Phoran^mus, in Arcliiv.. I
:i. Gerh., Phil, VII, 259-260.
', « Si corporn sini sine mente, impossibile est motum fuisse acteinum » ; au^Jessus de ces trois mots, Leibnitz a écrit : « potest diminui sine fine. » /Md., 260.
ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.
final d'immobilité et, par conséquent, d'annihilation *. Rien n'est plus contraire au principe capital de la doctrine de Descartes ; et il faut bien admettre que si Leibnitz s'en fût inspiré d'une façon quelconque, proche ou lointaine, il n'eût pas manqué, selon sa coutume, de montrer à quel point il s*en éloignait en fin de compte, et de faire valoir les raisons pour lesquelles il la répudiait.
La seconde conséquence imposée à Leibnitz, comme d'ailleurs à Hobbes, par les principes exclusivement géométriques de sa Phoronomia elementalis, est qu'à un conaius on ne peut rien adjoindre ou opposer d'e[(icace^ c'est-à-dire qui soit capable de modifier un état de mouvement, qu'un ou plusieurs autres conatus ; d'où il suit en toute rigueur qu'un corps qui ne possède pas au moins une vitesse virtuelle et qui, dès lors, à nulle impulsion ne saurait opposer une résistance quelconque, ne se distingue pas au fond de la place qu'il occupe dans l'espace. Et tandis que Descartes, qui faisait de l'étendue la substance du corps, pouvait laisser au corps, même quand il est au repos et qu'il n'est plus qu'un lieu, la puissance de résister au mouvement, puis la solidité et la cohésion de ses parties, indivisées en acte, puisqu'elles sont divisibles seulement par le mouvement, Leibnitz proclamait, au nom de ses principes, qu'un corps (jui ne se meut point, au moins virtuellement, n'a aucune puissance, puisque toute puissance dérive de la vitesse 2, et qu'il n'a même point celle de remplir l'espace, d'où il suit qu'il ne diffère point du vide et qu'absolument il n'est rien 3. Dans le corps en repos ou dans l'étendue immobile, bien qu'elle dût être infiniment plastique puisqu'elle est infiniment divisible, Descaries voyait donc l'origine et le principe de toute solidité ; et la fluidité y naissait du mouvement à mesure qu'il
1. « Plures rirculntiones connri in unam, seu corporn oinnin tendere ad quietem, id ^^t annihilntionem. » Ibid., p. 259-260.
2. «< Omnis potenlia in corporibus pendet a celeritnle... » Gerh., P/iil., IV, p. 187.
3. « Corpus quiescens nuhum esse nec a spalio vacuo diffcrrc. » Jbid.t I, 71.
en atteignait les plus petites parties, toutes choses qui ne vont point, dans le système de Descartes, sans de graves difiîcultés ; pour Leibnitz, au contraire, ce qui est immobile est par là môme fluide, d'où il résulte d'abord qu'il n'y a de fluide au suprême degré que l'espace ou le vide, en sorte qu'il n'y a point de fluidité absolue qui serait le néant, ensuite qu'au mouvement, susceptible de croître à l'infini, sans jamais pouvoir être le plus grand possible, il faut demander le principe de la solidité, laquelle croît avec lui et conséquemment n'est jamais non plus la plus grande possible*. Dès sa jeunesse, Leibnitz eût donc pu dire, comme il le dira plus tard, qu'il n'y a dans la nature ni fluidité, ni solidité (firmitas) absolues, mais que tout corps réel répond à un degré défini de fermeté et de flexibilité réunies *.
Quoi qu'il en soit, rien n'est plus opposé sur ce point essentiel que la doctrine de Descartes et celle de Leibnitz, quand au mouvement, ce que le premier demandait d'engendrer, c'était, dans le corps primitivement solide, la fluidité, tandis que l'autre lui demandait, au contraire, d'engendrer dans l'espace vide et primitivement fluide la solidité et la fermeté 3. Dans la manière dont non seulement il résout le problème, mais même dont il le pose, ce n'est donc point Descartes que suit Leibnitz, mais c'est encore une fois Hobbes, qui reste ainsi l'inspirateur direct de la Theoria molus abstracti.
Hobbes, en effet, ayant dit également qu'il est manifesté « quietem inertem atque efficaciae omnis expertem esse* », ne pouvait demander qu'au mouvement la résistance au mouvement, et, par conséqu'ent, la cohésion des corps qui n'est rien d'autre en somme que résistance au mouve-
1. « Nec corpus durissimum, quia nec motus celerrimus. » Gerh., PhiL, IV, p. 234. Theor. 16.
2. Lettre à Hvygens, 16/26 soptembre 92. Gerh. Math., Il, 146.
3. Ibid.^ p. 145. « Mais si la fermeté est une qualité explicable, il faudra bien qu'elle vienne du mouvement, puisqu'il n'y a que le mouvement qui diversifie les corps. »