VIII PREFACE
tout lire en mathématiques et de tout comprendre. Et, avec cette audace tranquille qui caractérise plusieurs des démarches de sa vie, il s'aventure dans des études qui avaient longtemps été délaissées en France et pour lesquelles il n'avait ni conseils, ni guides. Peu à peu ainsi l'idée du livre qui sera sa thèse se forme dans son esprit. — A peine était-il en voie d'exécution qu'apparaissent, chez cet homme dont on enviait la santé, les premiers symptômes d'un mal dont son énergie recula Vaveu, mais sur la gravité duquel on ne put se tromper et contre lequel il devait se débattre quinze ans. La première période de sa vie, toute de préparation ioyeuse et confiante, est achevée ; une seconde période commence, de production sans cesse interronîpue et de lutte contre la souffrance et contre la mort.
Jamais nature morale ne fut plue riche que celle d'Hannequin. Quand fe pense à lui, un mot me vient toujours à Vesprit, celui de générosité, dans le haut sens, dans le sens cartésien de ce mot. Cette qualité de son âme se retrouve dans sa façon de philosopher et dans toute Vallure de sa pensée. Elle se retrouve dans sa façon ardemment sympathique d'étudier la pensée des maîtres. Il fut généreux ainsi envers les morts. Il fut généreux envers les vivants, élèves, amis, compagnons d'enfance, prompt à trouver des raisons d'aimer, grandissant chacun dans son propre esprit, parce qu'il faisait involontairement chacun à son image. Il est généreux envers les choses. Il est de ces hommes supérieurs qui ne trouvent famais rien audessous d'eux, aucun détail de la vie pratique, aucune occupation, aucun plaisir: Il se fait petit avec les petits, sans effort, sans cet artifice si vile percé à four, et qui humilie ceux à qui pourtant on cherche à plaire. Aussi comme il est aimé partout où il paraît l Je n^ lui ai pas connu d'ennemis. Et fe n'ai guère connu personne qui ne fût gagné par l'extraordinaire sympathie qui se dégageait de tout son être. Il était populaire dans son village et aux alentours, et il vint même à quelques esprits — pas au sien — l'idée de transformer celte popularité en un mandat législatif. En revanche, il a beaucoup de peine à mépriser ; il ne sait pas haïr, quoiqu'il soit très perspicace et prenne