Schématisme, Barni, I, p
ÉTUDES d'histoire DE LA PllILObOl'UIE.
cependant ne lui en donne aucun, et le moment où, en vertu de la loi, il se donne, en l'appliquant, tel nombre déterminé, ou cinq, ou cent, ou mille. Or, ce que nous appelons ici la loi, faute d'une désignation meilleure et parce que les mathématiciens nous ont habitués à distinguer la loi d'une série des termes de cette série, correspond à ce que nous appelions tout à l'heure, d'une manière bien plus juste, un mouvement de l'esprit i : mouvement tout idéal, analogue à celui auquel fait perpétuellement appel le géomètre qui ne connaît une courbe qu'en la ramenant au mouvement qui la produit, et qui, à vrai dire, la dégage ainsi de son image pour en découvrir l'essence en son schème. Ainsi procède l'esprit lorsqu'il dessine dans le temps pur, en traits d'une universalité suprême, sous la loi et l'action primordiale du « Je pense », les mouvements qui donnent aux catégories la première forme de leur action sur l'expérience et la nature. Et c'est pourquoi l'espace, où ces mouvements se terminent en résultats singuliers, comme la loi génératrice d'une courbe en une courbe singulière, ne pouvait être choisi comme l'instrument du schématisme, et devait laisser ce rôle au temps qui seul s'y prête, par son affinité profonde avec l'action du « Je
pense ».
Un moment de réflexion suffit à présent pour saisir l'importance capitale de ces propositions. A chaque catégorie correspond, cela va sans dire, un schème transcendantal ; et VUrtheilskraft qui le produit a revêtu, puisqu'elle est engagée dans une diversité sensible, dans la diversité du temps pur, la forme de l'imagination : le nom qui lui convient est celui de synthèse transcendantale de l'imagination, de synthèse, puisqu'elle dérive immédiatement de VUrtheilskraft originaire, mais de synthèse transcendantale, attendu, comme dit Kanl, qu'elle est productive^, et productive de synthèses a priori privilégiées entre toutes, vraiment originaires, d'où dépend toute nature Qormaliter
LES PRINCIPES DE l' ENTENDEMENT PUR.
speclata) et toute expérience possible. L'originalité profonde de ces synthèses consiste en ce qu'elles possèdent d'une part l'universalité la plus haute qui se puisse concevoir dans la connaissance humaine, car elle est adéquate à l'universalité des catégories mêmes, que le temps pur met en action en n'y apportant que le minimum inévitable de restriction sensible. Mais d'autre part la souplesse du temps est telle que le « Je pense » y dessine les formes universelles de la possibilité d'une nature, insistons davantage encore, de la possibilité de toute nature concevable pour un « Je pense » doué d'un sens intérieur, sans donner à cette nature autre chose que des conditions universelles d'intelligibilité, bref une Gesetzmàssigkeit, une con- {ormité générale à des lois, bien plutôt que des lois proprement dites et positives. Et c'est ce dont, après tout, nous avons un sentiment très vif, lorsque nous disons que la science ne saurait chercher et découvrir des lois qu'en une nature dont nous sommes sûrs d'avance qu'elle est soumise à des lois (gesetzmassig). Or la condition suprême d'une nature est, en un sens, le Moi pur et ses concepts purs ; mais en un autre sens une nature n'est possible et en tout cas connaissable pour nous que par une condition sensible qui à la fois la réalise comme telle (comme phénomène) et donne naissance aux schèmes d'où dérivent les règles universelles et les formes suprêmes de son existence. C'est à ces règles purement formelles que Kanl a réservé le nom de « principes {Grundsatze) de l'entendement pur », par opposition aux lois naturelles et même aux propositions des mathématiques (Satze) qui y trouvent leur fondement, mais qui l'y trouvent, comme déjà on peut s'en rendre compte, tout autrement qu'une conséquence logique ne trouve le sien dans les prémisses d'où la déduit la logique ordinaire.