ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. LVII
les choses ne lui infligent pas de démenti, la science se fait. L'atome n'est donc pas un absolu existant dans la réalité, il n'est pas non plus un' concept arbitraire et fictif. Le monde n'est pas construit d'atomes, c'est entendu ; « Tatome est un concept et non une chose en soi » ; mais encore est-il que l'atome tient aux choses, que ce concept est fondé. Le réel n'est pas seulement ni premièrement quantité^ il est avant tout et essentiellement qualité ; et cette qualité, malgré la souplesse et l'infinité du nombre, reste inépuisable pour la quantité. <( La physique laisse place à une métaphysique. Elle fait plus, elle la dessine d'avance. Comme il faut bien que la quantité symbolise, c'est-à-dire exprime de quelque façon la qualité, — sans quoi c'est la fécondité du processus scientifique qui serait le mystère des mystères, — l'atome, simple concept mathématique, « nous conduira peut-être, au-dessus de l'Espace et au-dessus du Temps, à l'unité d'un être qui sans cesse se fait et s'achève soi-même, en projetant dans la durée l'ombre de son action déterminante et créatrice, et dans l'étendue l'ombre des résultats réalisés, fixés, déjà passés et comme morts ».
Lors même que Hannequin se serait exagéré le rôle des atomes dans la science d'hier et surtout dans celle d'aujourd'hui, sa construction, ingénieuse et fine, mériterait encore dft survivre aux données de l'histoire des sciences qui l'ont inspirée. Mais jusqu'au bout il est resté convaincu, lui, qu'il n'avait rîea exagéré du tout, que ses critiques ne l'avaient critiqué que pour s'être mépris sur sa conception personnelle de l'atome et de l'atomisme, et que cet atomisme en particulier restait parfaitement indemne des révolutions de la physique contemporaine. La merveilleuse théorie des électrons que ni lui ni personne ne prévoyaient alors dans le monde des philosophes, l'avait réjoui sans le surprendre. Il était tranquille et savait que, d'une manière ou de l'autre, l'atome réapparaîtrait bientôt, et que sa déroute, célébrée un peu bruyamment par Ostwald, était plus apparente que réelle. Il continuait d'ailleurs de le retrouver très distinctement dans les formules de la thermodynamique où ceux-là seuls ne le voient pas, qui ne savent ou ne veulent pas regarder. Dans une série de leçons sur la Matière faites en 1902, il eut une fois de plus l'occasion d'éprouver son hypothèse des atomes au contact des doctrines encore triomphantes de l'Energétique. Il se crut autorisé par les faits et par leur interprétation à maintenir toutes ses conclusions essentielles, à savoir :