LVIII ARTHUR IIANNEQUIN ET SON ŒUVRE
a) D'abord que le mécanisme, c'est-à-dire la conception de Descartes et de Leibnitz, de Newton et de Kant, n'est pas aussi ruiné que Font répété certains savants qui confondent ridée maltresse de ce mode d'explication avec les principes et les formules dont l'insuffisance ou la fausseté ont été reconnues depuis ; qu'il est au fond aussi solide et aussi durable que la science. Après les succès qu'on sait et qui ont donné un moment l'illusion d'une sorte de vérification expérimentale, analyse chimique, théorie cinétique des gaz, théorie de la lumière, électrolyse, etc., il y a eu des échecs, des espérances trompées ; toutes sortes de difficultés ont surgi ; des calculs faits et bien faits et qu'on avait le droit de faire, ont donné des résultats chiffrés si prodigieux, à la fois précis et fantastiques, qu'on a fini par se demander, en face de l'extraordinaire petitesse des molécules, de la grandeur non moins extraordinaire de leurs intervalles, des vitesses et des complexités de leurs mouvements, si pareille hypothèse n'était pas tout Imaginative. Une nouvelle conception s'est peu à peu proposée et imposée, V Energétique. C'est vrai, mais n'oublions pas que l'Energétique elle-même est tout entière d'origine mécanique : ses fondateurs, Helmholtz, Clausius, lord Kelvin sont des mècanistes ; la plus simple et la première forme d'énergie connue, — l'énergie type, — est l'énergie mécanique. L'Energétique qui raille le mécanisme, c'est donc, répétait Hannequin, l'enfant dru et fort qui bat sa nourrice. Ceux qui ont vu là un retour de Descartes à Aristote n'ont évidemment pas remarqué que si on remplace le tô IIotïSv par le tô floTov, c'est à condition que celte qualité, ces formes, ces énergies spécifiques restent pourtant sujettes à la mesure, qu'on en puisse faire Vobjet d'une mathématique, qu'elles donnent lieu à des équations d'équivalences et de transformations. Et qui donc nous a appris cela, Aristote et saint Thomas, ou bien Galilée et Descartes ? Prendre les phénomènes de la nature comme des grandeurs mesurables et mesurées, — la mesure, — il n'y a pas autre chose d'essentiel au fond dans le mécanisme, et il y a aussi, et avant tout, cela et tout cela dans TEnergétique.
b) Et aussi, que l'atomisme^ en ce qu'il a de caractéristique, ii partie liée avec le mécanisme, qu'il vaut ce que vaut celuici et qu'A durera autant que lui, s'il est vrai que le mécanisme ne peut admettre dans la nature que des grandeurs ficcupant un espace, mais des grandeurs intensives, des masses dont il reste à déterminer les trajectoires, les direc-