LXXX ARTHUR MANNEQUIN ET SON CEUVRE
Science, en sorte que la Science devient la garantie de fait de Texistence du Devoir. »
Nous comprenons aisément comment la Raison agit sur les données de la sensibilité pour déterminer une Nature ; mais comment et sur quoi va-t-elle agir pour déterminer notre conduite ? Où est ici le donné, la matière sur laquelle la Raison travaillera pour en faire la moralité ? Mais d'une certaine façon dans nos peines et nos plaisirs, nos inclinations et nos passions, dans cette suite surtout d'exemples, de traditions, d'habitudes, d'expériences individuelles et sociales, — le contenu de la conscience empirique, ce qu'on a justement appelé les données de la science des mœurs. Ce n'est pas du tout la morale, cela^ et l'homme qui s'en tiendrait à ces suggestions et à ces poussées resterait rigoureusement en dehors de la moralité ; mais c'en est la matière. Ce qui fait la moralité, c'est un appel des données de la conscience empirique à la Raison, à un je pense désindividualisé, pour ainsi dire, et rendu à son universalité propre. Ni les hommes ni les choses ne doivent juger pour nov^. La moralité est à ce prix. Il faut que nous ramenions à notre raison le jugement d'où sortira l'action, que nous en appelions d'un moi temporel et individuel à un moi absolu et universel, que nous nous affranchissions de ce qu'il y a de particulier en nous pour nous attacher à ce qui doit valoir pour tous les hommes. Car l'individuel n'exclut pas l'universel, il l'implique au contraire puisqu'il est par lui et que sans lui il ne serait pas ; seulement pour le retrouver et lui rendre sa place, il faut un effort. Cet effort est précisément l'effort moral. Il est fait surtout de sérieux, d'attention, de sincérité ; il nous remet constamment en face de ce qu'il faut que nous soyons, si nous sommes Raison et Liberté, de ce que nous voulons être dans notre volonté pure, malgré les démentis et les défaillances de la volonté empirique.
Si c'est l'œuvre de la moralité de dégager, dans les actions qui se proposent à nous, ce qu'il y a d'/iitmam d'avec ce qu'il y a Ôl" individuel, de bien faire notre métier d'homme, de ne pas être ^gi, mais d'agir dans ce que notre moi a de commun avec tous les moi, on comprend que l'idéal moral ne puisse être fixé une fois pour toutes. Il se fait : il évolue, se transforme» s'enrichit, s'affine ; il est invention continue, création de chaque instant et pour chaque cas donné. C'est le devoir de le réaliser, mais c'en est déjà un, et non le moindre, de le chercher et de le trouver : « La loi véritable est celle que, par un acte d'invention morale, nous nous donnons