Ibid., p
ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.
échappe ainsi à toute compréhension, il échappe du môme coup à toute contradiction *.
Si Dieu est possible, restait à prouver qu'il existe réelh'ment. Leibnitz ne croit pas utile ce supplément de preuve ; et, à la vérité, il ne semble pas l'être, si la définition de Dieu qu'il pose et dont il croit pouvoir montrer, sans un concept auxiliaire, la possibilité, est celle de l'Etre par
1 II n'entre pas dans notre plan d'aborder la question de savoir si l'infini, comme l'entendait Descartes, et qu'il croyait réalise en Dieu, renferme ou non, à le prendre absolument, quelque conlradiction. La critique de Leibnitz aurait alors contre Leibnitz luimême une valeur non moins grande que contre Uescarles ; et elle nous ferait sortir du point de vue cartésien, le seul où se .plaçait Leibnitz, et le seul aussi d'où nous ayons voulu regarder, pour la juger, la doctrine cartésienne. — iiignalons cependant Quelques réponses curieuses adressées par Descartes à ceux qui persistaient à relever dans l'inlini de prétendues contradictions. La plus embarrassante est assurément celle du nombre i«/mi actueL qu'il fallait mettre en Dieu non moins que i'inlinitude du temps et de l'espace, puisqu'il réunit en lui lormellement, ou out au moins éminemment, toutes les formes concevables de 1 iniinilude. Mais à Mersenne, qui lui fait l'objection, il oppose des raisons dont les spéculations des mathématiciens contemporains sont vraiment de nature à augmenter, plutôt qu'à diminuer la force. Mersenne lui objectait par exemple « que, s'il y avait une ligne inlinie, elle aurait un nombre iniini de pieds et de toises ei par conséquent que le nombre infini des pieds serait six fois Pl"».8rand que le nombre des toises. « Voici la réponse de Descartes (Lettre du 15 avril 16303 : « Concéda totum. Donc ce dernier (à savoir le nombre des toises) n'est pas iniini. Nego consequenuam. - Mais un infini ne peut être plus grand que l'autre ; - pourquoi non / Quid absuTdU principalement s'il est seulement plus grand in rahone Hnita, ut hic ubi muUipUcatio per sex est mlio Imita, quae mhU attinèt ad intinitum? . Ainsi Descartes ne trouve absurde n, pnon ni l'existence d'un nombre infini (Cf. Rép. aux secondes ob|.. Cousin II p 425 : « Je puis conclure nécessairement, non pas à la vérité qu'un nombre infini existe, ni aussi que son existence impme contradicti ») ou même celle de plusieurs nombres
infinis différents les uns des autres, ni la possibilité de concevoir en re eux des rapports qui ne répondent point nécessairement aux rapports des nombres finis ; et nous nous contentons de dire qiTen cela il ne faisait qu'énoncer des proposi ions rendues pliKs que plausibles par de récentes spéculations sur 1 infini Proprement dit ou sur le transtini. (Voy. notamment les travaux de M. Geoige
^Xi^rite ni le nombre infini, ni linfini réel de l'espace et du
LA PREUVE ONTOLOGIQUE CARTÉSIENNE
soi OU de l'Être nécessaire. Mais Descartes, qui part de la définition de Dieu conçu comme tout parfait, assumait deux charges : celle d'établir qu'il est possible, ou que l'idée que nous en avons n'est pas une pure idée, mais enveloppe une essence, et celle de montrer que, par un privilège unique, cette essence, au surplus, enveloppe l'existence.
De la première, nous venons de dire comment, à notre
sens, il s'était acquitté ; mais nous ne croyons pas que cette' première démarche l'eût dispensé de la seconde, bien
temns n'appartiennent formellement à la nature de Dieu : dire qu" fs sontXisés en dL, et même dire f ^^^^^J^^^ "^^^^^^ infini au'il est actuel, c'est dépasser contre tout droit la pensée de Srtes • car on peut bien admettre l'infimté de l'espace sans Simett e par îà même celle du nombre, puisqu'on peut refuser d'adm.Ure dans l'espace des parties, et par conséquen^ des parties à l'infini avant l'opération qui le divise et le nombre qui les compte. Le nombre des parties cornptées ^e l'espace n est donc >amiis infini; et avant la division ultérieure, U n y a Pasd autres parties comptables. Spinoza allait encore plus ï^m et soutenait que l'étendue, considérée comme s^^st^^^c,^' ^^\ ^"f/'^f ^^^^^ {Ethique, 1" partie, scholie de la propos. 15, trad. Saisset 111 p 16^.) A la ritAieur, si nous ne comptons jamais sans compter quelque choseTnombre est chose essentiellement nôtre, et si nous avons rruissance de l'accroître indéfiniment, ce^te juissan^^^^^^^^ même très remarquable, exclut par le fait même 1 existence au Sre infinrqui la fimiterait. Ce qu'il faut donc chercher en ^eV ce Xt pas le nombre infini (et ce n'est pas davantage un ^paie ou un temps divisibles, dont les parties seraient en nombre Si) c'est seulement le fondement de la puissance que nous Lfons AToute" fin de nouveaux termes à une s ne numérique quelconque {Rép. aux sec. obi. Cousin, II, p. 425). - Et «e même en est-il de tout infini de quantité (nombre sans lin, longueur sans fin..., (/bid., p. 423) : ce qu'il en faut mettre en D^^^^^^ c'est, non la cause /ormelle, mais la cause ^^JJ^'^'^'-^^JÎ^^^^^^^ sens précis de ces deux mots : par cause ^«''"^^^^^•.^^^^"^"^^^ ''i'^ qui contient en soi les mêmes choses que son effet i^^^^^^ .^^ homme produit un homme); par cause éminenie au contraire, rPl^aui en contient d'autres plus excellentes (exemple : celle qui,
s lâ maniSùons de sa nature et de sa puissance, pmsquM
""cefdéflnrns "es -rendent possible à Présent si nous ne no^ trompons, une Idée très exacte des rapports de l'inhi" e du parfait dws \k métaphysique cartésienne : la perfection est la
252 ÉTUDES d'iiistoibe de la philosophie.
au'il ail cru allcindre non seulement l'essence, mais l'exis- Le de Dieu. Et nous ne le croyons pas pour la raison suivante : c'est que le seul motif qu'il ait pu invoquer, dans la IroUiime Médilaiion, pour affirmer déjà l'existence de Dieu, se résume tout entier dans les lignes suivantes : « El enfin je comprends fort bien que l'être objectit d une idée ne peut être produit par un être qui existe seulement en puissance, lequel à proprement parler n'est rien mais seulement par un être formel ou actuel ». » Toutefois, il faut s'entendre : évidemment la réalilé des essences suppose toujours l'être ou l'existence actuelle, sans quoi elles n'auraient pas en elles-mêmes plus de valeur que de pures idées ou notions de l'esprit ; mais si elles supposent 1 être ou l'existence actuelle, ce n'est pas toujours celle de ce dont elles sont l'essence : témoin ce que dit Dcscarles du triangle, qui n'a pas l'existence par cela seul qu'il a une forme ou une nature immuable el vraie ; l'être actuel qu'elles supposent n'est donc pas toujours celui de l'objet qu'elles fondent, mais celui d'un support ou d'un fondement absolu de toutes les essences. Seulement il reste à
réalité de l'essence, el, par conséquent, comme l'a établi dans une pénétrante élude M. Pillon {Année philosophique l^^-J^^f^ exclusivement la qualité : el c'est aussi pourquoi d ailleure Uescartes metlail en Dieu la réalilé formelle de to»'«,'I""'''i,P°^ f"* ' connaissance, puissance, bonté, sagesse. Cependant ces qualUés ne sont divines qu'autant qu'on les élève à un degré ^uprênie ou, comme on dit, à l'infini, el elles ne sont parfaites qu* Ç««e coAdilion. L'infini ainsi compris représente donc encore une quantité mais une quantité d'essence : c'est, en des termes qui reviennent souvent chez Descaries, ïimmensité ie l'essence Le parfait, par contre, en représente la réaWé. Mais la réalité de rœsence n'est point parfaite si elle n'est immense (el du même c^eUe e^ indivisible el une), de même que rinlin. n'estnen pou? qui le voudrait concevoir hors de la perfection. Le Pariail ?esl donc tel que par la raison /ormelle de 1'"»™ («^P- »"f prem. obf.. Cousin, I, p. 386), que nous ««f «'°n^, ^^"^ '''.„!r: prendre; oi, pour mieux dire, infini et parfait sont deux termes S?oTn; peil séparer. - On volt toute la distance qu'd y a. chez Descartesrentre cet infini, que nous avons appelé ''"""' f''"*" tilé el celui qu'il appelait l'immensité de l'essence. El l'on comprend qulïe premier nail été décidément pour lui (Çomme mpaçe et le temps) qu'une manifestation, en quelque sorte éloignée, de la nature divine.