‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie (volume 3)Chapitre 74 sur 229 · LXXXII ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE · texte numérisé non relu

LXXXII ARTHUR HANNEQUIN ET SON OEUVRE

lituer enfin une ReUgionsphUosophie ; à Taborder, ce problème religieux, de front, avec dignité et franchise. Il en avait lui-même donné l'exemple en quelques leçons de son grand Cours de métaphysique de 1902, 1903, 1904, à la fois très libres et très sympathiques.

VuniverscUité de fait des idées et des pratiques religieuses suffirait à indiquer qu*il doit exister une universalité de droitr que c'est aux philosophes de la chercher, que la religion n'est donc pas le monopole des théologies, que toute métaphysique qui consent systématiquement à Fexclure se diminue ellemême. Mais dans cette partie de la philosophie comme dans les autres, c'est à la science^ — dans l'espèce à une phénoménologie de la Religion, — que la métaphysique doit demander ses matériaux. Pour tirer parti des trésors déjà amassés par les sociologues d'un côté et les psychologues de l'autre, il serait peut-être bon de poser ces deux principes qui aideraient au moins à organiser les faits et les expériences : 1^ que les différences énormes et d'abord déconcertantes des multiples formes religieuses, telles qu'elles se laissent voir dans le temps et l'espace, ne doivent pas nous décourager de trouver l'élément commun par où elles sont toutes des religions; 2* que l'état actuel des sociétés religieuses les plus évoluées et aussi les plus accessibles à noire connaissance est le plus intéressant à étudier, le plus significatif, parce qu'on a droit de se demander, comme dans toutes les questions d'évolution, si l'élément qui se dégage et qui domine n'est pas celui qui a entraîné le développement des formes les plus primitives et les plus grossières. Cet élément essentiel de la vie religieuse qui transparaît au fond de toutes les religions, Schleiermacher a montré que, contrairement à l'opinion commune, il n'est ni spéculatif ni moral ; il est affectif, c'est un sentiment, c'est la piété. Il se complique, il est vrai, et se recouvre de toutes sortes d'éléments philosophiques et éthiques, d'apports rituels et traditionnels, d'idées et de faits historiques et scientifiques. Mais en luimême il est autre chose. L'homme religieux se sent en relation personnelle avec Dieu. Il lui faut un Dieu très proche de lui, avec lequel il passe par des alternances de peur et de confiance, de crainte et d'amour. Vanthropo^ morphisme est inséparable de la vie religieuse. Le Pater du chrétien est assurément la forme la plus haute et la plus pure à laquelle la piété se soit élevée ; mais c'est déjà vers elle que convergent les religions les plus grossières et les plus extérieures.

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