‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 73 sur 229 · ARTHUR HANNEQUIN ET SON OBUVRE. LXXXI · texte numérisé non relu

ARTHUR HANNEQUIN ET SON OBUVRE. LXXXI

«haque fois quMl faut agir. Si en toute occasion nous savions 4JOS devoirs^ nous les accomplirions à peu près à coup sûr ; mais nous ne les savons pas; et c'est notre mérite, dans 'Une décision qui est une création et qui n'est sérieuse qu'autant qu'elle s'exécute, de les déterminer. Et c'est cette décision, incessamment renouvelée, qui fait la vie morale, et qui prépare les codes de la moralité, comme l'effort renouvelé du savant fait la science. »

Reste une dernière et grosse question : la morale n'est-elle pas un jeu, ime illusion sans suite et sans conséquences ? La moralité que nous concevons, sommes-nous vraiment capables de la réaUser ? La Nature ne s'y oppose-t-elle pas ? Assurément, le déterminisme de la Nature est tel qu'il ne faut pas songer, sous peine de le détruire, et avec lui la pensée, h y introduire une discontinuité quelconque : la Liberté n'y saurait faire de trou. Si c'était là un déterminisme des choses en soi, toute issue serait bien fermée ; et il ne resterait qu'à faire un choix entre la Liberté et la Science. Mais le déterminisme dont il s'agit, ne l'oublions pas, est tout phénomé-. nal ; c'est l'action des catégories et de la Raison qui le pose. Chaque démarche de la Raison vient donc s'y traduire : le déterminisme^ loin d'en être l'ennemi, est le serviteur le plus respectueux et le plus fidèle de la moralité. Nous concevons que la Liberté, placée là seulement où il faut que nous la placions, dans une surnature, et par cela qu'elle ne laaurait être prisonnière de la Nature, doit trouver son expression dans le déterminisme même de cette Nature. Nous ne pouvons dire le comment, mais nous concevons la chose. Il y a vraiment dans le monde des ftls de la Liberté qui sont tout entiers par nous, et qui aussi bien auraient pu ne pas -être; mais parce qu'ils sont et dès qu'ils sont, c'est leur condition humaine qu'ils n'apparaissent que sous la livrée du ■déterminisme. C'est à nous pourtant de ne pas nous y tromper, et de savoir reconnaître, sous ce qu'ils ont l'air d'être, ce qu'ils sont véritablement.

B. — Le problème religieux.

Du problème moral, Hannequin disait avec raison qu'il ■!( nous reporte à ce qu'il y a en nous à la fois de plus profond, de plus mystérieux et vraiment de divin » : il pose inévitablement le problème religieux. Et c'était l'un de ses souhaits que la philosophie française se résolût, à l'imitation de ce qu'on îeài dans les pays de langue anglaise et allemande, à cons-

Page 1