‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 2)Chapitre 13 sur 141 · Pyrrh. Hypot. I, 33. — Ritter et Preller, p · texte numérisé non relu

Pyrrh. Hypot. I, 33. — Ritter et Preller, p

3. A la fin d'une lettre à, Thomasius, du 16 février 1666. Gerh., PMI, I, p. 8.

« Omnis color est impressio in sensorium, non qualitas quaedam in rébus, sed extrinseca denominatio, seu, ut Th. Hobbes appellat, phantasma. » Quant au noir, il n'est qu'une privation de couleur, en sorte qu'il se produit quand nulle couleuf n'est sentie : « Nigredo est non tam color,/ quam coloris privatio, seu nigrum videre nos dicimus* cum nihil videmus. » Or des trois éléments ou principes optiques, le feu, dont les atomes sont pyramidaux, la terre, dont les atonies sont cubiques, l'eau, dont les atomes sont sphériques, ceux du feu produisent sur l'œil l'impression de la couleur, quand ils sont réfléchis sur les faces des corps opaques, ou des éléments cubiques ou terreux de ces corps ; « nam atomi cubicae sibi ita jungi possunt, ne quid intercédât vacui. Sunt igitur causa, cur reflectantur atomi igneae, id est per hypoth. 5, coloris. » Quum autem « inter sphaericas » (id est aquae) « plurimum est vacui, sunt igitur causa non reflexionis, seu non coloris, id est, per hypoth. 3, nigredinis ». Et, comme ce qui est vrai de l'eau l'est encore bien plus de la neige qui est de l'eau condensée (« quicquid rarum taie est, id condensatum magis est taie ; quia vis unita fortior ») « nix igitur quam maxime nigra etiam apparere débet ...Q. E. D. » Si l'on fait abstraction du raisonnement faux qui conclut a fortiori des propriétés de l'eau aux propriétés de la neige, parce que celle-ci est de l'eau condensée 1 , on remarquera outre la réduction capitale des qualités sensibles à de pures images, qui est conforme à l'esprit de l'atomisme et du mécanisme, la méthode philosophique qui les ramène aux positions respectives et en dernière analyse aux figures des atomes : sur l'un et l'autre point, Leibnitz ne fait que suivre fidèlement Gassendi *.

Ainsi en février 1666, c'est-à-dire l'année même où' il allait quitter l'Université de Leipzig pour conquérir à l'Uni-

1. Leibnitz n'a pas tardé lui-même à relever cette erreur, dans une lettre d'avril 1669 à Thomàsius, Gerh., Phil, I, p. 19.

2. Notamment en ce qui regarde l'explication de la couleur par la réllexion et du noir par la privation de la lumière. V. Gassendi, Syntagma philosophicum, pars II, lib. VI, § 12. De colore.

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versité d'Altdorf le grade de docteur en droit (5 nov. 1666), Leibnitz était resté fidèle aux principes de la philosophie atomistique, qui n'avait point cessé de lui paraître la plus propre à résoudre tous les problèmes de la philosophie de la nature (quœstiones naturales).

Mais il semble que vers cette époque, s'il ne cesse point pour cela de croire que la grandeur, la figure et le mouvement des atomes suffisent et doivent être invoqués pour rendre compte de toutes les propriétés des corps et de tous les phénomènes, l'idée ait dû lui venir qu'il faut rendre raison de ces propriétés premières des atomes, attendu qu'elles ne sauraient ni s'expliquer elles-mêmes, ni dériver purement et simplement du concept d'une matière primitive qui pourrait tout au plus leur donner la grandeur et la mobilité, mais non pas telle grandeur, ni non plus telle figure, encore moins le mouvement actuel.

Quant aux raisons qui l'amenèrent à faire cette réflexion, il semble qu'elles lui aient été inspirées par ses aspirations morales et religieuses : en tout cas, c'est dans une dissertation dirigée contre l'athéisme qu'elles ont pris corps et qu'elles ont été développées par Leibnitz *. Il n'est pas douteux, en effet, que l'atomisme, et même que le mécanisme en général tendent, pour qui suppose l'éternité de la matière ou de la masse et l'inflexibilité des lois du mouvement, à mettre hors de la nature Dieu, comme inutile, et la liberté comme incapable de s'exercer sans violer les lois de la mécanique : de l'atomisme, cela a été remarqué dès l'antiquité par Aristote, Cicéron et Plutarque ; >et tel avait été le fruit de la philosophie nouvelle que le P. Mersenne dénonçait, en 1623, l'existence à Paris de 50 000 athées et que Leibnitz lui-même s'étonnait de leur nombre ; « Ego quantulacunque mihi fuit ab exiguo tempore virorum doctorum notitia, horresco tamen, quoties cogito, in quot simul et ingeniosos et prorsus atheos inciderim 2 . »

1. Confessio naturae contra atheistas (1668), Gerh., Phil., IV, p. 105 sqq.

2. Ep. ad Thom. y Gerh., Phil, I, p. 26. — Cf. Con[essio..., ibid.

Or tandis que Gassendi, en adoptant la physique d'1 cure, mettait sa conscience de chrétien et de prêtre à V\ de tout scrupule en supposant que Dieu avait tout à la créé les atomes tels qu'ils sont et ordonné les lois du n vement, sans soumettre d'ailleurs à la critique ni les ni les autres, Leibnitz avec plus de profondeur s'efforce tirer de la nature intime de l'atome et des propriétés ] mières qu'il n'a pas pu se donner, des raisons qui postu l'existence de Dieu et son intervention comme créateur monde. Et par là il était amené non seulement à éta l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, mais à f; pour la première fois, ce qui est beaucoup plus import; la critique du concept de l'atome, qui le conduira à cl cher le principe de la nature au delà de la nature, con la critique du mouvement le conduira plus tard à cherc le principe du mouvement au delà du mouvement.

Mais de même aussi que, plus tard, il ne niera p< que tout dans la nature se fasse mécaniquement, quoi le mécanisme ne puisse par lui-même justifier ses p cipes, de même dans la question présente il ne répi point l'atomisme, bien qu'il ne puisse dériver de l'esse de l'atome ses propriétés fondamentales, et qu'il d< en conséquence les chercher en dehors et au-dessus l'atome, c'est-à-dire en Dieu.

Que Leibnitz, en effet, dans la Confessio persiste i seulement à reconnaître d'une manière générale l'existé des atomes, comme éléments derniers de tous les coi mais même à leur prêter une grandeur finie et une fig finie, cela est mis hors de doute par l'adhésion qu'il do une fois de plus aux doctrines de Démocrite, d'Ëpicur< de Gassendi, même dans ce qu'elles ont pour nous de p étrange et de moins acceptable : citons, pour le proui ce passage décisif : « Sane verum est et rationem hal quod olim Democritus, Leucippus, Epicurus et Lucreti hodie sectatores eoruîn Petrus Gassendus et Joh. Chrys< Magnenus prodiderunt : Omnem in corporibus cohaei tiae causam dare naturaliter figuras quasdam implic;

HANNEQUÎN, II. 3

rias, nempe hamos, uncos, annulos, eminentias, breviter omnes duorum corporum curvitates vel flexiones sibi invicem insertas 1 . » Les atomes ont donc une figure définie et un volume fini, puisqu'ils ont des « hamos », des « uncos » et des « annulos », et puisqu'ils ont un relief, des courbures et des flexions.

A vrai dire, Leibnitz, dans la Con{essio, ne soumet à une critique directe la notion de l'atome que quand il se demande d'où vient la cohésion à ces figurae implicatoriae, à ces hami, à ces unci, par lesquels l'atomisme prétendait expliquer la cohésion des corps composés. Jusque-là il avait prétendu démontrer l'existence de Dieu en prouvant en général qu'un corps quelconque, et non point un atome, ne saurait avoir la figure qu'il a et la grandeur qu'il a sans l'intervention d'un principe différent de la simple matière, et qui la détermine. L'atomisme, en un sens, paraît donc hors de cause, jusqu'au moment où se pose la question de l'origine de la Cohésion des corps. Mais n'est-il point trop clair que si l'atome aussi a une grandeur finie et une figure finie, il ne saurait pas plus les tenir de lui-même qu'un autre corps quelconque, et que l'argument qui vaut des corps visibles et tangibles, devait valoir aussi, pour que la preuve de l'existence de Dieu fût complète, des éléments derniers où se résolvent les corps ?

Or cet argument, qui marque dans la pensée de Leibnitz le point de départ d'une évolution importante et qui ruine la notion démocritéenne de l'éternité des atomes figurés (cX^h^tx), mérite d'être relevé : il consiste à prouver que, de la définition et de l'essence du corps, qui est d'exister, (inexistere) dans l'espace et qui est, on le voit, constituée par deux termes, l'espace et l'existence, on ne saurait tirer ces qualités premières qu'en général les mécanistes reconnaissent aux corps et en particulier les atomistes aux atomes, à savoir la figure, la grandeur et le mouvement. Si ni le corps ni l'atome ne tiennent de leur essence leurs

' 1. Con{e$sio nafurae. Gerh., PMI., IV, p. 10S.

qualités premières, il reste donc qu'ils la tiennent d'un principe extrinsèque qui ne peut être que Dieu, et ainsi ils ne peuvent plus prétendre au rang de principes qui se suffisent à eux-mêmes comme ils suffisent à tout.

L'examen des deux termes de la définition, l'un, l'espace, qui donne aux corps l'extension, mais qui ne peut leur donner une figure définie, l'autre, Y inexistence, qui leur vient du mouvement, conduit Leibnitz non seulement à prouver ce qu'il prétend prouver, mais déjà à donner au mouvement le privilège d'être le véritable agent des déterminations de l'espace ; et cette observation, qui ne prend dans la Confessio qu'une forme indécise, y doit être cependant d'autant plus remarquée qu'elle annonce le passage à une manière de voir qui ne s'accorde plus avec l'atomisme et qui pousse Leibnitz vers une philosophie que nous exposerons dans le chapitre suivant.

Suivons donc à présent Leibnitz dans la critique qu'il fait de chacun de ces termes, et voyons, d'une part ce qu'ils donnent au corps, de l'autre ce qui leur manque ou pour hiî tout donner ou pour être à eux-mêmes leur propre raison cPôtre.

Et d'abord l'espace :

« Ex spatii termino, oritur in corpore magnitudo et figura. Corpus enim eadem statim magnitudinem et figuram habet cum spatîoxpiod implet. Sed restât dubium cur tantum potius et taie spatium impleat, quam aliud et ita cur exempli causa sit potius tripedale quam bipedale, et cur quadratum potius quam rotundum. Cujus rei ratio ex corporum natura reddi non potest, eadem enim materia ad quamcunque figuram sive quadratam sive rotundam indeterminata est. Duo igitur tantum responderi possunt, vel corpus propositum quadratum fuisse ab aeterno vel ab alterius corporis impactu quadratum factum esse, siquidem ad causam incorpoream confugere nolis. Si dicis, ab aeterno fuisse quadratum, eo ipso rationem non assignas, quidni enim potuerat ab aeterno esse sphaericum ? aeternitas quippe nullius rei causa intelligi potest. Sin dicis :

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alterius corporis motu quadratum factum esse, restât dubium cur figuram talem vel talem ante motum illum habuerit ; et si iterum rationem refers in motum alterius r et sic in infinitum, tum per omne infinitum responsiones tuas novis quaestionibus prosequendo, apparebit nunc(uam materiam déesse quaerenti rationem rationis, et ita rationem plenam redditam nunquam esse. Apparebit igitur ex natura corporum rationem certae in iis figurae et magnitudinis reddi non posse *. »

Voilà pour l'espace. Mais nous avons dit que la définition se compose de deux parties.

Examinons maintenant le terme de l'inexistentia : « Ad terminum inexistentiae in illo spatio pertinet motus, dum enim corpus incipit existere in alio spatia quam prius, ex ipso movetur. Sed re accuratius perpensa apparebit ex natura quidem corporis oriri mobilitatem, sed non ipsum motum. Eo ipso enim dum corpus propositum est in spatio hoc, etiam esse potest in alio aequali et simili prioris, id est potest moveri. Nam posse esse in alio spatio quam prius, est posse mutare spatium, posse mutare spatium est posse moveri. Motus enim est mutatio spatii. Actualis autem motus ab inexistentia in spatio non oritur, sed potius corpore relicto sibi contrarium ejus, nempe permansio in eodem, seu quies. Ratio igitur motus in corporibus sibi relictis reperiri non potest. Frustraneum igitur est illorum effugium, qui rationem motus sic reddunt ; omne corpus vel motum esse ab aeterno, vel moveri ab alio corpore contiguo et moto. Nam si dicunt corpus propositum motum esse ab aeterno, non apparet cur non potius quieverit ab aeterno, tempus enim, etiam infinitum, causa motus intelligi non potest. Sin dicunt corpus propositum moveri ab alio contiguo et moto, idque iterum ab alio, sine fine ; nihilo magis rationem reddiderunt, cur moveatur primum et secundum et tertium vel quotumcunque, quamdiu non reddidere rationem cur moveatur sequens, a quo omnia antecedentia moventur. Ratio enim 1. Confessio naturae. Gerh., Phil, IV, p. 106.

«onclusionis tamdiu plane reddita non est, quamdiu reddita non est ratio rationis, praesertim cum hoc loro idem dubium sine fine restet *. »

Ce qui est vrai du corps qui ne tient de son esse ni la figure qu'il a, ni le mouvement, Test donc au m< degré de l'atome à la fois mobile et figuré, en sorte qu second, par le fait qu'il requiert, comme l'autre, l'acl d'un principe capable de lui donner mouvement et figi ■cesse d'être éternel et d'être, comme le croyaient les ; mistes anciens, l'élément primordial des choses et de nature.

Mais il y a plus (et c'est ici que Leibnitz aborde di: tement dans la Con(essio la critique de l'atome), a] même qu'ils donneraient à l'atome une grandeur et figure finies, les atomistes n'auraient pas encore expli par là ce qui fait qu'il n'est pas seulement une figure £ métrique, mais qu'il est un corps et qu'il est une réal à savoir sa solidité ou sa « consistentia » : question grc relative à la nature ou à l'essence de la matière, par op sition à la pure extension, que Leibnitz semble ici al der pour la première fois, et qui lui fait dès mainten dépasser le mécanisme par lé recours à Dieu, comm< le dépassera dans l'avenir par le recours à des forces su rieures à la pure masse et au pur mouvement. Ici encc il ne nie point que soit vrai « Quod olim Democritus, L cippus... » (V. supra p. 33 ).

Mais qui rendra compte de cette ténacité : « Sed ui ipsis tenacitas ? an hamos hamorum supponemus in i nitum ? etc. 2 »

Deux explications pourtant ont été tentées de la solic de l'atome ou de la cohésion de ses parties, au sujet c quelles l'opinion de Leibnitz doit être notée : la premi est due aux anciens, et suppose « partes atomorum h cohaerere quia nullum intercédât vacui ; ex qua sec tur omnia corpora quae se semel contigerunt, insepa

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