ARTHUR HANNEQUIN ET SON ŒUVRE. XXXI
que joue le mouvement dans le passage de Dieu au monde, n'est-ce pas aussi à Fécole de Descartes que Spinoza a dû le comprendre ? Et le cas qu'il fait de la clarté et de la distinction des idées dont la mathématique fournit le modèle, cette ^ haine vigoureuse des idées générales et des universaux, c'està-dire en somme toute la théorie de la connaissance et toute .celle de la morale, cela encore lui vient-il d'un autre que de Descartes ? Donc c( tout ce qu'on peut dire de moins de Tinfluence de Descartes sur Spinoza, c'est qu'elle prime toutes les autres, au point que nul ne peut soupçonner quelle forme eût prise ce que, dans ses préoccupations morales et religieuses, Spinoza doit à sa race, à l'éducation des rabbins qui l'excommunièrent, et aux méditations de son génie personnel, si l'on tentait d'abstraire de sa philosophie tout ce qui la pénètre de doctrine cartésienne et d'esprit cartésien ».
Le fond du système est d'ailleurs très simple, très clair, de la plus belle unité qui soit. C'est Yopposition de deux mondes, tous deux vrais et réels, mais inégalement, qu'en un sens il faut séparer, et non en un autre ; d'une part, le monde de la substance et de ses attributs, de Dieu, du Parfait, de l'Éternel, de l'Un, de la Vérité et de la Béatitude, de l'essence à laquelle appartient de soi l'existence, de la nécessité qui est la liberté, de la Nature naturante, de l'Infini qui soutient tout le fini, qui ne se révèle peut-être à l'esprit que dans les relations à l'Infini des choses finies ; d'autre part, le monde des modes, dos choses de notre expérience, de Vordo naturœ, du multiple, du changeant, du durable, de la naissance et de la mort, des passions et des erreurs, de l'essence à laquelle n'appartient pas nécessairement l'existence^ de la Nature naturée, de la contingence et du déterminisme^ de la pluralité qui accuse l'unité d'où elle vient et où elle tend, du fini qui ne trouve son explication dans les deux sens, au dehors et au dedans, du côté de la sensation et du côté de la raison, que dans l'Infini.
Et ce qu'il faut arriver à voir, c'est non pas qu'il y ait Dieu, puisque Dieu ne peut pas ne pas être, mais qu'il y ait autre chose que Dieu„ qu'il y ait le monde des choses. Dieu ayant un nombre infini d'attributs infiniment modifiables, il ne devrait y avoir que des modes éternels et infinis. Oui, mais en fait il y a des modes finis et durables. Comment cela ? C'est là peut-être le nœud vital du système. Hannequin avait serré les textes de près : « C'était le joyau de son exposition », écrit celui de ses disciples qui. l'a le plus