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LA PREMIÈRE PHILOSOPHIE DE LEIBMTZ
à tenir de la masse : pour Leibnilz, comme pour Hobbes, dont d'ailleurs il emprunte non seulement les principes, mais toute la théorie, le choc se ramène à une composition de vitesses pures et simples et rentre tout entier dans la
phoronomie.
Mais il s'ensuit encore une autre conséquence, d'une portée plus haute : c'est que pour qui ne voit dans le mouvement que la vitesse, ou le changement de lieu, et dans le corps que l'antitypie en vertu de laquelle il remplit l'espace, dans l'un et l'autre enfin que ce qu'y voit le géomètre, le corps, sans le mouvement, n'oppose au mouvement aucune résistance, et n'est rien, s'il n'y a de réel dans le monde que ce qui est capable de résister au mouvement.
En revanche, toute puissance dépend de la vitesse ; sans elle, à peine de la place qu'il occupe dans l'espace pourrait-on dire en quoi le corps se dislingue ; sans elle, il n'est point corps et n'est même point matière, en sorte que le conatus apparaît en fin de compte comme la source profonde d'où naissent non seulement le mouvement dans l'espace, mais le corps qui le remplit, sinon l'espace même.
Ces conséquences d'une notion trop exclusivement géométrique du mouvement et du corps, Leibnitz les a luimême dans la suite très souvent signalées, pour en faire la critique ; il l'a fait notamment dans une pièce importante publiée par Gerhardl, où il s'attache, en outre, à montrer spécialement comment les lois du choc que nous venons d'exposer en avaient été un jour la suite naturelle.
E. — Les conséquences de la doctrine du choc cl le problème de la cohésion (Descaries, Hobbes cl Leibnitz).
Les exemples que nous avons cités montrent jusqu'à l'évidence le caractère exclusivement phoronomique, et nullement dynamique, de la mécanique de Leibnitz, en 1670. A l'interpréter en un certain sens, on peut dire que tout y repose sur ce principe unique, dérivé par Leibnitz du prin-
ÉTUDES d'histoire de la philosophie.
cipe de l*inerlie, à savoir que, dans la nature, loul mouvement se conserve ; jusque dans le choc direct, où il semble qu'il y ail perte de mouvement, la soustraction des conalus est bien plutôt le signe d'une compensation que d'une destruction : en fait, ni le conatus de l'impingens ne détruit le conalus opposé de l'excipiens, ni celui-ci non plus ne détruit celui-là, mais chacun des deux corps communique de telle sorte son conatus à l'autre, que les deux conatus loin de s'entre-délruire sont présents à la fois dans les deux concourants et ne semblent en fin de compte s'y retranclier l'un de l'aulre que parce qu'ils y compensent leurs effets l'un par l'autre i.
Le principe cartésien de la conservation dos quantités de mouvement, Leibnitz le reprenait donc au point qu'on pourrait croire qu'il l'emprunte à Descartes, et qu'il se trouve ainsi, sur un point capital, sous l'influence de ce dernier ; et le paragraphe 23 où il admet que deux corps qui se choquent sous un angle modifient leur direction sans modifier leur vitesse (servata conatus celeritate), ou encore que le mouvement, pour parler comme Descartes, peut perdre la détermination secondaire de sa direction sans perdre la détermination primaire de la vitesse *, est bien fait pour fortifier celte opinion. Il nous seml)le pourtant qu'elle est insoutenable. Car bien que Descartes ait souvent confondu dans la pratique, et notamment quand il établit les lois du choc, la quantité de vitesse et la quantité de mouvement, il est certain pourtant qu'en la définition de cette dernière il faisait entrer, ainsi qu'il le fallait, la considération non seulement de la vitesse, mais de la grandeur du corps ; et c'était y introduire le terme do la masse, en un temps où la science n'avait point de cette dernière une notion correcte 3 et où elle y substituait la grandeur ou le poids *. Or telles étaient, chez Leibnitz, les définitions du