Ihid., p. 269. — De Corpore, IV, ch. xxv
LA PHILOSOPHIE DE HOBBES
possibilité de ne pas la faire ; car le désir et la crainte sont des attentes de l'avenir, et il n'y a point d'attente d'un bien sans espérance, ni d'attente d'un mal sans possibilité ; il n'y a donc point de délibération sur les choses nécessaires i. »
Dans le Léviathan, Hobbes dit de même ; nous ne délibérons jamais sur le passé ni sur Vimpossible, ou plutôt sur ce que nous considérons comme impossible ; car nous délibérons souvent sur des choses réellement impossibles, que nous considérons faussement comme possibles*.
La liberté^ dans le sens strict du mot, n'existe ni chez l'homme, ni chez les animaux ; elle impliquerait, en effet, qu'il y a des possibles absolus, de la contingence et de ï indétermination dans l'univers, ce qui est faux, comme on l'a vu dans notre première partie ; la liberté implique seulement une possibilité relative de faire ou de ne pas faire lorsqu'on ignore encore de quel côté sortira la volonté ^.
Or la volonté n'est que le dernier appétit resté vainqueur dans la lutte des désirs et des craintes *.
« Dans la délibération, dit-il encore, le dernier désir ainsi que la dernière crainte se nomme volonté. Le dernier désir veut [aire, ou veut ne pas {aire. Ainsi la volonté ou la dernière volonté sont la même chose 5 ».
En dernière analyse, la volonté n'est pour Hobbes qu'une sorte de résultante des mouvements qui se cachent sous nos désirs et nos craintes ; ce qui la distingue du désir, avec l'essence duquel elle se confond, c'est la délibération, qui n'est qu'une sorte d'équilibre momentané de nos pen-
1. Nature humaine, p. 269. — Léviathan, I, ch. vi. . 2. Léviathan, I, ch. vi,
3. « Quando dicimus liberum esse aliciii arbitrium hoc vel illud faciendi vel non faciendi, semper intelligenduin est cum apposita conditione hac, si voluerit... » De Homine, XI, 2.
4. « In qua deliberatione prout commoda et incommoda hinc vel illinc ostendunt, altematim appetunt et fugiunt, donec re postulante ut aliquid décernant, appotilus ultimus sive faciendi sive omitlendi, qui actionem vel omissionem immédiate producit, proprie voluntas dicitur. » De Homine, XI, 2.