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ETUDES D HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

LA PREMIERE PHILOSOPHIE DE LEIBXITZ

spatio est, quod de massa illa omni licet molu cl discontinuilate carenle negari non polest. »

Maintenant « a inateria transeamus ad formam, per dispositiones. Hic si formam supponamus nihil aliud esse quam figuram, rursus omnia mire concinent. Nam cum figura sit terminus corporis, ad figuras maleriae inducendas opus erit termino. Ut igilur varii in maleria termini oriantur, opus est discontinuitate parlium... Ex liis patet, siquidem ab initio massa discontinua seu vacuitatibus interrupta creata sit, formas aliquas slalim materiae concretas esse : sic vero ab initio continua est, necesse est ut formae oriantur per molum..., quia a molu divisio, a divisionc termini partium, a terminis partium fîgurae earum, a figura formae, ergo a molu formae. Ex quo palet, omnem disposilionem ad formam esse molum, patet quoque solulio vexatae de origine formarum controversiae * ».

On objectera que la forme alors est divisible, comme la figure ; mais il faut distinguer le figuré dont la divisibilité provient de la matière qui a reçu la figure, de la figure elle-même qui, en un sens, n'est point divisible : « Nec obslat, quod generalio fil in instanti, motus est successivus. Nam generalio non est motus, sed finis motus, jam motus finis est in instanti, nam figura aliqua ultime dcmum instanti motus producilur seu generatur, uti circulus extremo demum momento circumgyrationis producilur. Ex his eliam palet, cur forma subslantialis consistât in indivisibili, nec recipiat magis aut minus. Nam et figura non recipit magis aut minus. Etsi enim circulus sit circulo major, non tamen est circulus altero magis circulus, nam circuli essentia consistit in aequalitate linea rum a centro ad circumferentiara ductarum, jam aequalitas consistit in indivisibili, nec recipit magis aut minus». »

Matière et forme existent donc d'une existence réelle, et

1. ma p. 17, 18. Cf. Ep. (III) ad Thom., toc. cit., p. lo .iim/,i!- ' ^' ,^<^- P- ^^ ^^"s ^^ ^^"fe de 1669, répondant aux rêm.n ' T^7^'' ^f' lHomasius, il s'exprime ;ncore plus clairThoma\ium,7'"21 ^"''^ '''' substantiam -, etc. Epistole VI

si ce n'est point être d'accord avec les propres paroles d'Arislolc que de l'inlcrpréler ainsi, c'est du moins rester d'accord avec l'esprit de sa philosophie.

La forme naît donc de la matière par le mouvement ; cl comme le mouvement est non seulement le type, mais le principe de tous les changements, c'est dire que le mouvement est le principe non seulement de toutes les formes, mais de tous les accidents et de toutes les propriétés ou qualités des choses i. On remarquera l'ingénieuse comparaison des cliangemenls do p(Msi)Cclive par laquelle Leibnilz ramène la perception des qualités sensibles au rapport du lieu occupé par l'être percevant, et du lieu et de l'ordre des choses perçues, comparaison qui restera dans sa philosophie ultérieure.

Enfin, il croit encore interpréter la philosophie des modernes dans le sens d'Aristole quand il prétend qu'elle requiert l'origine du mou^ oment en un premier moteur : « Maleria per se motus expcrs est. Motus omnis principium Mens, quod et Arislotcli recle visum. Nam, ut hue quoque veniam, etc.. » »

On voit, dès la première lecture, par tout ce qui précède, que toute cette tentative n'est qu'une perpétuelle violence faite ù la philosophie d'Aristole i)our le mettre d'accord avec les modernes, bien loin qu'il soit l'inspirateur de l'ingénieuse doctrine développée par Leibnilz. Il ressort, d'ailleurs, du ton de sa lettre, qu'il n'a point la prétention de se tenir strictement ù rinterprétation littérale du texte d'Aristole, qu'il connaît depuis son enfance, mais qu'il obéit au désir de trouver sa pensée assez large pour qu'avec les amendements nécessaires, elle reste d'accord avec la philosophie moderne et même qu'elle la dépasse en profondeur, bien que celle-ci soit nécessaire en quelque sorte pour l'illustrer et pour en montrer toute la fécondité; mais même à le comprendre ainsi, ce n'était point interpréter et traduire Arislole, c'était le trahir et

1. J^JlJïslal nunc ut ad mutationes veniainiis... «, etc. Hml., p.iî).

HANNEQUIN, IL

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LA PREMIERE PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ

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faire violence à sa philosophie véritable : c'était tenter d'identifier deux modes de penser et deux philosophies de la nature vraiment inconciliables.

Les répugnances sautent aux yeux. La pensée centrale de la philosophie moderne, approuvée et partagée par Leibnitz, est que si tout dans la nature, excepté l'extension et l'impénétrabilité, tire son origine du mouvement en sorte que le mouvement serait non seulement le principe de toutes les figures, mais, au sens d'Aristote, celui des {ormes mêmes, c'est-à-dire de toute réalité, de tout accident et même de toute substance (oO«Ca) ; aucun être en revanche ne saurait par lui-même se donner le mouvement, quand il est en repos, ni le repos, quand il est en mouvement, ni en général modifier son état de repos ou de mouvement. Ce qui revient à dire que le mouvement, d'une part, s'entretient de lui-môme, sauf à varier sans cesse pour un môme mobile, sous la double loi de l'inertie des masses, et de la conservation de la somme totale de la quantité de mouvement dans l'univers. Il esl, en d'autres fermes, toujours la cause, jamais l'effet des substances réelles et de leurs accidents.

Or il est certain qu'Aristote enseignait rigoureusement le contraire. Si le mouvement est pour lui le signe du passage de la puissance à l'acte, et si à la rigueur on peut dire que pour lui la figure des corps dérive de ce mouvement, loin qu'il soit par là même le principe de la forme, et loin qu'on ait le droit d'identifier, ainsi que le fait Leibnitz, la forme et la figure, c'est la forme au contraire qui, agissant à la manière d'une cause, détermine le passage de la puissance à l'acte et par le mouvement détermine la figure. Bien plus, au composé de matière et de forme qu'Aristote appelle un être naturel ou une nature, il maintient le pouvoir de se donner à soi-même le repos et le mouvement, en sorte que la forme demeure le principe et du mouvement qui procède à l'organisation de l'être et de celui dont l'être est le sujet quand il est organisé. Ce qui produit le mouvement et ce qui l'entretient, ce soni

donc pour Aristote ces formes incorporelles que Leibnitz prétendait à bon droit exclure de la science ; et cela est si vrai qu'il ne pouvait comprendre l'entretien du mouvement rectiligne et uniforme, sans la continuité de l'action d'une cause entretenant le mouvement à la manière des causes qui le produisent. Et ainsi, loin d'admettre l'inertie de la matière et la loi fondamentale de la conservation du mouvement, sans lesquelles la philosophie nouvelle ne pouvait naître ni subsister, Aristote invoquait, pour expliquer le mouvement, les formes incorporelles répudiées par Leibnitz.

Ni avec la figure on ne peut donc confondre la forme substantielle, comme au reste plus tard le verra mieux Leibnitz, ni avec celte matière première qui, sauf la résistance ou l'impénétrabilité (anliiijpia), ne se distingue en rien de l'espace, cette matière première où Aristote voyait avant tout la puissance, puissance qui, en un sens, dans la privation môme enveloppait déjà une sorte de disposition à l'acte, et qu'il était si loin de confondre avec l'espace, qu'il blâmait Platon de l'y avoir identifiée, et qu'au surplus il ne reconnaissait d'existence qu'au lieu et aucune à l'espace proprement dit.

Toutes les conditions faisaient donc à la fois défaut pour réaliser l'accord qu'imaginait Leibnitz ; la différence des deux conceptions était irréductible, tant en ce qui regarde la matière et l'espace qu'en ce qui regarde la forme ; et elle consistait a\ant tout en ceci : qu'Aristote laissait aux corps et aux natures la puissance de modifier eux-mêmes leur état de repos et de mouvement, tandis que le premier principe de la mécanique moderne est qu'ils sont inertes et qu'ils ne peuvent recevoir eux-mêmes le mouvement que des mobiles externes, sous la loi générale de l'égalité de l'action et de la réaction. Et de là même il suit que, quand ils dissertent tous les deux sur l'existence nécessaire d'un premier moteur, s'ils s'accordent sur les mots, ils sont sur la direction même et le sens de la preuve on désaccord profond : l'un voit en Dieu une cause efiîciente, une àpxVi xivyi-

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LA PREMIÈRE PHILOSOPHIE DE LEIBNITZ

«£a>ç communiquant le mouvemenl à une matière inerte, mobile, mais incapable de se donner à elle-même le mouvement actuel ; l'autre y voit, au contraire, une cause finale, agissant sur le monde par l'attrait invincible de sa perfection et par le désir môme que fait naître cet attrait au sein de la matière, où le désir agit à la manière d'une cause interne et immanente de mouvement, qui, aux yeux des modernes, ruinerait de fond en comble l'ordre et la régularité des phénomènes et du mouvement.

Leibnitz rclrouvera un jour d'une manière plus intime la pensée d'Aristole, quand, allant décidément au fond du mécanisme, il ne reconnaîtra plus au mouvement, aux corps et à l'espace lui-même d'autre valeur que celle de phénomènes, bien liés il est vrai et bien fondés, et d'un ordre où pour nous se rangent leurs liaisons ; et quand il en cherchera le fondement dans l'être, il réhabilitera les formes substantielles, dont les actions, distinctes des actions mécaniques, s'y traduiront seulement sans y intervenir et sans rompre jamais la série enchaînée des phénomènes et des mouvements. Mais dans l'état présent de sa pensée, quand il fait du mouvement, de l'espace et des corps la réalité même, l'effort qu'il fait pour introduire dans le monde les formes substantielles non comme incorporelles, mais comme figures et termes de mouvement (terminos motus), n'aboutit qu'à ruiner et qu*à travestir la pensée d'Aristote, loin qu'il parvienne à la concilier avec celle des modernes, et loin surtout qu'il s'en soit inspiré d'une manière quelconque.

Le véritable inspirateur de Leibnitz dans cette forme nouvelle qu'il donne au mécanisme n'est donc point Aristote, c'est Descartes ; et bien qu'il s'en défende (me fateor nihil minus quam Cartesianum esse — lantum abcst ut cartesianus sim.) *, bien que la tendance même à chercher dans Aristole plutôt que dans Descartes la vérité en philosophie naturelle soit une sorte de protestation contre Toriginalité de Descartes et contre la i^ré-

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