I. - BIOGRAPHIE
Kant est un contemporain de Frédéric II et de la Révolution française. Ses principaux ouvrages parurent
(1) Sources : La correspondance de Kant; la 2* partie du tome XI de rédition Rosenkranz et Schubert des œuvres de Kant. Cf. Kuno Fischer, GeMch.tL n. Phil.^ t. III, et Kantstudien, revue publiée par Vaihinger
de 1 /70 à 1797. Il apprécia les triomphes du droit plus queceux de laforce, mais il ne consentit jamais à séparer la liberté de lordre et de la discipline. Le mil.eu .noral où sa pensée s'est développée fut, d'une part, le pietisme, de l'autre, la philosophie du xvn.e siècle Le piélisme. opposé au protestan.isme théolo^^ique et abstrmt, mettait la pratique au-dessus du dogme, exaltait le sentiment, la dévotion, la piété intérieure, l'interprétalion individuelle des Écritures. La philosophie du xvni» siècle, la philosophie des lumières, selon le nom quelle porte en Allemagne iAu/il^rungsp,,i/osop/ne) enseigne que tous les maux dont souffre l'humanité résultent de lïgnorance et de l'asservissement qui en est la suite, et que le progrès des lumières procure de Im-mème, le bonheur avec l'affranchissement
La vie de Kant se divise assez naturellement en trois périodes, qui correspondent aux différentes phases de son développement philosophique : 1» la jeunesse de 1724 à 1733, époque des études et des premiers essais ■ 2» le stage comme privat-docent, de 1733 à 1770, époque des travaux antécritiques ; 3" le professorat, de 1770 à 1797, époque des travaux critiques et du développement doctrinal. ^
Immanuel Kant naquit à Kœnigsberg le 22 avril 1724 Cette ville, où devait presque sans interruption s'écouler toute sa vie, était le centre d'un commerce considérable ; Juifs, Polonais, Anglais, Hollandais y affluaient
Le philosophe y trouva matière à de nombreuses observations psychologiques et morales. Kœnigsberg, ville d'université, était, en outre, le centre de la vie intellectuelle et politique du duché de Prusse.
La famille de Kant était d'origine écossaise. Son nom s'écrivait Gant, et c'est lui-même qui en changea Forthographe, parce qu'en allemand Gant se prononce tsant. Le père de Kant était sellier. G était un homme de mœurs rigides, qui resta pauvre. Sa mère, Anna- Regina Reuter, était, nous dit le philosophe, très intelligente, avait le cœur haut placé, et, foncièrement piétiste, entendait la religion d'une manière sérieuse et intime, sans mélange de mysticisme ou de fanatisme. Kant fut le quatrième enfant de cette famille, qui en compta onze. La gravité, le respect des choses morales et religieuses présidèrent à son éducation. Il reçut docilement cette inQuence et en conserva un vif et pieuse souvenir.
A l âge de neuf ans il entra au collège Frédéric, dirigé par Franz- Albert Schulz, professeur ordinaire de théologie à l'Université de Kœnigsberg. Schulz fut le premier maître de Kant. Ardent piétiste, il mettait son esprit dans son enseignement. Kant apprit, auprès de lui, à placer la piété intérieure de l'àme au-dessus du raisonnement, la pratique au-dessus du dogme. On remarque qu'il a toujours parlé avec respect et reconnaissance de ses maîtres piétistes. Est-ce le philosophe, est-ce l'ancien piétiste qui écrit en 1782, dans
1 epitaphe du pasteur Lilienthal qui avait ,„arié ses parents : ^
^Vas uns .u tkun ,eUûk,;, 4eu sinU mv nur ge.,Us (Ce que nous Jevons faire, voiià ,a seule chose don. nous soyons
[certains) ?]
Kant passa sept années au collège Frédéric. II sy passionna nCa.^ent pour le latin et pour le stoïcisn^e romain en qui il trouvait la religion de la discipline "squ à la fin de sa vie il se répéta. co™.ne une devis les vers de Juvénal :
S,nnmu,n crcde nef.. „nlnu„a .n-^fene pudoH htpropler v.lmn vh-endi perdere causas.
En 1740 âgé de dix-sept ans, il entra à l'Université de Kœnigsberg, dans le dessein d'y étudier la théologie Il songeait alors à devenir pasteur, mais il ne devait pas persister dans cette intention. Il commença par suivre e cours de Martin Knutzen, professeur de mathématiques et de philosophie : Knutzen fut son deuxième maure. Lui aussi était piétiste. En philosophie, quoique Jiscple de AVolir, il combattait le dualisme, et revenait a la pure doctrine de Leibnitz, suivant laquelle la force représentative et la force motrice participent l'une de 1 autre et se supposent réciproquement
A Knutzen, Kant dut de connaître les œuvres de Newton, que l'on peut appeler son troisième et peut-être son pnncipal maître. Le newtonisme fut pour Kant la preuve expérimentale de la possibilité d'une science à
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m ÉTUDES D'HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
priori de la nature. Il se proposera, quant à lui, d'expliquer cette possibilité, et, par là, d'être en quelque sorte le Newton de la métaphysique.
Knutzen contribua à détourner Kant de la théologie vers la philosophie. Et peu à peu, du piétisme Kant écarta l'orthodoxie rigoureuse, pour n'en retenir que
la rigidité morale.
Ne pouvant vivre du produit de ses leçons, Kant se fit précepteur (1746). Il le demeura neuf ans. Cette fonction le mit en rapport avec les étrangers et avec la noblesse. Il prit un goiit très vif pour la politique et les littératures étrangères. Il fréquenta le monde et tint à y faire figure d'honnôte homme.
Cette première période de son existence se termine par la publication anonyme de son Histoire univenellc de la nature et théorie du ciel (1755), ouvrage qui préludait à la théorie de Laplace sur la formation des astres.
Avant obtenu la « promotion >> grâce à une dissertation sur le feu, et « l'habitation » par une dissertation sur les principes premiers de la connaissance métaphysique, il fut nommé privat-docent. Il professa les mathématiques, la physique, la théorie des fortifications, la pyrotechnie, la logique, la morale et l'encyclopédie philosophique. Son enseignement était très vivant. Sur chaque matière il parlait comme un homme spécial. Il eut un grand succès. Entre 1760 et 1769 il étendit encore le cercle de ses cours et y fit entrer la théologie natu-
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relie, 1 anthropoWie la rrih'nno a
^ o*^> ^a critique des preuves de Vexh
tence de Dieu. ,a doctrine du beau el/u sublime le. se place linfluence de Rousseau, dont les princi-
™ r , „ se pass.onna pour les questions morales, pour
e a la ra.son. Il apprit de Rousseau, nous dit-il, à ne pas mépriser les inclinations naturelles de l'homme La
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av t trouvé cl.e. Newton ; la moralité comme fait voilà ce que Rousseau lui fît voir Ft n d'analyser ces faits. ' '' '' ^"'"'^^
Pour approfondir les questions morales il lut les mora- ^ es a 1 .. ,, „^^^,^^ ^^^^
vers 1762, .1 connut, de ce dernier, non plus seulemen les Uieones morales, mais les théories métaphysiques. Cett nU.at.on fut un moment décisif dans le développement de sa pensée. « Ce fut Hume, nous dit-il, qui ,e premier interrompit mon assoupissement dogmJique et donna a mes recherches, dans le champ de la philosophie spéculative, une direction nouvelle. . I, est vrai qu H ajoute aussitôt : „ Je n'avais garde, sans doute d accepter ses conclusions. « Le scepticisme de Hume était a ses yeux suffisamment réfuté par la réalité de 1 action morale. 11 s'agissait pour lui de faire droit aux critiques de Hume en ce qu'elles avaient de fondé sans pourtant aboutir à ses conclusions, de se frayer un
ÉTUDES D'HISTOIRE DE LA PIlILOSOIillE
passage entre le scepticisme et le dogmatisme, comme entre Charybde et Scylla. Une faible indication qu'il trouva dans Locke (liv. IV, ch. in, § 9 et suiv.) fut le point de départ de sa propre théorie. Ainsi l'influence de Hume, qui certes joua un grand rôle, consista surtout pour Kant dans un avertissement, dans une excitation à réflécliir. Rien ne prouve que Kant ait eu sa phase de scepticisme; mais c'est pour échapper au scepticisme de Hume qu'il chercha une position en dehors du dogmatisme traditionnel.
Peut-être son idéalisme transcendantal s'inspira-t-il de la doctrine de Leibnilz, enfin révélée dans sa pureté par la publication àes Nouveaux Essais (17G5). Leibnitz montrait, en effet, comment on peut maintenir le principe de rinnéité, tout en considérant l'expérience comme indispensable à la formation de la connaissance. Mais les formes et les catégories de Kant sont tout autre chose que les virtualités leibnitiennes.
Pour devenir professeur ordinaire, Kant écrivit et soutint une dissertation en latin sur la forme et les principes du monde sensible et du monde intelligible (1770). Il fut nommé à l'Université de Kœnigsberg par Frédéric II, avec un traitement de 400 thalers l,rjOO fr.). Il refusa dans la suite tous les appels qui lui furent faits par d'autres Universités. Il n'enseigna plus désormais que la logique et la métaphysique, dans son cours public, et le droit naturel, la morale, la théologie nalu-
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relie, I anlln-opologie et la géographie physique dans SOS cours privés. Il fut un remarquable professeur. II «apprenait pas à ses .élèves la philosophie, il les forma, a philosopher. Son enseignement était simple 'uc.de et atlachant ; il réservait la terminologie spéciale' et les déductions abstruses pour ses livres destinés aux savants. Sur les sujets moraux, il parlait avec chaleur et conviction, il avait une éloquence mâle, qui subjuguait les âmes.
Le problème de la critique de la connaissance hunia.ne ne larda pas à l'absorber. Comment peut s'expliquer l'accord d'idées conçues à priori avec des choses existant en dehors de nous ? II crut d'abord que quelques mes lu, sufliraient pour résoudre cette question : il y employa douze ans. Encore ne donna-t-il que quatre ou cnq mois à la rédaction de ses pensées, de peur d'être er.l.-aîné à de trop longs délais. Ce fut au commencement de 1 /81, à Riga, que parut la Crûiçue de la raison pure, I un des monuments de l'esprit humain. Kant avait cinquante-sept ans. L'originalité et la portée de son ouvra-^e ne furent pas comprises dès l'abord. On ne voulut voir en lu, qu'un rêveur platonicien, ou un idéaliste cartés.en; Hamann l'appelle un Hume prussien. Kant s'explique avec insistance dans un opuscule intitulé : Prolér/omenes à toute métaphysique future qui voudra se prétenter comme science (1783), ainsi que dans la préface à a seconde édition de la Critique (1787). Et sûr, quant à lu., de ses principes, il emploie de plus en plus exclusi-
vemenl ses forces à en développer les conséquences, à achever son œuvre crilique, et à établir sur cette base une doctrine complète de philosophie spéculative et morale. De 1785 à 1797 paraissent les ouvrages consacrés à cette tâche.
L'opinion, cependant, lui devenait de plus en plus favorable. En 1790, le jeune Fichte lui adresse ses Aphorismes sur la religion et le déisme, avec une lettre enthousiaste. Schiller étudie sa doctrine esthétique et la fait étudier à Gœthe. J.-P. Richter écrit que Kant n'est pas une lumière du monde, mais tout un système de soleils éclatants. Kant est commenté aux Pays-Bas et en Angleterre. En France, on traduit sa dissertation sur la paix éternelle, parue en 1795.
De la part du gouvernement, Kant rencontra estime et protection. Une seule fois il faillit être empêché dans Texposition de ses doctrines. Ce fut lorsqu'il écrivit sur les matières religieuses. Il avait envoyé à la Bévue mensuelle de Berlin, en 1792, un article sur le mal radical dans la nature humaine, elle Conseil de censure en avait autorisé Tim pression. Mais un second article, sur la lutte du bon et du mauvais principe, ne fut pas admis. Or, Kant devait encore en publier deux. Condamné par le Conseil, il s'adressa à la Faculté de théologie, laquelle accorda Vimprimatur. Les quatre disserialions parurent sous ce titre : La Beligion dans les limites de la pure raison (1793). L'ouvrage eut un succès qui alarma le gouvernement; et, le 1" octobre I7i)4, le ministre adressa à
Kant une lellre où il lui demandait des explications et Im enjoignait de s'abstenir désormais d-écrire sur la relig-ion. Kant se soumit extérieurement. Il sen-^agea par écrit à ne plus enseigner ou écrire sur la reLion « en tant que fidèle sujet de Sa Majesté rovale .. Le roi mort (1797), il se tint pour dégagé de sa parole.
D ailleurs, il vécut tranquille, malgré sa sympathie pour la Révolution française. Cette sympathie est un Irait de sa physionomie morale. Il voyait dans la Révolution reirort pour fonder sur la raison l'organisation des sociétés humaines. Môme après 1794, il persévéra dans ses convictions politiques, tout en désespérant de voir les choses tourner à bien dans la France elle-même Jusqu'à la fin il crut à la justice, à la valeur pratique de la théorie, au droit comme principe, à la paix éternelle comme fin réalisable de la politique. Derrière les disputes des personnes, il retrouvait le conflit de Ihistoire et de la philosophie, du positif et du rationnel, et il comptait en toutes choses, sur le triomphe de la raison
Dès l'année 1790, sa puissance intellectuelle s'était affaiblie. En 1797, il quitta sa chaire. Il travaillait pourtant encore ; il travailla jusqu'à la fin à un ouvrage dont il espérait faire son chef-d'œuvre, et où il voulait expliquer le passage de la métaphysique de la science de la nature à la physique. Cet ouvrage, resté inachevé elail perdu : il a été retrouvé récemment. La dernière année de Kant fut marquée par une décadence croissante. Il mourut le 12 février 1804. Son dernier mot
I IfB
fut : Esist gui (c'est bien). Ses obsèques eurent lieu au milieu des hommages d'une admiration universelle. Son corps fut enterré sous les arcades de la cathédrale de Kœnigsberg. Plusieurs statues lui furent élevées, dont la plus célèbre est celle de Rauch, à Kœnigsberg. Kant était un homme de petite taille, haut de cinq pieds à peine, les os et les muscles peu développés, la poitrine plate et presque concave, l'articulation de l'épaule et ilu bras droit légèrement déviée ; le front haut, avec de beaux yeux bleus. Sa tète fut moulée par Knorr ; ses restes ont été exhumés en 1880.
Kant n'a vécu que pour la philosophie. Il ne remplit aucune fonction politique, il ne se maria point. Mais il ne croyait pas pouvoir être philosophe sans être en même temps homme. Il jugeait nécessaire d'être en contact avec les réalités, avant de chercher à les comprendre et à les régler. Et dans ses plus hautes aspirations il se gardait de franchir les limites de notre monde terrestre. Son objet est d'y vivre par principes. Il se fait lui-même ses principes, mais il les fait absolus, et il y obéit. Le fonds où se concilient pour lui la loi et l'indépendance, c'est la raison. Il veut juger et se conduire par elle. En politique, il professe le libéralisme, mais il n'admet pas qu'on sépare la liberté de Tordre, et il respecte en conscience le pouvoir établi. En religion, il est rationaliste, mais il entend maintenir Tesprit du christianisme, et il apprécie les services des
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religions positives. En philosophie, il attaque le dogmatisme, mais il repousse le scepticisme. En morale il écarte toute loi extérieure, mais pour se soumettre à un commandement interne plus sévère que ceux qu-il rejette. Hardiesse en spéculation, respect dans l'ordre des faits et de la pratique : telle est la marque de son esprit.
Kant fut un penseur plus qu'un écrivain. Quelque.suns de ses premiers ouvrages, comme les 06,e>-vations ■nn-le beau et le sublime ou encore la Méthodologie de la Critique de la raison pure, d'une manière générale les parties où il exprime ses convictions morales, ont de l'aisance, de l'agrément ou de la vigueur. Mais dans 1 analyse métaphysique son style est compliqué, laborieux, redondant, et souvent d'autant plus obscur que lauteur s'est plus travaillé pour être clair. L'œuvre de Kant est une pensée qui cherche sa forme. Plus achevée, eût-elle autant excité les intelligences ?
Voici la liste chronologique des principaux ouvrages de Kant, lesquels sont, pour la plupart, écrits en langue allemande :
Pensées sur la véritable estimation des forces vives, et rxamendes démonstrations de Leibnilz et autres mécaniciens relatives à cette question (1797). Kant y concilie les doctrines de Descartes et de Leibnitz sur la mesure de la force d'un corps en mouvement.
. La Terre a-t-elle subi quelques modifications dans son
ÉTUUKS D'IIISTOIIIE DE LA PHILOSOPHIE
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mouvement de rotation depuis son origine ? (article de revue, 1754). Kant établit, en s'appuyant sur les principes de Newton, que la vitesse de la rotation terrestre a dû diminuer.
La Terre deilUt-eîle? Recherche faite au point de vue physique (article, 1754).
Histoire universelle de la nature et théorie du ciel, où il est traité du système et de r origine mécajiique de l'Univers d'après les principes de Newton (1755), célèbre ouvrage qui parut anonyme, avec une dédicace à Frédéric II, et qui prélude à l'Exposition du système du monde, publiée par Laplace en 1796.
Résumé des inéditations sur le feu, 1755 (en latin\ La chaleur, comme la lumière, est un mouvement vibratoire de l'éther.
Nouvelle explication des premiers principes de la connaissance métaphysique (1755), thèse en latin pour obtenir le droit d'être nommé privat-docent. Il y est traité des principes de contradiction et de raison déterminante.
Trois dissertations Sur les tremblements de terre survenus en 1735 à Quito et à Lisbonne.
Monadologie physique 1756), thèse latine; Kant la soutint en vue d'une présentation pour un professorat extraordinaire, présentation qui n'eut pas lieu. La monade leibnitienne y est transformée en atome physique.
Sur la Théorie des vents (1756), explication exacte des vents périodiques.
Conception nouvelle du mouvement et du repos {{TS%).
Quelques considérations sur roptimisme (1759) Kant y professe que tout est bon, rapporté à l'ensemble des choses. Dans la fin de sa vie il renia cet ouvrage, d'inspiration leibnitienne.
Z« M«, ,„,,v/.é des ,uat,-e figures syllo.isci.ues 1762). Seule, la première figure est pure et primitive. ^
Tentative ^introduire dans la philosophie le concept des quantités négatives (1763). L'opposition réelle, dans laquelle les deux termes sont en eux-mêmes également posUifs, est irréductible à l'opposition logique, où l'un des deux termes est le contradictoire de l'autre.
L'unique fondement possible d'une démonstration de .^'"""•"^^ * ^-« (1^63). Le possible, considéré, non dans sa forme, mais dans sa matière ou ses data, suppose l'existence et, en dernière analyse, l'existence d'un être nécessaire.
Étude sur r évidence des principes de la théologie nalurelie et de la morale (1764), ouvrage composé en vue d un concours qu'avait ouvert l'Académie de Berlin Kant n'obtmt que l'accessit : le prix fut donné à Mendelssohn. Kant oppose, comme Mendelssohn d'ailleurs la philosophie aux mathématiques, et conclut que la méthode de celles-ci ne convient pas à celle-là.
Observations si,r le sentiment du beau et du sublime MU), œuvre de critique et de moraliste.
Programme des cours pour le semestre d'hiver /7tf5. 66. L'éducation des facultés de l'esprit doit précéder
racquisition de la science. Dans cet opuscule commencent à se manifester des préoccupations critiques.
Les rêves dun visionnaire éclaircis par les rêves de la métaphysique (1766, anonyme). Cet ouvrage fut composé à propos des visions de Swedenborg. Kant y veut être léger .et sceptique, à la manière de Voltaire. La seule différence entre Tilluminisme et la métaphysique, selon lui, c'est que le premier est le rêve du sentiment, tandis que la seconde est le rêve de la raison : ceci ne vaut guère plus que cela. Ne prétendons pas connaître l'inconnaissable.
Dit fondement de la différence des régions dans f espace (1768). C'est la réfutation de la théorie leibnitienne qui pose les choses avant l'espace, et réduit celui-ci à n'être qu'un concept. Il est nécessaire, selon Kant, d'admettre l'existence d'un espace absolu universel.
De la forme et des principes dit monde sensible et du monde intelligible (1770), dissertation en latin écrite par Kant pour acquérir le droit d'être nommé professeur ordinaire de logique et de métaphysique. Kant rompt avec le dogmatisme en ce qui concerne la connaissance sensible, non encore en ce qui concerne la connaissance intelligible.
Lettres à Marcus Herz, de 1770 à 1781. Kant cherche une situation intermédiaire entre l'idéalisme et le réalisme.
Des différentes races humaines. Les races sont des
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variétés devenues stables. Une véritable bistoire des Ires naturels réduirait sans doute beaucoup de prétendues espèces au rang de simples races issues d'une espèce commune.
Critique de la raison mire iM^w r^
/^<^/e (i/«ij. Connaissance théo-
nque suppose à la fois intuition et liaison nécessaire La prem.è,-e condition n'étant réalisable pour nous nu a propos des choses sensibles, celles-ci sont les seules que nous puissions connaître théoriquement. En 1787 Kant pubha une seconde édition de la Criaçue. Ces'l une question très controversée de savoir si les changements que présente cette seconde édition portent sur le fond ou seulement sur la forme. Rosenkranz, Schopenhauer. Kuno F.scher t.ennent pour une modification profonde tendant a rétablir la chose en soi, qu'avait aboL, selon' eu.v Ja première édition. Selon le témoignage de Kant u.-méme, la seconde édition fait simplement ressortir e coté reahste de la doctrine, méconnu par certains lecteurs. L'affirmation de Kant se soutient très bien L première édition n'abolissait pas la chose en soi, mais la
Pro/é,o„,ènes à toute métaphyù.ue future qui voudra se présenter comme science (1783). Ce court ouvra^^e donne une e.vposition analytique de la doctrine, que la
m^Tt t '^ T' """ '''' '-''''' -y^^^^^^ment, et d.ss.pe les méprises qui s'étaient produites au
sujet de certains points de cette doctrine.
KANT
Concpj)iio/i dune histoire universelle au point do vue cosmopolitique (article de Revue, 1784).
Réponse à la question : Qu est-ce que les lumières? (article de Revue, 1784). Les lumières, dit Kant, c'est rémancipation de rintelligence.
Compte rendu de Vouvrage de Herder intitulé : Idées concernant la philosophie de [histoire de r humanité (article de Revue, 1785). Kant y repousse la doctrine de Tunité essentielle de la nature et de la liberté.
Etablissement de la métaphysique des mœurs (1785 ; 4* éd., 1797). Kant y détermine et y assure le principe fondamental de la moralité.
Principes mrtaphijsiques de la science de la nature (1786; 3* éd., 1800). C'est rétablissement des axiomes de la physique pure.
Conjectures sur le commencement de t histoire de f humanité (1786\
De la médecine corporelle en tant quelle ressortit à la philosophie, discours en latin '1786 ou 1788).
De t emploi des principes théologiques en philosophie >rticle 1788).
Critique de la raison pratique (1788 ; G* éd., 1827). C'est la détermination de la nature de la loi morale et du genre d'adhésion que comportent les principes pratiques.
Critique de la faculté de Juger (1790 ; S*" éd., 1799). Kant y traite du fondement et de la valeur des notions du beau et de la finalité.
Sur rUluminisme et les remèdes à y opposer irm) dissertation écrite à propos de Cagliostro
Sur feCec de toutes ks tentath-es des philosophes en matière de théodicée (1791).
La relir^ion dans les limites de la pure raison nm-
2^ eJ., ,791). Cest la déduction ou légitimation de là rel.g.on. Cela seul y est fondé, qui se rapporte à la
morale. Il faut tendre à rendre la religion purement rationnelle.
Sur le lieu commun : . Cela est bon en théorie, mais ne vaut r,en dans la pratique . (article de Revue, 1793) Kant y rejette cet aphorisme usuel non seulement en ce qu. concerne la moralité, mais encore en ce qui concerne le droit politique et le droit des gens. De influence de la lune sur le temps (article, 1794^ De la paix éternelle, essai philosophique (im) Kant place dans la paix éternelle le but du développement historique de l'humanité, et cela, non pas au nom du sentiment, mais au nom de l'idée de justice.
Principes métaphysiques de la théorie du droit (1797 • 2'éd., 1798). C-est la théorie du droit ou de la lé<^alité' lelle qu'elle se déduit de la critique de la raison praUque' Principes métaphysiques de la théorie de la vertu (1797- 2' éd., 1803). C'est la théorie de la moralité, telle é^ale' ment qu'elle suit de la critique. L'ensemble de ces deux ouvrages porte le titre de Métaphysique des mœurs
La dtspute des Facultés (ouvrage auquel est joint un article de 1797 : Sur le pouvoir qu^a Fesprit de se
'si .
rendre rnaitre de ses sentiments maladifs par sa seule volonté {[19S). C'est le conflit de la Faculté de philosophie, représentant la vérité rationnelle, avec les trois autres, théologie, droit et médecine, lesquelles représentent les disciplines positives.
Anthropologie traitée au point de vue pragmatique (1798; 2* éd., 1800). L'anthropologie pragmatique est Fart de tirer parti des hommes en vue de ses propres fins.
Logique y ouvrage de Kant publié par Jcesche (1800).
Géographie physique, ouvrage de Kant publié par Rink (1802-3).
Sur la pédagogie, ouvrage publié par Rink (1803). Ce sont des observations tirées d'un cours fait plusieurs fois par Kant sur ce sujet.
Passage des principes métaphysiques de la science de la nature à la physique, ouvrage resté inachevé, écrit entre 1783 et 1803, publié d'abord par Reicke de 1882 à 1884, dans les Altpreussische Monatschri/ten, puis, plus complètement, par Albrecht Krause (1888). C'est le progrès de la déduction allant de la métaphysique de la nature matérielle à la physique expérimentale considérée comme science, c'est-à-dire comme système.
Réflexions de Kant sur la philosophie critique, publiées par Benno Erdmann (1882-84).
Lettres. Elles ne sont guère qu au nombre de 100, dont 11) adressées à Marcus Ilerz.
KANT
"• - LA PÉRIODE ANTÉ(;RlTl.JUEt
KanUcriUe 20 août ,777, que ses recherches, jus-
qu- spécules et fragmentaires, on, pris enfin une 77 «ysté.natique et l'ont conduit à lidée du tout Le éveloppement de la pensée kantienne présente donc en
laquelle des travaux de nature diverse sont dabord ntrepns pour eux-n,én,es sans préoccupation de vue d ensemble, puis confrontés les uns avec les autres en vue e leur conciliation. Ainsi Kant, dans le progrès de re.le.on, va des parties au tout. Son idée maîtresse se fo^e par synthèse. Cette première période setend jusqu a 1 époque de l'élaboration de la critique, cest-à J'rejusqu'àl-année 1770 inclusivement
Par^u'ltt?"''^'^''"^'*''"''^'^"^'^-'"'part, un fonds de croyances chrétiennes et plus spécia
e.entpiétistes, la foi au devoir, le culte d:ri„t!l: orale ,a conviction de la supériorité de la pratique sur la dogmafque ; de lautre, un sens très vif et très pur de la science, la résolution de ne se régler, en ce qu. concerne la connaissance de la nature, que sur l'évidence de l'expérience et des raisonnements mathémafques. Dès lors, c'est essentiellement la question des ■•apports de la science et de la religion qui va s'agiter
(.) Wces : Les ouvrages compris entre n« et ,„« i„e,„siven,e„t.
dans Tesprit de Kaiil, et cela, après que religion et science s y seront développées indépendamment lune de Fautre, chacune selon la méthode qui lui est propre.
Pendant la période anlécritique, Kant médite tour à tour sur les différents objets que lui offrent, soit ses études, soit les circonstances.
Il est d'abord leibnitio-wolfîen (1747-55), mais avec une tendance à accentuer la différence du mathématique
et du réel.
Bientôt, avec Newton, il médite sur le mécanisme céleste (i754-()3). Comme lui, il ne fera usage que de Texpérience alliée aux mathématiques. Mais Newlon n'a pas posé le problème de l'origine. Kant croit que la méthode qui a pu établir le système actuel peut, de ce système même, remonter à la genèse : les forces qui conservent doivent être aussi celles qui ont créé. Et il entreprend de tracer l'histoire, non seulement possible, mais effective, de la formation du monde.
A l'origine était une matière élémentaire homogène, mue par des forces d'attraction et de répulsion, un chaos irazeux. Cette matière était maintenue à l'état de ténuité extrême par une température très élevée. Sous l'influence des forces qu'il renferme, ce chaos est animé, dans son ensemble, d'un mouvement rotatoire. Par le seul effet de ces conditions physiques, l'homogène va se différencier. La rotation détermine la formation de nébuleuses, animées elles-mêmes d'un mouvement de rotation. A leur tour, ces nébuleuses, par Teffet de la force centri-
KANT
fuge, donnent naissance à des anneaux, lesquels repré-
t ; "'"" ''' '^'^"^'^^ ' -"- «^"'^ 'es anneaux - bnsent et se rassemblent en planètes. De la méZ manière se forment les satellites
.Mémoires.. /« .„,,,,„ ,^ ,^
.Revue scientifique, 1884). ^
fiau!!' m'- 'T f '^""^'^^••^'-- P-ement scientifiques. Mais tout de suite Kant la confronte avec les
-e,,„eme„ts de la religion. La religion, dit-il. „,
-n a craindre d'une doctrine qui, si elle écarte la fina- 'te extrinsèque et accidentelle, telle qu'on la rencontre dans les œuvres des hommes, implique, en revanche, une finaliU^ essentielle et féconde, seule vraiment dign
de Dieu. Bailleurs, qui pourra jamais dire:. Donnez-
cTelilV^r''"-'''"''"'"^"*'^'^^^--ch elle . 1 La vie, à tout le moins, surpasse invinciblement le mécanisme, et atteste Dieu
A la suite de Woltr, Kant étudie les rapports du pos- -ble et de 1 existence (IT-Jo). Le premier a pour loi le
principe de contradiction, le second le principe de raison déterminante, irréductible au précédent. La raison déterminante est, ou antérieurement déterminante et raison d existence, ou conséquemment déterminante et ra.so„ de connaissance. Seule, la raison antérieurement déterminante fournit la science complète. De ces pri„. cpes Kant déduit l'impossibilité d'expliquer, soit le chan-
ÉTUDES DHISTOIRE DE IX PHlLOSOniIE
gement, soit la connexion actuelle des substances, par la seule analyse de leur essence propre. Tout rapport entre les substances doit survenir du dehors. La succession a ainsi son fondement dans une action externe qui constitue la réalité du monde, et la coexistence dans une connexion extrinsèque, qui implique l'existence de Dieu. C'est ainsi qu'en spéculant sur la métaphysique de Wolff, Kant aboutit à une déduction des principes du newtonisaie. Son système, en ce moment, est un mécanisme réaliste suspendu à une théologie naturelle.
Traitant, avec ses contemporains, des rapports de la philosophie et des mathématiques (IToG-Gi), Kant n'admet, ni que les concepts des mathématiciens, divisibilité à l'infini, plein absolu, mécanisme exclusif de toute notion de force, soient intelligibles pour Tentendement, ni que ces concepts soient vides et sans valeur réelle. Sujet de scandale pour le logicien, la mathématique n'en est pas moins la clef de la science de la nature. Newton en a fourni la preuve. Il s'agit de concilier les mathématiques et la philosophie transcendanlale, non de les sacrifier l'une à l'autre. Or, si l'on analyse les conditions de la spéculation mathématique et celles de la spéculation philosophique, on trouve que des deux côtés l'objet est une synthèse, mais que là il est construit par Fesprit, tandis qu'ici il lui est donné. Dès lors la méthode qui convient à l'une ne peut réussir dans Tautre. On traitera mathématiquement de tout ce qui est grandeur ; mais, pour connaître les qualités et les existences, on
emploiera, avec iNewton, l'expérience et la systématisation métaphysique. Il y a deux certitudes, deux vues sur la nature : celle de la démonstration, mathématique et celle de l'expérience. Parties de points opposés, ces deux connaissances ne peuvent se rejoindre.
A l'instigation de l'esthéticien Baumgarten, des Anglais et de Rousseau, Kant s'essaye sur les questions de goût et de morale (1763-1766). Sa méthode consiste à prendre pour point de départ l'observation impartiale de la nature humaine. Nous devons, dit-il, aller de ce qui est à ce qui doit ùtre. Mais son observation, malgré qu'il en ait, se mélange d'analyse métaphysique. Dans le donné il découvrira de l'absolu. Ce qu'il pense devoir observer, ce sont moins les idées et les choses que les mouvements internes de la sensibilité. A ce point de vue il est conduit à distinguer profondément le beau et le sublime. Cette distinction introduira la lumière et la précision dans les choses de la littérature et de l'art. Ainsi, il appartient à la tragédie d'être sublime à la comédie d'être belle. La distinction s'applique ausli aux choses morales. La vraie vertu est sublime ; les bonnes qualités : bon cœur, sens de l'honneur, pudeur, ne sont que belles. La source de -la vertu, c'est le sentiment de la beauté et de la dignité de la nature humaine, pris comme motif d'action. Ce principe doit être entendu en un sens formel : il consiste essentiellement en une règle obligatoire. Ce principe est indémontrable, et il est bon qu'il en soit ainsi. La Providence n'a pas voulu que
ETUDES D'IlISTOmE DE LA rilILOSOPIIlE
les connaissances indispensables à notre félicité dépendissent de raisonnements subtils : elle les a confiées au bon sens naturel.
La prétention qu'affichait Swedenborg- de communiquer directement avec les esprits est pour Kant l'occasion d'examiner ce que vaut la métaphysique, en tant qu'elle aussi affirme la possibiHté de connaître des existences suprasensibles (1763-1766). La métaphysique semble trouver dans les f^its affirmés par l'illuminisme une confirmation inattendue. Elle se justifie en apparence par la théorie qu'elle en fournit, comme le newtonisme se justifie par son explication des lois expérimentales du mouvement. Le malheur, c'est que l'illuminisme s'explique d'une manière bien plus simple et satisfaisante, comme une hallucination causée par certains troubles de l'organisme. Ne se pourrait-il pas, dès lors, que la métaphysique eût une origine analogue? Ne serait-elle pas, au fond, une simple hallucination de l'entendement, doublant d'une apparente existence logique les fantômes de rhallucination sensible? Gardons-nous, toutefois, de conclure à l'entière inanité de la métaphysique. Elle met dans un plateau de la balance l'espoir d'une vie future. Or nous ne saurions vouloir que ce poids restât sans action sur notre esprit. Ce que nous savons, c'est que nous ne pouvons rien attendre de l'expérience, qui soit propre à confirmer nos croyances morales et religieuses. Mais ces croyances n'ont nul besoin de confirmation expérimentale : elles veulent et doivent être
libres. En somme, ce qui suit de notre examen, c'est la nécessité de donner de la métaphysique cette définition nouvelle, laquelle favorise la pratique autant qu'elle s'impose à la théorie : la métaphysique est la science des limites de la raison humaine. /
A la suite de Leibnilz, Kant étudie la nature de l'espace et du temps (1768-70). Plusieurs faits d'expérience, parmi lesquels l'existence réelle de figures symétriques! prouvent que l'espace des géomètres n'est pas une simple conséquence des rapports de situation des choses, mais le fondement même de la possibilité de ces rapports. La réalité de l'espace absolu étant ainsi établie, Kant se demande comment l'espace est possible, c'est-à-dire concevable sans contradiction. L'espace et le temps sont connus à priori, et en même temps sont des intuitions. Comment accorder ces deux caractères ? Le seul moyen, c'est de voir dans l'espace et dans le temps les conditions imposées à l'esprit humain par sa nature même, pour la perception des objets sensibles. L'espace et le temps ne concernent pas les choses telles qu'elles sont en soi, mais telles seulement qu'elles apparaissent à notre sensibilité. L'idée critique est éclose ; Kant toutefois ne l'applique encore qu'à la connaissance sensible ou mathématique.
C'est sous l'influence de Hume que devait enfin se concentrer et se fixer une réflexion, jusqu'ici promenée sur tant d'objets divers (1762-80). La dialectique de Hume fît sur l'esprit de Kant une telle impression, qu'il
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ne songea bientôt plus qu'à résoudre les difficultés soulevées par l'illustre sceptique ; et dans cet effort se dégagea sa véritable originalité, s'épanouit l'idée qui devait être l'âme de sa philosophie. Kant a de bonne heure médité sur la relation de causalité : il a promptement vu ce qu'il y avait d'étrange dans une liaison qui ne saurait être analytique, et qui pourtant est nécessaire. Mais il ne songeait pas à en critiquer la légitimité. Hume vint l'éveiller de sa quiétude dogmatique, en lui criant qu'étranger à la raison, formé par la seule imagination à l'occasion d'une simple habitude, sous l'influence d'un instinct obscur, le concept de causalité ne saurait avoir d'objet en dehors de nous. Kant refusa de suivre Hume dans les déductions que celui-ci prétendait fonder sur son analyse. Que deviendrait, en efTet, la liberté de la volonté, condition de la délerminalion morale, s'il n'existait pour nous que des phénomènes; et que deviendrait la science elle-même, connaissance des choses comme nécessaires, si la causalité n'était qu'une liaison subjective? Pour Kant, la science et la morale nous sont données, avec les caractères qui leur sont propres : il appartient à la philosophie d'en expliquer la possibilité ou les conditions, non d'en discuter la légitimité.
La thèse de Hume fut ainsi, pour Kant, non une doctrine, mais un problème et un point de départ. Comment se fait-il qu'un rapport dont les termes sont hétérogènes soit en même temps posé comme nécessaire,
comme valable pour les choses? Telle se posait la question à étudier.
H s'agissait d'abord de s'assurer que le principe de causalité ne procédait pas de l'expérience, car alors la nécessité en eût été radicalement inintelligible. Mais ayant remarqué que beaucoup d'autres concepts, tels que ceux de substance, d'action réciproque, etc., sont dans le même cas que celui auquel s'est attaqué Hume, et ayant réussi à déterminer exactement le nombre de ces concepts au moyen d'un seul principe, chose impossible pour des concepts d'expérience, Kant tint désormais pour établi que le concept de cause peut être reçu comme ayant une origine à priori. Est-il concevable, pourtant, qu'il existe des concepts à la fois à priori et synthétiques? JNe sont-ce pas là deux caractères incom- , patibles ? Hume l'a cru, et il a quitté la partie là-dessus, renvoyant la causalité à l'expérience. Mais c'est qu'il partageait une erreur de son temps sur un point capital étroitement lié à la question, sur la nature des jugements mathématiques. Il tenait ces jugements pour analytiques et les mettait hors de cause. Le vrai, c'est qu'ils sont synthétiques; et, comme leur caractère de nécessité et d'apriorité est incontestable et d'ailleurs incontesté, ils offrent un exemple de la réunion effective, dans notre connaissance, de l'apriorité et de la liaison synthétique. Rien donc n'empêche que le jugement de causalité ne soit à la fois synthétique et nécessaire.
Toutefois ce n'est pas assez qu'il soit nécessaire au sens où le sont les jugements mathématiques. Nécessaire, quand il s'agit de liaison causale, veut dire : applicable à priori aux choses réelles. Comment une telle propriété est -elle possible? Si les objets étaient produits par l'entendement, ou les idées par les objets, l'accord des concepts et des choses ne présenterait pas de difficulté ; mais il n'en est pas ainsi : l'esprit et les choses sont deux mondes distincts. D'où pourra donc venir, pour l'esprit, le droit de dicter des lois aux choses? Ce droit lui vient, répond Kant, des conditions mêmes de l'expérience, tant interne qu'externe : il n'y a pas d'autre explication possible.
Cette vue, d'où naîtra la déduction transcendanlale, est le terme de la marche régressive qu'a provoquée la critique de Hume. Avec elle sont données la formule de la critique de Kant et l'idée maîtresse du système qu il va maintenant construire.
m. — LA CRITIQUE
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La critique kantienne de la raison pure est proprement une théorie de la science. Comme Newton a cherché le principe du système des corps célestes, ainsi Kant cherche le principe du système de nos connaissances.
(I) Sources : CrUlque de la raison pure : Proléf/omènes ; Élablissemeuf (fe la mélaphfjsk/iie des mœurs : Vrifiijiie de la raison pratique : Critique de la faculté de juffer.
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