposant celle de la conclusion, le syllogisme est nécessairement un cercle vicieux.
La question est ici de savoir si un concept n'est autre chose qu'une idée collective, ou si c'est une unité, statique ou dynamique, valable pour une série indéfinie de faits passés, présents et à venir. Mais lors même que le concept aristotélicien ne coïnciderait pas exactement avec la nature des choses, comme il arriverait si la con-
Bjltbolx. 9
ARISTOTE
tinuité était la loi fondamentale de Télre, la logique d*Aristote n'en conserverait pas moins une réelle valeur. Non seulement elle subsisterait comme analvse des conditions de la connaissance idéale pour Tesprit humain; mais elle serai! légitime dans la mesure où il existe des espèces dans la nature. Or, il en existe, sinon peut-être d*une manière éternelle et primitive, du moins en fait et actuellement. Les êtres supérieurs, surtout, forment des groupes relativement stables. Lors même que la continuité serait la loi fondamentale, il n'en faudrait pas moins reconnaître dans la nature une tendance à la discontinuité et à la spécification. La logique aristotélicienne répondrait à cette partie ou à ce coté de la nature, qui est gouverné par la loi de spécification. Destituée de la valeur métaphysique et absolue que lui attribuait son fondateur, elle conserverait une valeur relative et expérimentale.
Vlli. — MÉTAPHYSIQUE'
Tandis que chaque science spéciale considère quelque espèce particulière d'êtres, la physique, par exemple, Têlre en tant qu'il y a en lui matière et mouvement, les mathématiques, la forme de Fètre mobile en tant qu'on l'isole par abstraction de la matière où elle est réalisée, la philosophie première, ainsi que l'appelle
I Source : la collection appelée Métaphysique.
Aristote, considère l'être en tant qu'être, to ov, f, ov, et en recherche, en ce sens, les principes.
La métaphysique aristotélicienne s'est constituée en opposition avec la philosophie platonicienne. Aristote commence donc son exposition par une critique de son maître. Platon, dit-il, cherche et l'objet de la science et l'être en tant qu'être dans les essences générales conçues comme existant à part, en dehors des choses et en dehors les unes des autres. Or, le vrai est ici mélangé avec le faux. Platon a bien vu que le général seul peut être objet de science, et qu'ainsi le monde sensible comme tel ne peut être connu scientiliquement. Mais il s'est trompé en croyant que les genres peuvent exister à part et qu'ils sont eux mêmes principes et substances.. Les genres n'existent que dans les individus. On s'engage dans d'inextricables difficultés si l'on veut qu'ils existent en soi. Quel sera, dans cette hypothèse, le rapport des choses à leurs genres respectifs? Un rapport de participation? mais comment concevoir cette participation ? Et puis, combien y aura-t-il de genres substantiels? Comment l'idée, substance une, peut-elle se retrouver dans une infinité d'individus? Si l'idée générale est substance, ou il n'y a pas d'individus, ou il n'y en a qu'un. De plus, le général ne peut être principe et .substance, parce qu'il est destitué de force, parce qu'il ne peut exister en soi. Le général est toujours un attribut : la substance, au contraire, est sujet et chose existant à part. Donc, il est bien vrai que le général seul est
ÉTUDKS D'HISTOIRE DE LA PIIILOSOPHIE
ARISTOTE
objet de science, mais la substance, par contre, ne peut être qu'individuelle.
De là toutefois naît une difficulté. Si, d'une part, toute science porte sur le général, et si, d'autre part, la substance ne peut être que quelque chose d'individuel, comment y aura-t-il une science de la substance ? Notre théorie n'aboutit-elle pas à ce résultat : une science dont l'objet n'est pas, un être qui ne peut être objet de science ?
Pour résoudre cette difficulté, il nous faut élargir la notion de la science. Toute science ne porte pas sur le général. La science a deux modes, deux degrés. Il y a la science en puissance et il y a la science en acte. La science en puissance a pour objet le général, mais il n'en est pas de même de la science en acte : celle-ci a pour objet l'être parfaitement déterminé, l'individu.
Dans cette doctrine se trouve l'idée maîtresse de Taristotélisme. Le général n'est pas le principe constitutif de l'être : il n'en est que la matière. Déterminé par un côté, il est, par un autre, indéterminé : tout type général peut être réalisé de diverses manières. Un être réel, une substance, est un être achevé qui, sous tous les rapports, est ceci et non cela : partant, dans un être réel quelconque il y a quelque chose de plus que dans n'importe quelle idée générale. Toute la science du général n'arriverait pas à construire l'individualité de Socrate. Deux choses sont nécessairement en dehors de cette science abstraite : les accidents, parce qu'ils sont au-
dessous, les individus, parce qu'ils sont au-dessus du général. La connaissance des individus s'obtient par une intuition, laquelle, immédiaterpent, saisit l'unité substantielle qu'on ne pourrait déduire.
Cette irréductibilité de l'individuel au général se retrouvera dans toutes les parties de la philosophie d'Arislote. En vertu de ce principe, la spéculation abstraite sera impuissante à nous faire connaître la nature ; l'expérience y sera nécessaire. Et, dans l'ordre moral, les^ lois seront insuffisantes à faire régner la justice; il y faudra joindre le magistrat, chargé d'appliquer judicieusement les règles générales à la diversité infinie des cas
individuels.
Quels sont les principes de l'être ? L'être qui nous est donné est soumis au devenir. Or, le devenir, en tant qu'il existe, suppose des principes non engendrés: il faut nécessairement s'arrêter dans la régression vers les causes, quand il s'agit de trouver les éléments intégrants de l'existence actuelle.
Quels sont les principes requis pour l'explication du devenir? Ces principes sont au nombre de quatre : r une matière ou substrat, théâtre du changement, c'est-à-dire de la substitution d'une manière d'être à une autre ; 2*^ une forme ou détermination ; 3° une cause motrice ; 4° un but. Ainsi les principes d'une maison sont : le bois comme matière, l'idée de la maison comme forme, l'architecte comme cause motrice, et l'habitation à réaliser, comme but.
Ces quatre principes, à leur lour, se ramènent à deux : la matière et la forme. En effet, la cause motrice n'est que la forme dans un sujet déjà réalisé : ainsi la cause motrice de la maison, c'est l'idée de la maison en tant que conçue par l'architecte. Et la cause finale est encore la forme, car la cause finale de chaque chose, c'est en réalité la perfection ou forme vers laquelle elle tend.
La matière et la forme sont donc en définitive les deux principes non engendrés nécessaires et suffisants pour expliquer le devenir. La matière est le substrat. Elle n'est ni ceci ni cela ; elle peut devenir ceci ou cela. La forme est ce qui fait de la matière une chose déterminée (too£ tO et réelle. Elle est la perfection, l'activité, l'àme de la chose. Le mot forme a, chez Aristote, un tout autre sens que chez nous. Ainsi, une main sculptée a, dans le langage d'Arislote, la figure et non la forme d'une main, parce qu'elle ne peut accomplir les fonctions propres à la main.
Il y a une échelle d'existences depuis la matière infime, qui n'a aucune forme, jusqu'à la forme suprême, qui et sans matière. La ma'.i.Te absolument indéterminée n'existe pas. La forme sans matière est en dehors de la nature. Tous les êtres de la nature sont des composés de matière et de forme. L'opposition de la matière et de la forme est relative. Ce qui est matière à un point de vue est forme à un autre. Le bois de charpente est matière par rapport à la maison, forme par rapport au bois non
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coupé. L'àme est forme à l'égard du corps, matière à l'égard de l'intelligence.
Aristote ne s'en tient pas à celte réduction des quatre principes à la matière et à la forme : il cherche à rapprocher l'un de l'autre ces deux principes mêmes. Pour y parvenir, il les ramène à la puissance et à l'acte. La matière n'est plus pour lui une pure réceptivité, comme pour Platon : elle a une disposition à recevoir la forme, elle la désire. La forme n'est plus quelque chose d'hétérogène par rapport à la matière : elle en est l'achèvement naturel. La matière est puissance, et puissance capable de deux contraires déterminés. Le mécanisme logique de la substitution des formes dans une matière inerte se résout ainsi en un dynamisme métaphysique. Dans le passage de la puissance à l'acte, il y a une action interne. Ce n'est plus une juxtaposition ou séparation d'éléments inertes et préexistants : c'est une création spontanée d'être et de perfection. S'il faut, dit Aristote, une force d'une quantité déterminée pour produire un certain effet, la moitié de cette force, prise isolément, ne produit cet effet à aucun degré. Autrement, étant donné un navire que plusieurs hommes, réunissant leurs forces, mettent en mouvement, un seul homme pourrait déjà imprimer à ce navire une certaine quantité de mouvement, ce qui est contraire à l'expérience. Telle partie qui produit un mouvement dans son union avec le tout, prise isolément et agissant seule, devient totalement impuissante. C'est que la partie, à vrai dire,
«36 ÉTIOES DIHSTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
n'exisle pas en tant que partie dans ce qui est vérilablement un tout : une partie nesisle quen puissance dans le tout dont on la peut tirer.
Le concept aristotélicien de la puissance et de l'acte est^ on le voit, très empirique. Aristole suppose que 1 etrort d un seul homme est sans action sur un navire parce quil ignore que le travail qui ne se manifeste pas' sous forme de mouvement engendre du moins de la chaleur. Il n'en reste pas moins que la poussée dun seul homme est effectivement sans aucun effet en ce nui concerne le mouvement de translation. Et. de nos jours même, une école de chimistes, raisonnant à la manière dAris.o.e, ne considère pas Ihydrogène et
io.wgene comme existant en acte dan< iv..,
«tie uan> i eau ; mais,
s en tenant à lexpérience. ces savants disent que rhvdrogène et loxygène existent dans leau en puissance en ce sens quen soumettant leau à certaines conditions' on pourra obtenir de Ihydrogène et de loxvgène. "
En résumé, le devenir coi/^„ % • * . de 1 être „, du non-ètre absolus ; il dérive de lêtre en puissance, intermédiaire entre l'être et le non-être
De cet être en puissance ou matière procède tout ce qui. dans le monde, est indétermination et imperfection La matière est le principe de la nécessité brute ou -a-.^r.. laquelle est la causalité mécanique et aveuHe
par opposition à la cause motrice agissant en vue d'une' fin. . ., i„ „„, ,^„^ „ .^^^^., . ^.^^^ ^^^ ^^ ^^^^^^
obligée d employer, dans ses créations, des causes maté-
ARISTOTE
hi
rielles. Or la matière, en un sens, résiste à la forme- C'est pourquoi les créations de la nature sont toujouri imparfaites; il se produit même beaucoup de choses dépourvues de but, en tant qu'elles naissent par la seule action des forces mécaniques. Tels des esclaves, dont on règle l'action, agissent néanmoins souvent par euxmêmes, en dehors de la règle. La matière est le principe de la contingence des futurs. En ce qui concerne l'avenir, la position d'une alternative déterminée est seule nécessaire : la réalisation de l'un ou l'autre terme de celte alternative est indéterminée. De la matière procède le hasard. Sont fortuits chez un être donné les phénomènes qui ne découlent pas de l'essence de cet être, mais qui résultent, soit de son imperfection, soit de l'influence des causes étrangères. Le hasard se manifeste par la rareté de l'événement. L'événement fortuit est nécessaire mécaniquement, mais il n'est nécessaire qu'à ce point de vue : sous le rapport de la finalité il est indéterminable et inconnaissable. La matière est la cause de l'imperfection des êtres et du mal. Elle est l cause aussi de la multiplicité des espèces, car, à travers leur infinie variété, les êtres de la nature ne sont que des réalisations plus ou moins complètes d'un seul et même type fourni par la forme. Les animaux ne sont que des hommes inachevés, fixés à un certain point de leur développement naturel. De la présence de la matière au sein des choses naturelles, il suit que ces choses ne peuvent être objet de science parfaite, c'est-à-dire ne
'3* É'"»»^» DUISTOint- DE U PHILOSOPHIE
peuvent élre connues com.e entièrement déterminées L élément matériel des choses en l„; .«â DoriP n»c I • '"«-même, ne com-
porie pas la science.
élément» Ta. -, Considération de ses
i-iemenis. L être oui «Ipvionf «« i
derniorp , °"''^ '"" explication
«lerniere que dans un être éternel.
Déjà le.xis.ence d'un Dieu se prouve, d'une manière
aire par la perfection graduelle des êtres, par L
fi-hte qu, règne dans la nature. Elle se prouv scien
/ t'fiquement par lanalyse des conditions du n,
CV«i /.» „ • . '-""unions du mouvement.
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delà m,,.- ' / «^'««"ff^ment, c'est la relation
«le la matière a la forme. En ce sen, U „
'-«PS ne peut exister. Mais qui dit mouvement 1 par là mêm., mobile et moteur. Donc le 1 en tant quétemol «. ' '"""^««nent,
qu éternel, suppose un mobile éternel et un pre-
-e no eur immobile. Le mobile éternel se meut u -
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«-.Le premier moteur immobile est ce qu'on appelle
van'rLW ': '"' "" ^'"'^^"^'^ ^^^ '^ »-'-- suivante. L actuel est toujours avant Jp n„i .• . r
«nier, dans labsoh. l ! ^ "^^ ^ P""""
absolu, n est pas le germe, mais lélre
ARISTOTE
achevé. De plus, Tacluation ne saurait se réaliser si l'acte pur n'existait déjà. Dieu est cet acte pur.
En somme, la démonstration de l'existence de Dieu se fonde sur ce double principe : l** l'acte est, au point de vue de la nature absolue des choses, antérieur à la puissance ; 2° le conditionné suppose l'inconditionné.
Qu'est-ce que Dieu? Sa nature se détermine par son rôle de premier moteur. Dieu est acte pur, c'est-à-dire qu'il est exempt d'indétermination, d'imperfection, de changement. Il est immobile et immuable. 11 est la pensée ayant pour objet la pensée et elle seule (y. vôy.Ti; voy>£«ii^ v67,7u:\ Il ne voit point le monde, car quand il s'agit de choses imparfaites, ne pas les voir est meilleur que de les voir : la dignité d'une intelligence' se mesure à la perfection de son objet. 11 est vie éternelle et excellente, et par là il est souverainement heureux.
A cette pensée qui se pense est suspendu le monde, ^ comme une j. ..^eo qui ne se pense pas et qui tend à se penser. Voici comment Dieu meut le monde. Ce qui est ucciic cl pensé meut sans se mouvoir soi-même. C'est rintelligible qui détermine Tintelligence, non l'intelli-'^ gence qui détermine l'intelligible? Or, Dieu est le suprême désirable et le suprême intelligible. Donc Dieu meut le monde comme cause finale, sans se mouvoir lui-même. Dieu n'est pas le dernier produit du développement du monde, il est logiquement antérieur au monde. Et il n'est pas immanent au monde, comme Tordre est imma-
liO
ÉTODES DHISTOIRE DE U PHILOSOPHIE
nent à une armée : il est hors du monde, comme le ^général est distinct de son armée.
L'effet immédiat de l'action divine, c'est le mouvement rotatoire de l'ensemble de l'univers, d'où résultent les mouvements ou changements des choses périssables. Le monde est un, parce que Dieu est un. Parce que Dieu est intelligent, le monde est un tout harmonieux, un poème bien composé. Tout v est ordonné en vue d'une seule fin. Le rapport des êtres au tout v est d'autant plus étroit que ces êtres sont plus haut situés dans l'échelle de la nature, comme, dans une maison bien ordonnée, les actions des hommes libres sont plus réglées que celles des esclaves. Dieu d'ailleurs, pour qui le monde est comme s'il n'existait pas, n'intervient en rien dans le détail de ses événements.
Celte théologie est un monothéisme abstrait. Tous • ''^"s 'es faits de la nature sont ramc^iésentiè- "!•'"' ""l"'-^'' ':e n'est que la nature
pn^.' dans son eusemhlc q.i est suspcruin. à la divinité. Il y a „. ,i,i„„c(. spéciale. Mi ivwnu. .•j.,,,,, -.,.■.-
lurelle dans une autre > .. • . .
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Aristole n'admet comme vraie que la crovancc ^ '
à une divinité et à la nature divine du ciel et des étoiles Le reste ne consiste, selon lui, que dans des additions mythiques, dont le philosophe trouve l'explication soit dans la tendance des hommes au.x conceptions anthropo- '"orphiques, soit dans les calculs des politiques
AUISTOTE