Gevh., PliiL, IV, § 59, p
dance au repos absolu de tous les mouvements actuels de notre monde sensible.
Dans ces sortes de questions, le grand danger est d'affirmer ou de nier d'une manière trop absolue l'influence d'un homme sur la formation de la doctrine d'un autre, quand on affirme la ressemblance intégrale sur la donnée d'une ressemblance partielle, ou quand on nie la seconde sur l'absence de la première ; nous voudrions nous tenir à l'abri de ce danger ; mais sans nier le moins du monde que l'exemple de Descartes qui avait écrit les Principes ait comme dominé tout l'effort de Leibnitz et qu'il l'ait comme entraîné dans la conception de l'Hypothesis physica nova, il faut pourtant reconnaître que celui qu'il suit avec prédilection et auquel il s'attache dans l'établissement des principes comme dans le développement des lois tant du mouvement concret que du mouvement abstrait, c'est l'auteur du De corpore, et ce n'est point, comme on l'a cru longtemps par un défaut d'attention presque inexplicable, l'auteur des Principia philosophiae i.
Conclusion.
L'idée maîtresse de ïllypolhesis physica nova et notamment de la Theoria motus absiracU, où elle est l'objet d'un développement spécial, est que si tout dans la nature, y compris la grandeur et la figure des corps et de leurs éléments, est en définitive réductible au mouvement, comme l'établissait déjà d'une façon assez nette la lettre VI de ] Leibnitz à Thomasius, le mouvement à son tour, en tant \
qu'on peut le définir « mutatio loci vel spalii » et qu'il est de son essence d'être a\ant tout représenté comme un déplacement plus ou moins rapide d'un mobile dans l'espace ou comme une vitesse, n'est objet de connaissance que pour
1. Tônnies. Solver. Voir l'éloge continuoi de llobbos dans les Lettres à Thomnfiiits cl dans Vllypothesis. \. Lasswitz. G. d. Atom. II, TOnnies. Pliil. Monatslie[le, p. 503.
136 ÉTUDES d'histoire de la philosophie.
le géomètre et dépend premièrement des lois et théorèmes de la géométrie.
« De même, éeiivait-ii en I07U, qu'un philosophe distingué du siècle a aj>pelé la géométrie une Logique mathématique, de môme, à mon avis, la Phoronomie est une Logique physique i. » Et antérieurement, dans une lettre à Arnauld, il avait écrit ceci : « Videbam geometriam, seu philosophiain de loco, gradum struere ad philosophiam de motu2... » Dès lors, si complexe que soit le mouvement dans la nature, et si grande que puisse paraître parfois la difficulté d'en rattacher les suites, c'est-à-dire l'ensemble des qualités sensibles ou des propriétés des corps, aux lois rationnelles et purement géométriques du mouvement abstrait, comme à un théorème ses conséquences directes, tout y est à ce point, selon ses propres expressions, « res calculi et geometriae 3 » qu'il n'hésite pas à écrire à Perrault vers 1674 : « Ainsi je liens que nous sommes en estât à présent de prétendre à une physique véritable et sans hypothèse '* », entendez à une physique tout entière soumise à la géométrie et à une « manière d'analyse générale... par laquelle on raisonne géométriquement et sans deviner sur toutes les matières, autant qu'on a des phénomènes donnés là-dessus » ». C'était donc une proposition solidement établie pour Leibnitz non seulement que tout dans la nature se fait mécaniquement, mais en outre que tout dans le mouvement et les lois du mouvement dérive des seules lois de la géométrie ; et de là vient que, dans la Theoria molus abstracti, il ne considérait dans le mou\ement que la seule vitesse, de laquelle dépendrait, ainsi qu'il le dit formellement, toute puissance dans la nature 6.
On sait comment Leibnitz reviendra lui-même plus tard sur ce point de vue lorsqu'il dira, en en faisant la critique,