Reg., m, p
qu'à chaque moment elle soit encore une intuition ; mais elle est du moins une intuition aux actes successifs, une intuition qui se répète et se continue, une intuition en mouvement (illalio, inductio), bref, une opération qui enveloppe de la durée et qui ne saurait s'accomplir, comme Descartes le remarque lui-même, sans le secours de la mémoire. Les deux opérations définitives doivent donc être distinguées; et si la déduction, quand elle est très près de son point de départ, tend en quelque sorte à se confondre avec l'intuition, elle apparaît au contraire nettement, à mesure qu'elle se prolonge, comme une illatio, et, selon une expression qui est v^nue une fois dans le Regulx sous la plume de Descartes et qui n'est point une inadvertance, comme une induciio *.
Et maintenant, quelle est la valeur de ces deux opéralions, que nous donnent-elles, et quelle est leur nature ?
L'intuition, à peine est-il besoin d'y insister, s'adresse à l'immédiatement évident, aux premiers principes, comme dit Descartes, par où il faut entendre, comme en mathématiques, ce qui ne saurait être déduit (ou démontré), et ce sans quoi la déduction manquerait de point d'appui el ne pourrait pas même commencer. Mais ces premiers principes, à leur tour, ne sont évidents que parce qu'ils sont simples ; le simple en effet est tel que, excluant toute composition et toute partie, ou on le connaît tout entier et sans restriction, ou on l'ignore totalement : « nam si de illa (natura simplici) vel minimum quid mente attingamus, quod profecto necessarium est, cum de eadem nos aliquid judicare supponatur, ex hoc ipso concludendum est nos illam totam cognoscere : neque enim aliter simplex dici posset, sed composita ex hoc quod in illa percipimus, et e^ co quod judicamus nos ignorare^ ».
Toute chance d'erreur est donc exclue de l'intuition ; et, comme nous le rappelions un peu plus haut, on peut l'omellre et laisser passer l'occasion d'acquérir une con-