‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 26 sur 229 · XXXII ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE · texte numérisé non relu

XXXII ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE

longtemps entendu et le mieux compris. En quoi les mode& finis et durables s'expliquent-ils par des modes infinis et éternels, c'est-à-dire ceux qui découlent nécessairement des attributs ? Le mode éternel de la pensée, c'esi VIdea Dei ; il y en a un autre, ïlntellectus divinus, qui est peut-être bien le môme. Notre entendement, à noua, nous apparaît comme un diviseur, un déterminateur d'idées. Pareillement l'idée que Dieu a de lui-môme, son entendement, serait un instrument de détermination et de division dans l'attribut de la pensée. C'est sans doute vrai^ mais ce n'est pas aussi clair que nous souhaiterions. Il nous faut prendre le problème par un autre biais. L'étendue aussi a un mode éternel ; il y a un second fils de Dieu, le Mouvement El le mouvement, lui, divise l'étendue ; il la divise éternellement et infiniment. Nous entendons très bien cela au moins depuis Descartes : pas d'étendue concevable sans mouvement. Or le mouvement est tel de sa nature qu'il ne peut pas ne pas produire le mode fini : il découpe ; toute figure est forcément limitée ; les res ne sont que les degrés divers de mouvements. Voilà cette fois trouvé le passage de Dieu au monde. Le principe de connexion des modes en chaque attribut permet ensuite sans difficulté de faire la théorie des idées par celle des choses.

Mais ce qu'il faut voir aussi, c'est le processus inverse, le revenir de la Nature naturée vers la Nature naturante, le retour du monde à Dieu, du fini à l'Infini — c'est-à-dire pourquoi il y a une Science et une Ethique, deux choses au fond qui n'en sont qu'une, si l'un des caractères du spinozisme est justement de ne pas séparer, autant qu'on l'a fait depuis Kant, le problème de V action du problème de la connaissance. C'est bien une éthique que Spinoza a voulu faire — cette morale définitive que Descartes n'avait pas eu le temps ni peut-ôtre surtout le goût et l'audace de s'avouer à lui-môme et d'apprendre aux autres. La métaphysique de Dieu et de l'âme n'est que pour nous découvrir les causes de notre servitude, et nous procurer les moyens de notre affranchissement. Mais c'est la métaphysique qui est le nécessaire instrument de cette libération de l'erreur et de la passion. VÊthique n'a rien d'une morale qui postulerait le primat de la raison pratique, ni moins encore d'une foi qui prétendrait s'élever au-dessus de la science. Affranchir l'entendement, c'est affranchir l'homme. C'est notre tâche à chacun de travailler à faire de nos idées inadéquates des idées (( claires et distinctes )>, de nous élever de la con-

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