Gerli., Phil, I
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ÉTUDES d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.
LA PREMIÈRE PHILOSOPHIE DE LEIDMTZ
dans le monde, il en est une aussi, qui seule soutienl l'autre et seule la justifie, et qui nous fait descendre, dans l'ordre du réel, des harmonies premières aux harmonies secondes, et de celles-ci en fin de compte aux éléments derniers qui étendent le mouvement dans le temps et dans l'espace cl ainsi le préservent de toute destruction. La syulhcsc réussit où l'analyse échoue ; et tandis que Finfîni des éléments multiples nous échappe toutes les fois que nous le posons avant Tunité qui rinlègre, rien on revanche n'est plus clair ni moins contradicloire quand il suit du progrès des déterminations d'une unité suprême.
De celle dialectique dont il ne parcourt point encore tous les degrés, Leibnilz en parcourait pourtant les principaux, quand en termes exprès il écrivait à Arnauld que le fondement du mouvement est dans une substance incorporelle, et quand, faisant de Dieu une harmonie uni\erselle, il ne pouvait penser qu'elle est une résullanlc d'harmonies secondaires, comme l'esprit le serait, sll en fallait croire Hobbes, de conatus multiples. Des harmonies secondes ou des consciences individuelles, il faut donc croire, ainsi qu'il l'écrivait d'ailleurs à Thomasius, qu'elles tiennent leurs pensées de cet esprit premier ; et comme elles sont enfin le fondement du mouvement, c'est donc que le mouvement, où ces esprits secondaires trouvent dans l'espace et le temps l'expression exacte de leurs actions internes, se ratlachc à Dieu comme à son premier fondement et comme à l'ultima ratio de toutes choses.
C'est donc déjà un point acquis de la pensée de Leibnilz que les lois du mouvement, au moins du inouvemcnt concret, ne seraient point ce qu'elles sont s'il était vrai (|u'elles fussent exclusivement géométriques, ou qu'elles ne postulassent point d'autres principes que les principes de la géométrie. Et sur cette remarque, capitale dans son
œuvre de 1G70, nous croyons qu'il appuie deux preuves de l'existence de Dieu, mais deux preuves autant en progrès l'une sur l'autre qu'elles le sont toutes les deux, lorsqu'on les réunit, sur la preuve qu'exposait la lettre à Thomasius. La première, qui garde une forme exotérique, consiste en ce que l'accord réel, dans le monde physique, des lois au fond si différentes du mouvement concret et du mouvement abstrait, nous révèle dans le monde un ordre systématique et une économie qui requièrent l'action d'un principe ordonnateur et souverainement sage, on. pour tout dire, d'un Dieu. Remarquons cependant qu'un tel Dieu resterait encore assez loin de son œuvre pour qu'on pût dire de lui tout au plus qu'il y met, du dehors, une économie ou une harmonie, mais non pas qu'il en est lui-môme l'harmonie *, ainsi que le dit Leibnilz en propres termes. Transcendant et séparé du mouvement, comme le premier moteur des preuves antérieures, on ne peut guère comprendre de quelle manière il agirait sur les mobiles ou sur le mouvement pour réduire les premiers en un système, ou pour conserver l'autre. Au surplus, il n'est pas jusqu'à cette conservation même qui ne reste douteuse, quand, même dans le plein, la loi des conatus est de se composer sans cesse et, par la répétition incessante de leur composition, de tendre, (|uoi qu'on fasse, peu à peu vers zéro. Il fallait donc aller plus loin : et dès qu'on s'engageait dans la voie où l'esprit apparaît comme le centre où se ramènent et où, à la faveur d'une harmonie qui repose sur le souvenir et sur la conscience, se conservent tous les conatus, l'économie du monde et le système entier des mouvements de l'univers allaient enfin requérir une harmonie suprême et universelle, dont les autres harmonies ne sont que les déterminations et en quelque sorte les degrés, et dont l'économie de l'univers physique n'est que l'extension ou que l'expansion dans l'espace et dans le temps. L'économie du monde reste donc encore comme