‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 53 sur 229 · ARTHUR MANNEQUIN ET SON ŒUVRE. LXI · texte numérisé non relu

ARTHUR MANNEQUIN ET SON ŒUVRE. LXI

nos concepts, de nos images, de nos perceptions, c'est aux psychologues de le découvrir : Hannequin lui-môme avait préparé une Psychologie dont seule Vlntroduction a été publiée 1. Mais il estimait que ce qu'ils en ont découvert jusqu'ici peut tenir aisément dans les cadres encore solides et très larges de la Kantische Maschinerei; et qu'à Kani nous devrons toujours au moins d'avoir reconnu « -le véritable mouvement de V esprit », — celui qui va « du je 'pense et des catégories, d'abord aux formes homogènes de l'Espace et du Temps, et ensuite, dans ces formes, aux intuitions empiriques qu'elles atteignent enfin, et dont elles font des unités ou des synthèses dans l'étendue et la durée », de telle façon que « VUrtheilskraft originaire s'engage de plus en plus dans le champ de l'intuition )>.

2? La Science.

a Le besoin d'où est sortie la science, c'est de rendre intelligibles tous les phénomènes ; et c'est, dès lors, de les construire d'une manière adéquate à l'aide d'éléments empruntés à Tesprit : car c'est la destinée de notre esprit, selon la pensée de Descartes^ de ne saisir et de ne comprendre que ce qui vient de lui... Il ne sait des choses que ce qull y retrouve de sa propre substance, que ce qu'il y projette ; il ne connaît pleinement que ce qu'il crée. » Le monde de l'expérience, notre première œuvre, reste trouble pour nous. Nous ne nous y retrouvons ni tout de suite ni tout entier. C'est que notre œuvre, il l'est sans doute, mais il ne l'est que pour une moitié ; les choses ont collaboré avec le Cogito, il nous est donné autant qu'il est pensé. Le monde de la science veut être, voudrait être plus clair, tout à fait transparent, œuvre propre de l'esprit tel qu'il s'y reconnaisse, qu'il y retrouve les lois prescrites par lui-même à la nature. Rendre les choses intelligibles^ ce serait les recréer avec des matériaux tirés de notre propre fonds, substituer par exemple le mouvement au phénomène, fabriquer dans l'Espace et dans le Temps, un monde figuré, mobile, nombrable.

L'idéal de la science serait ainsi d'éliminer l'expérience; l'expérience, c'est l'obscur, le donné, le non-construit. Mais cet idéal, elle y tend, sans qu'elle puisse l'atteindre. Deux fois au moins les phénomènes lui opposent un obstacle invin-

1. Introduction à. l'étude de la Psychologie (in-l2, 138 p., Paris, Masson, 1890) ; « Petit chef-d'œuvre de méthode et de critique *♦ G. Dwelsbauvers, ' La Revue du Mois» septembre 1907, p. 896.

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