‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 67 sur 229 · ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. LXXV · texte numérisé non relu

ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE. LXXV

métaphysique ; mais la matière aussi n'est-elle pas déjà cela î N'y a-t-il pas, même en chimie, des sortes ûHndividualités, dont les lois chimiques ne rendent pas compte ? Ne rencon^ trons-nous pas, en physique, des groupements de fomtes d'énergies, toujours en fait inséparables, sans que d'ailleurs aucune loi connue de TEnergétique révèle le pourquoi de ces nécessaires associations ? Les lois de la matière expliquent, si Ton veut, la substance; elles n'expliquent pas les substances; elles n'expliquent pas môme les groupements élémentaires de la molécule et de l'atome, de l'ion et de l'électron.

Il ne s'agit pas d'ailleurs de revenir à des hypothèses néovitalistes ou néo-animistes, dont le moindre défaut est d'être, comme chacun sait^ toutes verbales, hors d'état même de fonder le réel déterminisme des phénomènes biologiques. Le vivant n'est pas une chose en soi ; c'est un phénomène, un objet, un construit. Un ensemble de caractères dûment vérifiés nous fait conclure à un principe d^unité et d^organisor tion. Ce principe, nous ne le trouvons pas dans le monde phénoménal. D'accord ; mais ce n'est pas qu'il n'existe pas, c'est simplement qu'il n'est pas là, qu'il faut le chercher ailleurs, — dans le monde des choses en soi. Par chacune de ses manifestations, le vivant fait bien partie du déterminisme de la Nature ; mais par son principe, il fait partie de cette surnature dont les phénomènes proclament l'existence. L'unité du système est au-dessus et en dehors du système, et d'autre ordre; mais si elle n'était pas cela justement, serait-elle encore l'unité ? Oui bien, le déterminisme biologique échoue à expliquer le principe du vivant ; mais ce n'est pas nécessairement qu'il n'y en ait point, que le mécanisme suffise à tout, que la finalité soit seulement apparente, c'est peut-être que ce principe est situé dans un autre domaine, et qu'il relève d'un autre mode de connaissance.

C — La matière pensante.

Nouvelle forme d'existence, — celle-là, — plus singulière encore que les deux précédentes, s'il est vrai qu'elle est à la fois la forme d'existence par laquelle toute autre existence se révèle à nous, et en même temps une forme d'existence si essentiellement individuelle et fermée qu'aucun effort ni de nous-même ni d'autrui ne peut l'exprimer dans son fond, — qu'elle est ce par quoi nous connaissons tout et ce par quoi personne ne nous connaît En fait, la conscience n'apparaît

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sûrement qu'avec un système nefveiLx^ c'est-à-dire quand un organisme est suffisamment différencié déjà pour qu'un appareil ait pu se constituer, capable de centraliser les ini^ pressions et sollicitations des choses et de préparer les réactions motrices, et aussi d'établir une continuité entre la coordination des sensations et la coordination des réactions. Quelle qu'elle soit en elle-même, la conscience a donc une hase physique par où elle rentre dans la Nature et peut être considérée comme objet. Le spiritualiste le plus décidé est en droit de parler de matière pensante.

Quel est le rapport de ces deux faits, — le physiologique et le psychologique, — dont l'un ne va pas sans l'autre? C'est cela le gros problème métaphysique de la psychologie. On s€dt les trois réponses classiques, les trois seules réponses possibles.

D'abord la vieille réponse matérialiste, que chaque génération modernise, mais qui reste très reconnaissable même dans Vépiphénoménisme de Maudsley et de ses continuateurs. Elle ne rend pas compte des faits, ce qui est déjà assez inquiétant. Mais ce qu'un métaphysicien lui reprocherait surtout, c'est de violer les lois mêmes de la pensée : de représenter le fait de conscience comme un fait qui échapperait aux lois de la causalité, qui serait toujours effet sans jamais pouvoir être cause, c'est-à-dire un fait qui ne serait pas un fait ; d'être au fond une théorie impensable, si le concept d'épiphénomène est une pseudo-idée dont l'analyse suffit à faire éclater les contradictions internes.

Puis la théorie de Vaction réciproque. Le fait de conscience serait souvent déterminé par le fait physiologique ; parfois aussi, et à son tour, il serait déterminant Ce seraient deux faits, dont l'un serait aussi fait que l'autre, et n'aurait pas une moindre valeur de causalité et d'eiïîcàce. Conception, celle-là, qui exprime assez exactement comment les choses se passent, suffisante par conséquent en psychologie, mais qui soulève une grosse difficulté en métaphysique. Le fait physiologique est soumis aux lois d'une Nature qui ne souffre aucune discontinuité dans une série dont tous les termes doivent être des phénomènes. Le fait psychologique, au contraire, est tel, par sa matière et sa forme, qu'il ne saurait à aucun moment faire partie d'une Nature ni se prêter à ses lois. La place qu'on lui assigne entre deux faits physiologiques, dont l'un serait sa cause et dont l'autre serait son effet, il ne saurait l'occuper à aucun moment, sans détruire toute la chaîne déterministe s'il reste ce qu'il est, et

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