‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 2)Chapitre 128 sur 141 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

L'historien de la philosophie peut se proposer en gêné rai deux choses en elles-mêmes très différentes, mais parfois très difficilement séparables : ou bien son but princi pal est la connaissance du système qu'il étudie, considéra comme une chose achevée, parfaite, définitive, abstrac tion faite des tâtonnements, des efforts successifs qui ei amenèrent progressivement dans le temps la réalisation ; ou bien, tout au contraire, ce qu'il s'efforce de mettre er lumière, c'est vraiment l'histoire du système, autant qu'or ait des documents pour l'établir et pour la suivre, c'est-àdire sa formation, ses progrès, sa croissance, bref, soi évolution et sa vie. La première méthode toujours imparfaite et en somme peu historique, convient à la rigueur soil aux philosophies encore engagées dans la lutte actuelle des idées et dont on ne veut savoir que ce par quoi elles continuent à être pour nous une manière de penser, tel l'évolutionnisme, ou le positivisme, ou même, à certains égards, le criticisme de Kant, soit à certaines doctrines qui à torl ou à raison nous apparaissent comme des systèmes puissants, nés parfaits d'un seul coup et en quelque sorte immuables, comme la métaphysique d'un Descartes, ov celle d'un Spinoza. Mais il est des philosophies qui y répugnent d'emblée, et auxquelles l'application d'une pareille méthode serait le pire des non-sens : au premier rang de celles-ci est la philosophie de Leibnitz, dans son état de croissance et de perfectionnement incessants à tel point qu'elle semble n'avoir pris une forme définitive que vers

ine sorte de jeunesse d'un quart de siècle de une adolescence de dix ans, de 1686 à 1695, lans une période de maturité et de stabilité 595 à 1715. En étudiant de près les premières natiques de la pensée leibnitienne, nous notebnitz ce trait singulier que presque toutes les comparaisons, ou même les thèses principales phie future, il les a trouvées et indiquées dès [ y a là plus qu'une curiosité pour l'historien : ve, confirmée d'ailleurs par l'étude approphilosophie, que les grandes directions de nt guère varié, qu'elles furent fixées et coorrès bonne heure, dans leur étonnante diver- 5 l'évolution de sa pensée se fit en élargissant îelques vues maîtresses, et en les ramenant upérieure.

phie de Leibnitz (en faisant abstraction, bien son œuvre juridique, historique et politique) t comme le résultat de deux tendances principes nous semble se ramener la riche diversité ches scientifiques de tout ordre et de ses spéaphysiques. La première est une tendance à ite connaissance digne de ce nom, pour lui rme de la certitude, aux lois d'un enchaîneux à partir de principes incontestables, bref e logique et d'une mathématique universelles. :ompatible avec la première, mais qui s'en distant et ne se réconcilie avec elle dans la philo- ;ive de Leibnitz qu'en s'y opposant, dérive de née de bonne heure chez Leibnitz que tout se nement dans la nature, mais que le mécaîfïit à tout dans la nature, ne se suffit pas à le trouve en définitive son principe que dans l'esprit et de Dieu.

s dire un mot de la première pour en com- •apports avec la seconde et pour en mesurer isuite nous parlerons de la seconde, où nous

voyons la source principale dete développements de métaphysique leibnitienne, et dont nous nous propos dans ce cours de faire exclusivement l'histoire.

La logique de Leibnitz. La Caractéristique universei

Leibnitz a raconté lui-même l de sa vie d'écolier un < sodé qui marque d'une manière frappante l'origine de passion pour les études logiques. Il avait quatorze s et il s'appliquait depuis quelque temps avec un tel suc à l'étude de la logique scolastique que non seulemen trouvait avec la plus grande facilité des exemples p toutes les règles, à la grande surprise de ses maîtres, ir qu'en outre il soulevait des objections, ébauchait des th ries nouvelles^ et relevait par écrit toutes les remarq neuves qui venaient à son esprit, et qui, bien des ann plus tard, étant tombées sous ses yeux, lui donner encore une vive satisfaction. Il en rapporte un exem remarquable. Les logiciens enseignaient couramment 1 de ramener tous les termes simples à certaines class qu'ils appelaient catégories ou prédicaments ; et cette th rie l'avait sans doute beaucoup frappé, par Tordre mê qu'elle permettait d'introduire dans la disposition des tions et conséquemment dans la détermination des en ciations ou des propositions. Mais alors, songeait Leibn pourquoi les logiciens s'en étaient-ils tenus là, et pourq n'avaient-ils point tenté de faire pour les termes complex ou les propositions elles-mêmes, ce qu'ils avaient fait pc les éléments de ces dernières, termes simples ou notior D'une telle théorie, qui eût donné les prédicaments catégories des énonciations, ils eussent tiré l'art, incom rable par ses résultats, d'enchaîner dans des raisonneme

1. Vita Leibnitii a se ipso breviter delineata. Gurhauer II. j lage, p. 55.

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continus les propositions elles-mêmes, et d'aboutir méthodiquement à la contribution d'une science certaine. LeibniU s'aperçut plus tard que ce qu'il rêvait ainsi, sous le nom de prédicaments des termes complexes et dénonciations disposées en séries, les mathématiciens et notamment Euclide l'avaient depuis longtemps réalisé dans les Eléments où ils disposent les propositions de telle sorte que chacune s'y déduit rigoureusement de celle qui la précède. Mais ses maîtres, hors d'état de lui en faire la remarque, se contentèrent de le rappeler à la modestie d'un élève qui doit se contenter d'apprendre les théories admises, et ne point se donner l'humeur d'y apporter des changements ou perfectionnements.

Cette anecdote devait être rappelée, parce qu'elle marque la date précise d'une préoccupation qui n'abandonnera plus la pensée de Leibnitz, et qui, comme la plupart de ses pensées les plus fécondes, remonte à une époque très haute de sa vie et jusqu'à son extrême jeunesse. A la prendre dans sa signification la plus large, elle revient à demander en toute recherche une rigueur fondée tout à la fois sur la solidité des principes et sur la certitude des déductions ; et cela est d'autant plus remarquable chez cet enfant de quatorze ans, qu'il n'avait alors aucune idée des mathématiques, pas même des éléments d'Euclide, et qu'assurément il était impossible qu'il fût averti d'une manière quelconque des efforts tentés par Descartes pour instituer sur un plan tout semblable une méthode et une science universelles.

Quelques années plus tard, le 7 mars 1666, il présentait à la Faculté de philosophie de l'Université de Leipzig une dissertation « pro loco » qui avait pour titre : Disputatio arithmetica de complexionibus, et où il donnait un corps à la pensée de sa quatorzième année. Il avait depuis lors étudié à Leipzig avec Jean Kûhn les éléments d'Euclide, et à Iéna pendant l'été de 1663 avec Ehrard Weigel*,

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