IX. - PHYSIQUE GÉNÉRALE
La philosophie première avait pour objet l'être immobile et incorporel : la physique, ou philosophie seconde, a pour objet l'être mobile et corporel, en tant que celuici a en lui-même le principe de son mouvement. La f jt».;, c'est le mouvement spontané, par opposition au mouvement qui résulte de la contrainte.
La nature existe-t-elle comme telle ? Y a-t-il dans l'univers un principe interne de mouvement, une tendance à une fin?
C'est, selon Aristote, le principe fondamental de la physique, que Dieu et la nature ne font rien en vain, que la nature tend toujours vers le meilleur, qu'elle fait toujours, autant qu'il lui est possible, ce qui doit être le plus beau. L'existence de la finalité dans l'univers est prouvée par l'observation. Dans les plus petites choses comme dans les plus grandes, si nous y prenons garde, il y a une raison, il y a de la perfection et du divin. La nature fait tourner au bien ses imperfections mêmes.
Mais si l'ordre et l'harmonie existent dans l'univers, s'ensuit-il que l'univers soit le produit d'une ^jt'.; proprement dite, ou puissance créatrice divine? N'y a-t-il pas, de cet ordre et de celte harmonie, une autre explication possible? Qui, par exemple, nous empêche de
;i) Source : La l'fn/si'fKe.
ÉTUDES D'HISTOIRE DE LA riIILOSOPHIE
dire : Jupiter ne fait pas pleuvoir pour nourrir les graines, mais les graines germent parce qu'il pleut. La nécessité fait pleuvoir; et, ce phénomène ayant lieu, le froment en profite. De même, la nécessité fait les organes des animaux, et ceux-ci s'en servent. Là où tout semble se produire en vue d'une fin, il n'y a en réalité que des choses qui survivent, parce qu'elles se sont trouvées constituées par le hasard d'une manière conforme à leurs conditions d'existence. Et les choses qui ne se trouvaient pas constituées de la sorte ont péri et périssent, comme Empédocle nous dit qu'il est arrivé à ses bœufs à face humaine.
Vaine explication, répond Aristotc. Car les organes des animaux et la plupart des êtres que la nature présente à nos regards sont ce qu'ils sont, à savoir des composés harmonieux, ou dans tous les cas, ou du moins dans la majorité des cas. Or, il n'en est jamais ainsi pour les choses que produit le hasard : les rencontres heureuses n'y sont jamais que des exceptions. * Mais,dira-t-on, il existe des monstres. — Les monstres ne sont que des œuvres manquées, effets d'un effort impuissant pour réaliser le type parfait. La nature peut se tromper comme l'art, à cause de l'obstacle que lui oppose ia matière même sur laquelle elle travaille.
Objectera-t-on enfin qu'on ne voit pas le moteur délibérer et choisir? - Peu importe, car l'art non plus ne délibère pas : il agit d'une manière intelligente, sans se rendre compte de ce qu'il fait.
Donc, la nature est une cause, et une cause agissant en vue d'une fin. Mais il faut reconnaître qu'elle n'est pas la seule cause de l'univers. Son action n'est possible que grâce à la coopération de la cause matérielle ou mécanique, laquelle, tout en cédant à son attrait, ne se laisse jamais soumettre entièrement. A coté de la finalité, il y a donc partout dans l'univers une part de nécessité brute et de hasard.
C'est pourquoi, d'un côté, l'emploi du principe du meilleur est légitime dans l'explication des choses de la nature ; mais, d'un autre côté, les choses de la nature ne peuvent jamais être l'objet d'une science parfaite, où tout serait entièrement déterminé au point de vue de l'inlelligence. La science de la nature est toujours imparfaite par quelque endroit, et elle comporte des degrés, comme les parties de la nature elle-même. D'après ces principes, la cause des choses naturelles se trouve, soit dans leur matière, soit dans leur forme ou destination. Et l'explication téléologique doit, autant que possible, compléter l'explication mécanique, laquelle, si achevée qu'elle soit, laisse les choses indéterminées aux yeux de la raison. Telle est la méthode que va suivre Aristote dans ses recherches sur les choses naturelles.
Le mouvement ou changement est la réalisation d'un possible. Il y a quatre espèces de changements : l** le changement substantiel, consistant à naître et à périr. C*est le mouvement qui du non-être relatif va à l'être,
de destruction absolues. Les individus seuls naissent et meurent : les genres demeurent; 2» le changement quantitatif : c est laugnientation ou la diminution • 3" le changement qualitatif, ou passage d'une substance i une autre; 4» le changement spatial, ou déplacement
Tous les modes de changement sont conditionnés par le mouvement dans l'espace. Aristote fait de ce mouvement une étude approfondie. Aux arguments des Eléates entre la possibilité du mouvement, i, oppose cette doc tnne que rinfi„in-e..iste qu'en puissance! non en acl
sement indel.ni des nombres et dans la divisibilité indéfinie des grandeurs : i, ne peut être donné. Donc, quand on raisonne sur Je réel nn ..^ i t quantités finies. ^ '"''"" "^ "-' -PP-'" que des
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^'l'dciensiique du temps et de IV^
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ARISTOTE
linues elles-mêmes, et non, comme le supposait Zenon, en points indivisibles. Toute grandeur est divisible en grandeurs. Le continu est d'ailleurs une notion imparfaite, relative aux choses sensibles. Car il est divisible à rinfini, et par conséquent indéterminé quant au nombre de ses éléments.
De ces principes, Aristote conclut qu^en dehors du monde il n'y a ni espace ni temps, que le vide des atomistes est inconcevable, que tout mouvement se produit dans le plein, par substitution, et que le temps, qui est un nombre, suppose, comme tout nombre, une âme qui en compte les unités. Le mouvement dans l'espace, condition de tous les autres, est le seul qui soit continu. Et le mouvement circulaire est le seul qui puisse être à la fois un et continu, sans commencement ni fin.
Aristote ne pense pas qu'on puisse expliquer tous les changements par le seul mouvement dans l'espace. Il tient les qualités pour des réalités, et admet, comme irréductible au mouvement dans l'espace, un changement qualitatif. Il constitue cette théorie en opposition avec le mécanisme de Démocrite et le mathématisme de Platon. Contre les doctrines de ces philosophes il élève deux objections : r Démocrite et Platon réduisent les grandeurs en points indivisibles : or, toute grandeur est divisible à l'infini ; 2^ il est impossible, de quelque manière qu'on s'y prenne, de faire sortir la qualité de la quantité pure.
BOLTROLX.
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»« KTL'DES DHISTOIIIE I.E LA PHILOSOPIUE
C'est pourquoi Arislole pose en principe la distinction qualitative des substances.
Et, comme il y a une nature qualitative, il y a de même une transformation qualitative. Une substance sous l-influence d'une autre, se modifie dans son intérieur. Ce phénomène est possible là où deux corps sont en partie semblables, en partie dissemblables, c'est-à- <I.re là où deux substances sont opposées Tune à l'autre au sem dun même genre ; et il n'est possible que dans ce cas. Le chanoen.enl d'une de ces substances en autre n est pas un simple déplacement mécanique, où 'es éléments demeurent identiques à travers le chanc^enient du composé : c'est vraiment la formation du^ne substance nouvelle, autre dans son fond que la précédente Entre la substance donnée et la substance résultant du changement qualitatif, il y « le rapport de la puissance à l'acte.