‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 23 sur 319 · X6II · texte numérisé non relu

X6II

AUTHLR IIAXXEQUIN ET SOX ŒUVRE.

ARTHUR HAXNEQUIN ET SON OEUVRE

ni séduit, ni conquis, ce n'était pas qu'il eût des timidités de pensée. Car peu d'hommes peut-être, en cet âge de réaction anti-intellectualiste, de philosoplUes de la volonté, de pragmatismes de tous pays et de toutes inspirations, ont eu une foi plus robuste à la souveraineté de la raison, aux bienfaits de la critique. C'est seulement qu'il soupçonnait, chez plusieur-s de ces novateurs, des confusions et des irréflexions, chez les sociologues, par exemple, qui se flattent de ramener au déterminisme d'une science positive (( la spontanéité profonde et l'initiative morale sans lesqnelbs l'homme ne réagirait plus, même sur la vie sociale, que comme une chose inerte et comme un mécanisme ». Ils oublient au moins, disait-il, que « si la science et l'action sont des suites de la raison », nous ne devons donc point demander « à la science de nous faire connaître ce qui, étant au-dessus des catégories scientifiques, ne saurait s'y soumettre sans une intervention des \Tais rapports des choses », ni non plus (( à l'action de déchoir de son rong, qui est le premier, pour tomber sous les prises d'un dét.Tminisme qui resterait indémontrable, s'il devait se présenter comme autre chose que comme une conséquence de l'application des lois de notre connaissance à la Nature et à rexpérience. » Quelque magnituiues et imprévues que soient jamais les trouvailles des sociologies à venir, l'idée de devoir et la vieille morale resteront encore en dehors et au-dessus de toutes les attaques, aussi longtemps du moins qu'on se refusera à confondre Vhistoire et le développement de la moralité avec les lois et le fait môme de la moralité, — à H vouloir tirer, disait Kant, de ce qui se fait les lois de ce que je dois faire »>.

Hannequin tenait qu'il y a une question sociale qui est bien sans doute une question morale, mais qui est encore autre chose ; qu'elle est très exactement nommée, et qu'elle so pose à toute une société insuffisamment adaptée aux besoins matériels et aux besoins de justice de ceux qui en font partie et qu'elle va prochainement exiger la refonte de nos grands organismes économiques et juridiques. Il était braveme-U leconnaissant aux socialistes de l'avoir imposée à l'égoïsme des uns et à l'inattention des autres axec une telle insistance, un tel grondement de ^oix, qu'aucune force humaine aucune habileté de politicien, no réussirait désormais à 1 écarter ou à la subtiliser. A la demande anxieuse du poète :

«... Vers plus de justice et de fiateniité Sommes-nous sûrs d'aller? »

il répondait ; Mais oui ! — Il sympathisait avec les jeunes de la nouvelle Université. Il confessait que les générations d'avant, et la sienne aussi, avaient été dupes d'un libéralisme un peu verbal ; que le vrai libéralisme n'a pas à se désintéresser de l'évolution des idées et des institutions, qu'il doit travailler à préparer activement pour les hommes de demain plus de vérité, de bien-être, de sécurité, de dignité de vie ; qu'il se confond pour ainsi dire avec l'Esprit créateur de la science et de la morale. Il faisait sienne cette belle parole d'un ouvrier anglais, Albert Stanley : « Il faut qu'après nous, après notre mort, le monde soit un peu meilleur. » Un droit nouveau commence à poindre ; que par chacun de nous, par toutes nos pensées et toutes nos activités, il monte plus pur, et rayonne plus vite et plus réparateur! Il était fier, — fils lui-même d'un humble maître d'école, — de l'immense et admirable effort concerté, en ces trente dernières années, pour mettre en culture prometteuse de riches moissons, par l'école primaire gratuite et obligatoire, par les Universités populaires, par les œuvres post-scolaires, par l'enseignement supérieur revivifié, par l'enseignement secondaire modernisé, rajeuni, tout à l'heure plus largement ouvert, toute la bonne terre intellectuelle de France. Il était franchement démocrate au sens plein et grand du mot. Il ne se dissimulait pas quelques-unes des fautes de notre démocratie d'aujourd'hui, les craintes fondées grandissantes qu'elle fait par moment concevoir à des esprits qui n'ont pourtant pas l'habitude de regarder en arrière. Mais il lui faisait crédit, — oh ! un large crédit ; il l'aimait pour elle-même, pour ce qu'elle est, pour ce qii'elle sera, pour ce qu'elle a coûté, pour les luttes ardentes dont elle est sortie et que les hommes de 1880 n'ont pas encore oubliées. Il lui murmurait tout bas, amoureux et enthousiaste, croyant noblement à tous les biens et à tous les mieux, cette parole de Novalis à la Nuit : » Que caches-tu sous ton manteau qui, quoique invisible aux veux, me va si puissamment à l'âme? »

Convaincu personnellement par tout le fond de sa philosophie que l'homme sera religieux à l'avenir comme il l'a été dans le passé, si la Critique fait voir qu'il l'est par la nature môme de l'esprit et de son fonctionnement, et aussi sans doute que, pour longtemps et pour beaucoup, « le christianisme reste le lit du grand fleuve rehgieux de l'humanité 1 », Hannequin suivait du dehors, mais avec attention,

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