‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophieChapitre 52 sur 146 · Léviathan, I, ch. ix · texte numérisé non relu

Léviathan, I, ch. ix

que les sciences du général sont essentielles aux sciences du particulier, et que par conséquent elles doivent être approfondies avant elles ^.

Ceci posé, le développement de la philosophie de Hobbes egt indiqué d'avance, et ressemble singulièrement à celui de la philosophie cartésienne et de la philosophie d'Auguste Comte. On n'oublie pas, en effet, que le but de la philosophie est de rendre compte des « effets ou phénomènes par leur génération possible » ; et un texte précieux de Hobbes détermine le sens des mots « effets » et « phénomènes » ; le voici ^ : « Ejjectus autem et phaenomena sunt corporum lacultates sive potentiœ quibus alia ab aliis distinguimus, id est, unum alteri sequale aut inœquale, simile vel dissimile esse concipimus » ; or, que sont ces facultés ou puissances, sinon les caractères distinctifs des êtres, sinon les qualités qui les déterminent, et qui, d'une part, permettent à la science de rendre compte des corps en y retrouvant les éléments universels et simples de l'existence, en même temps que, d'autre part, chaque corps se distingue des autres corps par les accidents qui lui sont propres ? Pourquoi ce corps est-il un animal ? c'est que je distingue en lui, outre les propriétés communes à tous les corps, celles du mouvement automatique et de la marche ; et dès lors je le distingue d'un arbre, d'une colonne et des autres objets fixés en terre 3. La propriété est donc un caractère distinctif, une qualité différentielle et spécifique.

Mais, à y regarder de près, une qualité est toujours un terme général, et toujours elle est diUérentielle, si bien

1. « Universalium sciontia essentialis est scientiae specierum, adeo ut haec, nisi per illorum lucem, percipi non possint. » Léviathan, I, IX.

Page 1