‹ Études d'histoire des sciences et d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 291 sur 319 · Cf. Ibid., IV, pp. 231 et · texte numérisé non relu

Cf. Ibid., IV, pp. 231 et

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de Leibnitz avant 1672, doit donc être notée avec d'autant plus de soin que celte œuvre n'est point une œuvre passagère et qu'elle contenait en germe tous les progrès futurs de la pensée de Leibnitz. A coup sûr des tendances qui n'étaient point chez Hobbes, et des idées maîtresses qui mettent sur tout ce qu'il touche la marque de son génie, assurent à son œuvre un caractère d'indépendance et une originalité qui ne sont point contestables. On peut dire cependanl que ce que l'auleur futur de la Monadologie emprunlc au De Corpore est choisi de telle sorte qu'il devait être par là, avec ce qu'il y ajoute, conduit aussi loin dans la profon'dc doctrine des monades el même de Dieu, considéré comme le siège et le fondement de l'harmonie universelle, qu'il pouvait aller dans l'état de ses connaissances scientifiques et philosophiques avant 1672. Les progrès qu'il fera dans ce dernier domaine pendant son séjo^'ur à Paris, ou quelque temps après, auront donc cet effet, si nous ne nous trompons, d'offrir à sa doctrine le moyen de surmonter certaines difficultés, nées d'une science inexacte ou au moins incomplète, et de lui assurer les riches développements qui devaient la conduire à sa forme parfaite, plutôt que d'en modifier sur les points essentiels les tendances et le fond.

On sait déjà comment la conception du conalus et le parti judicieux qu'en avait tiré Hobbes, soit dans l'établissement des lois générales du mouvement, soit même dans l'a'.alyse des relations immédiates de la conscience et du mouvement, avaient séduit Leibnilz vers 1009 au point qu'il y subordonne tout dans les deux Théories qui forment VHypolhesis.

Elle avait d'abord le mérite d'apporter une rigueur toute nouvelle et toute gémélrique à la science du mouvement, et notamment à l'étude analytique des lois de la composition des mouvements et du choc des corps. Or si les phénomènes naturels ne se laissent point remener seulement à dos mouvements, mais à des mouvements sans cesse modifiés par d'incessants

ÉTUDES D^UlSiOIRi: DE LA PUILOSOPUIE.

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échanges et d'incessantes rencontres de mobiles, on pouvait croire au mécanisme d'une foi toute platonique, mais on ne pouvait guère se vanter d'en tirer une explication des choses certaine et rigoureuse, tant qu'on ne se serait point mis en état de soumettre à la démonstration les suites de ces rencontres et de ces compositions. Ou le mécanisme est le vrai, et il n'y a dans les choses que ce qu'il y il dans le mouvement, à savoir des données soumises en toute rigueur aux lois géométriques ; ou bien si l'on admet qu'il y ail dans la nature des choses inaccessibles à la géométrie, aulant vaut avouer que le mécanisme est faux. Il y a donc des lois abstraites du mouvement, dont on ne peut point douter qu'elles aient partout dans la nature et jusque dans le détail le plus particulier une application ri- L'oureuse : et le mérite de Ilobbes est d'avoir rencontré un concept qui permît de les analyser et de les démontrer. Leibnilz élail d'ailleurs d'autant mieux disi)osé à eu saisir toute la portée, qu'il y était préparé par une lecture récente de Cavalicri.

Or, tandis qu'il en tire ces conclusions remarquables que toute puissance dans la nature, omission faite de la masse, dépend de la vitesse, et que loute fermeté et toute cohésion, c'est-à-dire tout ce qui reste du corps pris en lui-même on dehors de son mouvement actuel et de son étendue, y naissent de conatus opposés et en dernière analyse encore du mouvement, tandis, en d'autres termes, que toute réalité dons la nature se ramène au mouvement et le mouvement lui-même au pur géométrique, Leibnitz allait tirer du mécanisme même, par une méthode constante dans sa philosophie, la preuve que le mécanisme ne saurait se suffire, lui qui suffît à tout pourtant dans la nature, et qu'il requiert autant le concours ordinaire d'un souverain ordonnateur du monde qu'il en repousse le concours extraordinaire, d'ailleurs indigne de Dieu.

Les moments de cette preuve méritent d'être rappelés : notons d'abord qu'il n'est pas jusqu'au géométrique, où les lois de l'addition et de la soustraction devraient cepen-

dant, semble-l-il, tout régler, qui ne révèle la présence d'un principe quasi civil de choix et de raison, principe qui domine, sans la troubler dans ses applications, la règle de l'addition et de la soustraction, et où nous trouvons peut-être pour la première fois, dans la philosophie de Leibnitz, l'opposition et la conciliation des principes d'identité et de raison suffisante.

Mais ce n'est pas l'unique motif de remonter à Dieu : le plus grave et en même temps le plus intéressant pour nous, parce qu'il restera le môme, mulalis mutandis, à travers toute l'évolution de la pensée de Leibnitz, est dans l'opposition des lois abstraites et des lois concrètes du mouvement, désaccord qui, on le sait, resterait irréductible si Dieu, grâce à l'éther qui remplit tout l'espace et qui, enveloppant jusqu'aux éléments des corps, leur communique à tous une élasticité dont ils sont originairement dépourvus, ne remédiait aux suites des lois abstraites de la réfraction et de la reflexion, et plus généralement à celles de la composition algébrique des mouvements qui tend directement à les annihiler. Pour que le mouvement fût éternel ou, en langage moderne, pour qu'il se conservât dans le monde en quantité constante, il fallait donc que Dieu introduisît dans le monde une telle économie que, sous les lois supérieures et en quelque sorte civiles de cette économie, les lois abstraites y modérassent d'ellesmêmes leurs suites ordinaires, bien qu'elles s'y appliquassent d'une manière rigoureuse. Qu'était-ce dire, sinon qu'aux lois du mouvement concret des principes géométriques en un sens suffisent, remarque qui justifie le mécanisme de la science, mais qu'en un autre sens ils exigent l'appui de principes métaphysiques, autre remarque qui limite la valeur du mécanisme et qui impose à la science l'emploi de l'hypothèse ?

On peut n'être pas entièrement satisfait de cette solu lion qui, au reste, repose sur des erreurs graves de méca nique : on peut, notamment, se demander si le concours ordinaire de Dieu suffit pour corriger l'effet des lois

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abstraites du mouvement qui, même dans le «système», doivent tendre en fin de complo à son annihilation. Ou'adviendrait-il dès lors du mécanisme, s'il fallait que Dieu retouchât parfois à son ouvrage ? Ou (lu'adviendrait-il du besoin de recourir à son concours ordinaire, et partant de la preuve (lui remonte du mécanisme à l'existence de Dieu, si d'elles-mêmes et toutes seules les lois géométriques assuraient dans le monde l'éternité du mouvement ?

Ouanl à la i>remière de ces difficultés, l'un des premiers progrès que lit faire a Leibnitz son étude à Paris des œuvres de Doscarles et surtout ses relations avec Huygens, l'amena ai)rès de mûres, mais lentes réflexions, à Ta résoudre à sa satisfaction et à s'en rendre maître. En ce qui regarde Descartes, il ne put pas manquer d'attacher enfin au principe cartésien de la conservation des quanlilés de mouvement riniporlance ciipitale qui lui appartient, et quoi(iue ce principe fût soumis en un sens, comme il le monUa le premier dans un dél.al célM^v. aux mêmes inconvénients que ses propres principes, parce qu'il était lui-même soumis à la règle de la sommation algébrique, il eut pourtant le mérite d'éveiller l'allenlion de Leibnilz sur des formules voisines qui se trouvaient échapper à ces inconvénienls. Dans un mémoire célèbre de 1663, mais présenté seulement en 1069 à la S. H. de Londres, lluygcns avait montré (|ue dans le choc des corps élastiques, il ne se conserve pas seulement la même quantité de mouvement, mais aussi la même (juanlilé de force vive. Leibnilz avait pu lire en 1609 le mémoire de Huygens, sans y remarquer d'abord colle t'ornude capitale. Mais que pendant son séjour à Paris, quand il eut avec Iluygens ce commerce incessant où il fut initié par lui aux secrets de la géométrie et de l'analyse cartésiennes, il n'ait jamais avec Iluygens abordé le sujet du mouvement, ou que, dans le cas où il l'aurait fait, Huygens n*ait point alors appelé son attention sur la conservalion si remarquable de la force vive en même temps que de la quantité de mouvement dans le choc élastique, cela est à peine

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croyable ^ ; et quoiqu'il n'ait qu'assez tard compris tout le parti qu'il en pouvait tirer 2, la manière constante dont il 'évalue le travail d'une force ou son « effet violent » par la force vive, au lieu de l'évaluer par la demi-force vive, prouve qu'il avait repris purement et simplement la notation de Iluygens dans le mémoire cité. Toujours est-il que, vers 1085 3, Leibnilz était en mesure d'asseoir le mécanisme sur le" double principe de la conservation de la

1. Cepemiant le passage dune leltre de t.eibnilz à de Volder 110U8-16U9) semble soulever ici une dillicullé : « Ipse Dn. llugenius de viriuin conservatione fassus est se non cogitasse, poslea a me adnionitus vires quae conservanlur appcilavit Ascensionales, non nmlo quidtiiii, sed lainen non salis plcne... » Gerh., P/iil., I, p. 158. — Cf. Lcdie à de VHospUal : «< (Juant aux dynamiques, je croy que M. liuvgeno estait de mon sentiinenl dans le fonds, et quïl reconnu Issoil qu'il se conserve lousjouis la même force, conmie j'avois aviuicê. Après avoir examiné mon senliment, il trouva à l>rni)os dupiKler celle force Asccnsionale, parce qu'il se conserv* l( i:sjours «ulanl quil faut p<jur faire monter le même poids à la même hauteur... »» (Gehr. Malh., 11, p. 320.) Mais si Ion se reporte à la leilre écrite par lluxgens à Leibnilz, le 11 juillet 1C02, on ai)prêeiera au juste la paii de lun et de l'autre. « Sur la matière du mouveuienl, écrit Huygens, j'ai bien des choses nouvelles et l)aradoxes à donner, que l'on verra quand je publieray mes dêmonslra lions des règles de la percussion insérées autrefois dans Jes Journaux de l*aris et de Londres. Je communiquai ces dèmons- 1 rai ions à nos MM. de l'Académie, et j'en envoiay aussi quelquesunes à la Sociélé Royale, dans lesquelles j'emploiay avec autre chose celle conscnalio viiium aequalium et la déduction au mou- \emrnt i-erpéluel, c'«.'sl- à-dire à Timpossible, par où vous réfutez aussi les règles de Descartes, qui estant reconnues partout pour faus.ses et estant poh.ées sans fondement, ne méritoient pas la peine que vous prenez. » (Gerh. Matli.^ H, p. 140.)

2. C'est un fait qu'en quitlanl Paris, il ne se satisfait pas encore sur les lois du mouvement.

3. Cf. IHsc. de Môtnphys. (1G8G;, Gerh. P/i/i., I\', pp. 409 et 4Î2 sqq. Ilirvis dcm. ciroris rncmomlrilis Cartesn (1686). Gerh. Motli., VI, p. 117. Pourtant je ne sais si Leibnitz n'a pas déjà trouvé dès 1678- 107i) cette nouvelle estimation de la Force qui lui appartient bien. Cest ce qu'on peut, si je ne me trompe, conclure de ces passages de lettres à Conring et à Gallois. A Gallois, déc. 1678 : « J ay quehiues pensées mécaniques qui auront des suites. » (Gerh. Math., I, p. 186.) \ Conring (vers 1678) : « Sed de vi elaslica quam vocant coii>orum post llexionem se reslituentium ac de corporum inter se concurrentium legibus nunc primum cerla EJcmenta me dcmonstrala liabere arbilror Archimedeo plane rigore. Unde conslabil non Cartesium tantum, sed et alios summos vires nondum ad intimam hujus argumenti nolitiam pervenisse nec proinde haclenus Scient iae Mechanicae Elementa absoluta haberi. » Gerh., PhiL, L p. 202.

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LlLUtS d'histoire DE LA PHILOSOPHIE.

quantité de force vive et de la quantité de progrès, et de dispenser Dieu, dans la mesure même où ces principes assurent mathématiquement la conservation du inouve-' ment, de la nécessité servile de retoucher son ouvrage.

Mais si ces principes sont rigoureusement mathématiques, en revanche l'occasion ne va-l-elle point nous manquer de réclamer le concours ordinaire de Dieu dans l'économie du inonde et d'évoquer au-dessus des principes géométriques certains principes métaphysiques et en quelque sorte ci\iis, quand elle n'était venue, au temps de VHypothesis, que de la disproportion des lois du mouvement abstrait et des lois du mouvement concret? Si la disproportion n'existe plus, qu'avons-nous donc besoin de l'économie du monde ? et si les principes maihémaliqucs suffisent, quelle raison d'invoquer des principes métaphysiques ? A vrai dire et dans le fond, il n*y en a aucune ; et l'œuvre grandiose du dynamisme leibnitien reposerait sur l'illusion symbolique d'un mot, à savoir le mot « force » par lequel il désigne .une formule ^ où il n'entre que des quantités, si le charme de Vllypothesis n'opérait encore, même au temps de l'ûge mûr, tant restèrent décisives sur sa propre pensée ces premiers et spontanés essais de son génie î Leibnitz ne s'est jamais, en effêl, complètement détaché, et il l'a dit lui-même à plusieurs reprises, de cette conviction, que les lois de la Theoria molus abslracii seraient le vrai, et que cet « essay d'un jeune homme » serait un monument définitif, s'il n'v avait dans le monde que du géométrique. El de môme en disait-il du principe cartésien, qui, par la valeur exagérée et en (juclque sorte absolue attribuée à la vitesse dans la formule mv, allait aux mêmes conséquences que des lois du mouvement abstrait. C'est à savoir que toute puissance dépendrait dans la nature uniquement de la vitesse, et non point de la masse, originairement du moins, que le plein y serait dès lors absolument perforable, ou, ce qui revient au même,

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