‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 2)Chapitre 137 sur 141 · Barni, I, p · texte numérisé non relu

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diversité intuitive unifiable, le schème ne réunit-il point précisément cette double condition, dans la catégorie d'une part et le temps pur de l'autre ? Qu'est-ce donc qui s'oppose à ce que le schème nous apparaisse comme un jugement? Répondons sans hésiter : la nature même du temps, dont Kant savait fort bien qu'il n'y a point d'image, -sinon dans un symbole emprunté à l'espace, et qu'il ïi'a en conséquence qu'au minimum, en tant que forme pure du sens intérieur, le pouvoir de fixer dans son intuition propre les termes d'un jugement. Mais de là relève en revanche son caractère et pour ainsi dire sa dignité par opposition à l'espace : ce qui dans le temps pur se détermine, sous l'unité de la catégorie, ce n'est point un jugement aux termes imaginables et par conséquent exprimables, mais c'est le jugement même en tant qu'opération spontanée, en tant qu'action actuelle, et pour ainsi dire en mouvement, du « Je pense » ; c'est, si l'on nous permettait de nous exprimer ainsi, le jugement même en tant que je suis jugeant ou que je suis pensant, distingué en son originalité profonde, par une réflexion légitime, du jugement exprimé, lequel ne saurait aboutir à des termes énonçables, qu'autant qu'il atteigne en fait, ou ait en vue d'une manière très prochaine, une image qui lui donne une première fixité. Et que cette image encore très générale et en quelque sorte évoquée juste assez, mais ni plus ni moins qu'il n'est nécessaire, pour donner au schème l'énoncé indispensable, soit l'espace en tant que forme du sens extérieur, nous en avons, en somme, plus d'une preuve : celleci d'abord, qu'au moment de définir le schème pur de la quantité qui, dit-il, est le nombre, Kant ne peut s'empêcher de rappeler avant tout que « l'image pure de toutes les quantités (quantorum) pour le sens extérieur est l'espace », comme si le schème du nombre (très nettement différent, insistons-y en passant, des nombres et des formules numériques *) ne devenait saisissable que pour qui en prolonge

1. Voir Axiomes de l'intuition, à la lin du développement. Barni, I, p. 224.

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pour ainsi dire l'action jusqu'en vue de l'espace et des grandeurs discrètes ou continues où il se manifeste. Nous disons jusqu'en vue de l'espace et non point jusqu'à l'espace, parce que le schème, pour s'exprimer pleinement et dans toute son universalité, n'a point à se construire dans l'espace comme un concept mathématique, mais seulement à découvrir en quelque sorte sa destination, qui est de poser en une synthèse transcendantale toutes les conditions requises pour que deviennent possibles dans l'espace les constructions mathématiques. Et ainsi en est-il de tous les autres schèmes, schème de la qualité, produisant dans l'intuition nécessairement spatiale, la grandeur intensive, schème de la relation, réalisant la substance comme une grandeur constante, la relation des causes et des effets comme s'établissant entre grandeurs variables, la réciprocité d'action entre substances définies, schèmes de la modalité enfin, posant les conditions du possible, de l'existant et du nécessaire parmi les phénomènes déjà définis par les autres catégories comme objets d'expérience. . Bref si nous voulons saisir le schème inexprimable et lui donner une formule qui nous en montre l'universelle portée, relativement à la possibilité de toute expérience, nous devons jeter les yeux vers l'espace où s'accusent en images et se réalisent en concepts ces synthèses en action que sont les schèmes, non assurément pour leur enlever quoi que ce soit de leur originalité en tant qu'actes organisateurs de la connaissance, mais pour noter le sens de leurs déterminations propres par leurs résultats les plus caractéristiques. Où le schème de la quantité, ce schème que Kant appelle le nombre, mais qui ne lui apparaît que comme un mouvement d'addition successive de un à un, où ce schème manifeste-t-il, en somme, ce qu'il y a en lui de déterminations prochaines et universelles ? Il n'y a guère de doute possible : dans le tracé d'une courbe, laquelle devient par là même une grandeur mesurable, puis, ultérieurement et par le choix d'une unité arbitraire, dans la mesure de la grandeur, origine première des « for-

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mules numériques ». Dès lors, la formule qui repré le mieux le schème, et ce qu'il y a à la fois en lui d'ui salité et de puissance déterminatrice, est celle-ci point de vue de la quantité, il est impossible de con< une intuition quelconque qui, rapportée à l'unité de 1 ception transcendantale, n'apparaisse dans l'expéi comme une grandeur extensive : ou> en termes plus c< qui sont les expressions mêmes de Kant : « toutes les tions sont des grandeurs extensives ». Cette formule, Kant, est le principe des « axiomes de l'intuition » est plus qu'un Grundsatz ; elle est le principe (Princi ces « Grundsâtze » de la quantité qu'il désigne sous le d ,y « axiomes de l'intuition » : et si elle n'est poi schème, elle est <iu moins ce qui en exprime le mie puissance et le sens, en affirmant sa valeur pour la te de l'expérience possible.

Ce qui caractérise le « principe » dont nous v( de donner la formule, c'est qu'il n'est point par lui-i constructif, mais qu'il énonce la condition suprêm< rend a priori constructibles toutes nos intuitions, c' dire qui les fait tomber nécessairement et universelle sous l'application des mathématiques. Le mathéma qui cherche ailleurs qu'en une catégorie de l'esprit, ail par conséquent que. dans l'unité originaire de l'ape tion, les raisons de la docilité parfaite de la nati l'application des mathématiques, ne les trouvera jair ou bien il les tire de l'expérience, ou bien il les demai certaines « conventions » qu'il semble avoir le dro •prendre avec lui-même ; mais il s'aperçoit tout le pr< et il répète volontiers qu'il ne choisit ces « conventu que pour les ajuster le mieux possible en fin de com l'expérience. Or il ne consent pas, et à la vérité il ne pas consentir à faire de la mathématique une science < rimentale. Pour avoir foi en l'application des construc mathématiques à la totalité des phénomènes, il faut au préalable qu'il ait une garantie de l'universelle m matisation de l'univers ; et cette universelle soumissic

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l'univers aux lois mathématiques, cette Geselzmâssigkeit fondamentale et primitive, c'est le « Je pense » qui la pose, sous les conditions du schème de la quantité, et c'est le Grundsaiz qui l'énonce, à un moment logique du développement de la connaissance antérieur à la science, et indépendamment des variations et des fluctuations possibles des systèmes scientifiques.

Le schème de la qualité conduit de la même manière à un Principe dont nous aurons fait sentir l'importance capitale, lorsque nous aurons rappelé qu'il pose a priori la nécessité d'attribuer un degré d'intensité à toute sensation (Empfindung), par où précisément il lui donne un objet, et cela en chaque instant de la durée de cet objet et en chaque point de l'étendue qu'il occupe ; en sorte que le « Principe des anticipations de la perception » élève tout phénomène au rang d'une grandeur intensive, et fonde a priori la possibilité de le traiter comme tel par une application sans restriction de l'analyse infinitésimale. Au principe qui impose à toutes nos intuitions leur caractère de grandeurs extensives, Kant a donc ajouté un principe qui fait de leurs objets des grandeurs intensives et qui ouvre aux mathématiques le champ des spéculations par lesquelles elles ramènent, selon les vues de Leibnitz, à la force génératrice des éléments, la production même des grandeurs extensives (genèse analytique des courbes et des grandeurs).

On comprend à présent pourquoi Kant a donné aux deux principes des grandeurs extensives et des grandeurs intensives et, aux catégories correspondantes, le nom de principes et de catégories mathématiques. Il donne aux deux groupes suivants de Grundsâtze, aux trois « analogies de l'expérience », et aux trois « postulats de la pensée empirique » le nom de principes dynamiques, non seulement parce qu'ils ne sont point constructifs, comme les principes proprement mathématiques, mais parce qu'aux phénomènes définis comme des grandeurs ils imposent des caractères qui dépassent le point de vue des pures mathé-

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matiques et qui les soumettent aux lois de la physique et de la mécanique.

A ce point de vue nouveau, les « analogies de l'expérience » sont remarquables par la sûreté et la solidité d'une construction spéculative qui n'a reçu des développements historiques de la science que des confirmations. La première analogie résulte de la détermination du temps comme permanent par la schématisation de la catégorie de la substance, et porte clans la critique le nom de « Principe de la permanence de la substance » (Grundsatz der Beharrlichkeit der Substanz) : la substantialité dont il s'agit ici ne peut être, cela va sans dire, que celle des phénomènes ; et Kant la définit comme ce qui, à travers tous leurs changements et leurs vicissitudes, demeure en eux en quantité constante. Le principe suivant, ou la seconde analogie de l'expérience (résultant de la détermination du temps comme succession), est le « principe de la succession dans le temps suivant la loi de la causalité » ; c'est le Grundsatz qui impose a priori à tous les phénomènes la détermination d'un ordre défini des places qu'ils occupent dans des séries successives, ordre sans lequel ils occuperaient dans ces séries des places indifférentes et ne pourraient constituer des « objets » d'expérience. Le principe de causalité en un mot impose à la nature des changements continus et conformes à des lois, comme le principe de la substance lui impose la condition de la permanence, ou de la continuation à l'infini dans la durée d'une grandeur invariante ou constante. Avec une admirable pénétration, Kant s'est attaché à établir que ce qu'il définit dans la nature comme la substance permanente n'est pas différent au fond de ce qui y est soumis à la loi d'un changement continu et ininterrompu ; ce qui change n'est autre chose que la substance même ; et, réciproquement, la substance est dans un état de perpétuel changement. Et la première condition en effet de l'objectivité du changement ou de sa conformité à des lois est qu'il y ait en lui quelque chose de constant par où il soit astreint à des limites précises, hors desquelles il

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serait qu'indétermination pure et échapperait à jamais ; prises de la science.

lu temps où Kant exposait dans la Critique le déveloplent des Grundsâtze, l'invariant qui correspond à la stance, et qu'il appelait la matière, lui paraissait trouune réalisation objective dans le concept newtonien de nasse, tandis que le mouvement et ses lois dynamiques paraissaient répondre aux exigences du principe de salité. Notons en passant, et sans y insister davantage, une troisième analogie de l'expérience, dite « principe l'action réciproque de toutes les substances, en tant îlles peuvent être perçues comme simultanées * dans pace » trouvait objectivement sa réalisation et son illusion dans la loi newtonienne de la gravitation univerb. Les trois « analogies » kantiennes posaient donc a m des conditions universelles de la possibilité de périence ou de l'intelligibilité de la nature que vériint les concepts newtoniens de la masse, du mouvett, et de l'attraction universelle. On a dit d'ailleurs, et est absolument vrai, que la science newtonienne avait 'ni à Kant les thèmes scientifiques, indispensables à la que, d'où il avait induit, par la méthode de la réflexion, seulement les principes de l'entendement pur, mais t-être jusqu'au tableau des catégories elles-mêmes 2 . On >eut nier cependant que les « analogies » ne dépassent ■ois en précision les théories scientifiques qui leur sernt d'abord d'illustration.

la notion de substance, par exemple, telle que la défi- Kant, le concept de masse ne répond qu'assez mal : lasse est un invariant ; mais elle n'est pas cet invariant on peut dire ce que Kant disait de la substance, à ir qu'elle est cela même qui change, et qui demeure uantité constante sous les changements continus dont est plus que le support, dont elle est le sujet toujours ême et toujours différent. On ne saurait dire en effet

La simultanéité est la troisième détermination du temps, voir Hermann Cohen, op. cit., chap. xn.

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de la masse qu'elle est la substance du mouvement, im simplement qu'elle est un invariant et un facteur par] d'autre9 facteurs dynamiques du mouvement. Les progr de la science nous semblent au contraire avoir donné à définition kantienne de la substance une satisfaction co] plète que Kant assurément n'avait pas pu prévoir. ] notion de l'énergie, dans l'énergétique contemporair répond en effet de tous points aux exigences du Grundsc kantien : l'énergie est vraiment, comme on disait ; xvn e siècle, la quantité qui se conserve ; mais en mêr temps elle est ce qui subit de perpétuelles et incessant transformations ; elle est ce qui persiste et à la fois se trar forme, ce qui est toujours autre, et en même temps to jours le même ; et à sa substantialité parfaite elle doit valeur objective, à laquelle n'est nullement comparable relativité de la masse, qui est un abstrait, et qui, comr on l'a montré, n'est concevable pour l'esprit que par corrélation qui l'unit au concept de la force, relati <îomme elle.

De même ce n'est que d'une manière tout à fait approi mative et presque inexacte que les lois ordinaires du mo vement illustrent dans la nature le « principe » de caus lité. Le caractère essentiel de la causalité, d'après 1 développements de la « deuxième analogie », n'est pas éqi voque un seul instant : c'est 1' « irréversibilité » des séri phénoménales déterminées comme séries causales. Or mouvement n'est nullement irréversible de sa nature, air 4jue l'ont prouvé les critiques récentes des doctrines strid ment mécanistes. Au contraire les changements réels, q tous se ramènent pour l'énergétique moderne aux vari tions dans un sens rigoureusement déterminé d'une ou i plusieurs formes de l'énergie universelle, sont définis p le physicien moderne comme irréversibles, et comme enti rement déterminés dans tous leurs éléments par la loi di de la dégradation de l'énergie: Avant que l'énergétique e -établi ce second principe, personne, dit Ostwald *, n'éte

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