LES PHYSICIENS FRANÇAIS
Si les mathématiciens français ont laissé à l'histoire, à l'époque qui nous occupe, des noms comme ceux de Laplace, Lagrange, Lcgendre, Galois et Cauchy, les physiciens ne leur cèdent en rien et soutiennent avec eux une légitime comparaison. Avec Fresnel et Ampère, pour ne citer tout d'abord que ceux-là, la science française, au commencement du siècle, a pris la direction d'un mouvement qui rappelle, par son importance et par ses résultats, les progrès accomplis au commencement du xvii* siècle, sous l'influence d'un Galilée, ou au xviii« sous l'action d'un Netvtoii. Ce n'est pas seulement, avec le premier, une science physique particulière, l'optique, qui prend, par la netteté de ses principes et la précision rigoureuse de ses explications, disons plus encore, par la merveilleuse sûreté de ses anticipations, une perfection semblable à celle de la mécanique céleste, telle qu'elle était sortie des mains de Newton et de Laplace ; ni, avec le second, une science naissante, la science de l'éleclro-magnétisme, rendue possible par les découvertes récentes de Galvani et de Voila, qui se fonde et qui rencontre dans la pratique ses premières et étonnantes applications ; mais, chose plus importante, ce sont les vues mêmes de la physique moderne qui, sous l'action combinée des progrès de ces deux sciences et des indications d'expériences et d'études mémorables sur la chaleur, \ ont subir une profonde transformation ;
Q^ ÉTUDES d'histoire DES SCIENCES.
ridée qui tend à s'établir dans la période qui précède, et qui persiste dans celle-ci, est qu'on doit rapporter à autant de fluides impondérables autant d'actions physiques qu'en révèlent les phénomènes et qu'en étudient des sciences n'ayant rien de commun que le nom de physique qui les réunit; sauf le son, dû, on le savait, à l'agitation des particules de l'air atmosphérique, lumière, électricité, chaleur, étaient identifiées, les deux dernières surtout, ù des fluides subtils, et en un mol à des malières distinctes et spécifiques :el de là découlaient deux inconvénients graves, qu'on faisait coexister d'abord dans un seul et môme espace toutes ces malières distinctes, qu'ensuite on n'y gagnait rien, tant s'en faut, pour élucider certaines actions mutuelles des phénomènes physiques et même certains échanges des uns dans les autres. Rien n'est plus important cependant que ces échanges et ces actions mutuelles : l'électro-magnétisme allait promptemenl les mettre au premier plan ; l'optique, en faisant de la lumière, non une essence distincte, mais un mode du mouvement, préparait à les comprendre ; et enfin la chaleur, en accusant son aptitude, encore mal comprise, à produire un travail mécanique, lequel possède précisément une aptitude inverse, allait, vers le milieu du siècle, faire soupçonner le rapport des modalités diverses des actions physiques à celles d'une énergie constante, mais transformable. Les milieux impondérables, comme l'éther qui transporte au loin les radiations lumineuses, calorifiques ou électriques, n'étaient nuUoinonl exclus par là du champ des spéculations physiques ; mais ils allaient cesser d'incarner grossièrement des entités physiques et prendre de plus en plus le rôle de milieux transportant à distance l'énergie universelle.
Pour l'éther lumineux, la preuve est faite d'une manière éclatante par les travaux de Fresnel. Fresncl est né en 1788 ; entré à l'École polytechnique en 1804, il était ingénieur des ponts et chaussées lorsqu'il fut destitué, au commencement des Cent Jours, pour avoir pris les armes contre l'Empereur. C'est à partir de ce moment, jusqu'en
l'histoire DES SCIENCES AU XIX* SIÈCLE.
1824, c'est-à-dire pendant dix ans à peine, qu'il s'adonne à l'élude de la lumière, et rédige les admirables mémoires, admirables par la simplicité et la clarté de la forme non moins que par la profondeur de la doctrine, qui ont été récenMnenl réunis dans les trois volumes de ses Œuvres complètes. En 1824, une attaque d'hémoptysie le mettait hors d'état de continuer ses travaux, et il succombait trois ans plus lard, en pleine jeunesse (1827), à l'âge de 39 ans, comme Pascal et Torricelli.
Lorsque Fresnel commença ses recherches, la théorie régnante en optique était celle de Newton : on admettait en principe que les sources lumineuses projettent en tous sens et en ligne droite, à travers l'espace, des particules douées d'une prodigieuse vitesse, lesquelles provoquent, en touchant la rétine, nos sensations visuelles ; puis, étendant à l'action réciproque de ces particules lumineuses et des corps pondérables la loi universelle des forces attractives ou répulsives, on expliquait par là très simplement un grand nombre de phénomènes, tels que la réflexion, la réfraction, la diffraction, par l'action tantôt attractive et tantôt répulsive des surfaces polies, des milieux réfringents, ou des bords que rasent les rayons lumineux avant de produire les franges de diffraction. Le triomphe de l'hypothèse était la théorie des anneaux colorés, telle qu'elle était sortie des mains de Newton. Déjà pourtant le caractère quelque peu arbitraire des « accès de facile réflexion ou de facile transmission », ou la nécessité de reconnaître simultanément aux mômes surfaces le pouvoir répulsif et le pouvoir attractif, ne laissaient pas d'être inquiétants pour la simplicité, plus apparente que réelle, de l'hypothèse. Mais le grand nom de Newton avait un tel prestige, et les efforts de ses partisans, de Poisson entre autres, et de Biot (1774-1862), pour donner, dans le système de l'émission, une explication satisfaisante des phénomènes les plus complexes, tels que la polarisation et la double réfraction, étaient, somme toute, si remarquables, qu'unanimement les physiciens étaient newloniens en
HAXNEQUIN. I.
j „ j. Hiivffpns oubliée depuis un siècle, par thèse adverse de ««yS^"*'""? /^^rie de mémoires,
l'Anglais Thomas Young, qui, dans une u
enlrf 1801 el 1803, venait de mettre en une v.ve lumière S!r érence des rayons lumineux (le mot même est de Yo2 "en cle plus simple que l'interférence dans le Sème d ondes où l'on comprend sans peine que des S ons de même phase se renforcent à >«- pomt de -contre. Undis que des rayons de phases «•'«t^'^U rigoureusement opposées s'affaiblissent ou «""""««"lri!n de plus obscur, au contraire, dans le sy«'*"« je l'émission, où les moyens manquent d'une — e s. com^ plèle de s'en faire une idée quelconque que, quelques années plus tard, Biot et les newtoniens allaient en mer ;" stence physique et en rapporter l'origine à des causes subieclive, : résolution désespérée équivalant à une abdiin, et qui marque la date réelle de la fin de la théorie
newtonienne. . • j , .,..,,o„.
On peut dire en effet de la première série des travaux de Fresnel, qu'ils reposent tout entiers sur l'élucidalM>n de ce phénomène capital, et sur l'adjonction étroite de ses effets à ceux de la propagation proprement dite des ondes. En moins de trois ans, de 1815 à 1818, Fresnel édifie une théorie complète de la diffraction, où le phénomène de l'interférence, isolé dans des expériences célèbres de tout phénomène connexe, rattaché au principe de Huygens sur les ondes enveloppes, enfin appuyé à la plus délicate, mais en même temps à la plus profonde et la plus complète analyse mathématique qu'ait connue la physique, rend compte avec une admirable précision de tous les phénomènes de diffraction, et, dans tous les cas possibles, de la position et des dimensions des franges aussi bien que de leur éclat respectif et de leur coloration. Du même coup les couleurs des plaques minces, ou celles qui irisent les bords des cônes d'ombre projetés sur un écran par les
l'histoire des sciences au xix* siècle.
corps que renconlrent des faisceaux de lumière blanche, phénomène inaperçu des newtoniens el en tout cas inexplicable dans l'hypothèse de l'émission, rentrent d'euxmêmes dans la théorie, et en deviennent l'éclatante confirmation. Nous ne pouvons ici que rappeler d'un mot soit l'habileté suprême avec laquelle Fresnel discerne dans les faits même les plus favorables à l'hypothèse adverse tels de leurs caractères qui la contredisent, telles propriétés ou tels accidents qui constituent pour elle autant de faits cruciaux, soit l'art incomparable de ses expériences, bien qu'il n'ait le plus souvent pour les mener à bien que l'outillage le plus rudimentaire, soit enfin l'adaptation parfaite et comme l'adéquation de ses vues théoriques aux phénomènes eux-mêmes. A ce triple point de vue, son Mémoire sur la diffraction de 1818, couronné l'année suivante par l'Académie des sciences sous l'influence d'Arago, est resté un modèle impérissable d'expérimentation précise et décisive, en môme temps qu'il portait la probabilité de l'hypothèse initiale au plus haut degré que puisse atteindre une hypothèse physique.
• Cependant deux phénomènes, la polarisation et la double réfraction, demeuraient, semble-t-il, hors des prises de la théorie ondulatoire, tandis que les remarquables travaux de Biot en rendaient compte, en somme, dans l'hypothèse adverse d'une manière fort plausible. Déjà Fresnel, en 1816, avait tenté d'en demander l'explication aux lois de l'interfélrence ; mais il n'avait obtenu que des résultats négatifs. La découverte par Arago de la polarisation chromatique lui fournit, en 1819, l'occasion d'y revenir avec lui, el à leur grande surprise les deux physiciens constatèrent qu'on ne peut en aucun cas produire l'interférence du rayon ordinaire el de l'extraordinaire. Mais Arago ayant eu l'idée de polariser d'abord dans le même plan un faisceau émané d'un seul point lumineux, l'expérience donna des résultais remarquables qui furent résumés dans les quatre propositions suivantes : P deux rayons polari-
"s, UTre dans le plan de l'onde el Iransversales. mlerférence el diffraction dans les cas ordinaires s'arrangea.en iussi bieL d'une condition que de l'autre : tout autrement en î lait-il. après la révélation des lois d'interférence des Ions poiarUés : une seule hypothèse permettait de les expliquer, mais les expliquait pleinement : la transversalité des vibrations de l'élher. Mais une mécanique nouvelle de l'éther s'imposait : Fresnel mit à la constituer toutes les ressources de son génie : il soutint contre Poisson, contre Arago lui-même, en un mot contre toutes les résistances du préjugé alors courant de la continuité des fluides et de l'éther, une lutte où il tut victorieux, bien que sa victoire n'ait été reconnue que bien des années plus tard. Mais l'hypothèse de la transversalité des vibrations de l'éther expliquait à son tour d'une manière si simple el si complète l'ensemble des phénomènes connus, elle se montra dans la suite si parfaitement apte à rendre compte des phénomènes nouveaux, elle fit enfin entre les mains de Hamilton, à qui elle permit de prévoir la polarisation conique, la preuve si éclatante de sa fécondité, qu'elle conquit droit de cité dans la physique moderne non seulement à elle-même, mais à la conception de la discontinuité de l'éther, à laquelle répugnaient les mathématiciens contemporains de Fresnel.
l'histoire des sciences au XIX' SIÈCLE.
Telles sont, brièvement résumées, les contributions de Fresnel aux progrès de l'optique; en 1814 un fragment d'une de ses lettres souvent cité prouve qu .1 ignorai encore ce que c'était que la polarisation ; dix ans p us tard en 1824; il avait fait de l'optique la plus parfaite des sciences physiques, et lui avait donné la forme qu elh. a gardée jusqu'à l'avènement des théories de Maxwel . Par la maturité précoce et la puissance de son esprit, Fresnel tait penser à Galois ; l'un a été le génie de la méthode physique, unissant la maîtrise du mathématicien à l'art incomparable de l'expérimentateur, comme l'autre a incamé la puissance créatrice du mathématicien de race s'élevant sans effort et presque sans miUation jusqu'aux plus hauts sommets de la spéculation.
Ampère. - On serait tenté d'appeler Fresnel le « Newton de l'optique » ; Maxwell, dont la compétence et 1 autorité ne sont point récusables, a désigné Ampère, sans hésiter, sous le nom de « Newton de l'électricité ... Au temps mûmc où ce dernier (André-Marie Ampère, 177^ 18.30) faisait à Poleyraieux ses premières études sous a direction éclairée de son père, un événement considérable (vers 1700) s'accomplissait dans la petite maison d un médecin italien : Galvani découvrait le courant électrique. L'histoire fameuse du balcon de Galvani pourrait bien, comme tant d'autres, n'être qu'une légende ; car, à en juger par le récit qu'il a laissé lui-même de ses expé riences, c'est en poursuivant patiemment et avec une méthode et un esprit de suite qui lui font honneur, des recherches sur les conditions où se produisent certaines contractions des muscles des grenouilles, que Galvani fut amené à remarquer le premier le courant électrique, et à noter plus d'une circonstance essentielle où il se produisait. Sur l'origine même et la cause du courant, trompé par l'idée qu'il se faisait de l'électricité animale, il se méprit complètement ; mais le courant électrique était découvert, et à la suite des travaux de Volta, qui substitua à l'idée
de Galvani une idée non moins fausse, mais plus heureuse, celle de l'électricité dite de contact, ou métallique, et qui surtout construisit la première pile connue, des effets surprenants du courant électrique furent bientôt enregistrés, dont le plus remarquable et le premier qu'expérimentèrent les physiciens du temps fut l'action du courant sur l'eau qu'elle décompose et d'une manière générale sur les composés chimiques et sur les sels. Carlisle et Nicholson préludèrent par d'importantes observations aux beaux travaux de Davy, qui accomplit le premier (1800) l'électrolyse de l'eau et qui, quelques années plus tard (1807), exécutait les expériences célèbres de la décomposition de la potasse et de la soude. Citons encore les travaux de Berzélius, qui servirent de base à sa théorie électrochimique, et nous aurons relevé les principaux effets du courant électrique qu'aient observés les physiciens dans les vingt premières années du xix" siècle.
A la fin de cette période, en 1820, OErsled, physicien danois, publiait une observation capitale : le courant électrique fait dévier l'aiguille aimantée, vers l'est, si, diririgé du pôle boréal au pôle austral de l'aiguille, il passe au-dessous d'elle ; vers l'ouest, s'il passe au-dessus. Pour juger de l'émotion provoquée par ces faits dans le monde des physiciens, il faut se souvenir que l'aimantation, dans les idées du temps, constituait un domaine très restreint de manifestations rapportées d'un commun accord à un fluide spécial ; et voici que les faits troublaient les physiciens dans leurs convictions arrêtées, et démontraient l'action, inexplicable pour eux, de forces non magnétiques sur le magnétisme même. Déjà l'électrolyse leur donnait à penser que l'électricité et l'affinité chimique avaient une source commune. Le préjugé des forces et matières séparées recevait un nouveau coup des expériences d'Œrsted.
Les choses en étaient là lorsque Ampère entre en scène. On connaît les événements de sa vie tourmentée, son séjour à Bourg (1801-1803), loin de sa femme mou-
l'histoire des sciences au xix* siècle.
rantc, et son retour à Lyon (1803), enfin sa nomination comme répétiteur d'analyse (1804), puis comme professeur titulaire à l'École polytechnique; durant tout ce temps, son activité se partage entre des travaux mathématiques d'une haute valeur, et des recherches passionnées de psychologie, de métaphysique et de philosophie des sciences. A l'époque de l'expérience d'Œrsted, il avait près de 45 ans, et s'ignorait lui-même comme physicien ; c'est à cet âge, et avec sa fougue ordinaire, qu'il reprend pour son compte les recherches d'Œrsted ; en quelques années, nous allons dire brièvement l'œuvre qu'il accomplit, et qui peut-être est en physique la plus grande du siècle. D'abord, il fixe dans une règle connue sous le nom de règle d'Ampère la dépendance précise des déviations de l'aiguille par rapport à la direction du courant vollaïque : mais ce n'est là qu'une précision plus grande apportée aux remarques déjà faites par Œrsted. Le trait de génie d'Ampère, l'idée féconde qui semble avoir dominé toutes ses recherches, fut de concevoir d'emblée fanalogie profonde du courant et de l'aimant, puisqu'il est manifeste que l'un agit sur l'autre. Dès lors, que se passerait-il, si Ton essayait l'action du courant, non plus sur un aimant, mais sur son analogue, sur un autre courant ? Huit jours après la mention par Arago, dans la séance de l'Institut du 11 septembre 1820, de l'expérience d'Œrsted, Ampère apportait, à la séance suivante du 18 septembre, le résultat de ses recherches ; il était capital : deux conducteurs rectiligneset mobiles, .situés parallèlement dans le voisinage l'un de l'autre, s'attirent ou se repoussent, suivant qu'ils sont traversés par deux courants de même sens ou de sens opposé. Ainsi d'une part, il existe une « influence » vollaïque, comme il existe une « influence » des corps ordinaires électrisés, mais avec cette différence que les courants de même sens s'attirent, tandis que les électricités de même signe se repoussent ; il faut donc distinguer une électricité sialique et une électricité dynamique ; et, d'autre part, l'observation ne révèle pas seulement des: phéno-
■esaç—
mènes électro-magnéUques (actions des courants sur les aimants), mais elle révèle aussi des phénomènes électrodynamiques (actions des courants sur les courants). Il y a plus, Téleclro-magnétisme n*est peut-être lui-même qu'une modalité spéciale des phénomènes électro-dynamiques. Déjà Ampère s'était servi dans ses premières expériences de conducteurs rectangulaires ou circulaires afin de renforcer et de rendre plus visible l'action réciproque des courants : l'idée lui vint alors d'enrouler plusieurs fois en hélice le môme fil conducteur, et il construisit l'ingénieux appareil auquel il donna le nom de solénoïde (1822). Or, si l'on fait agir un courant galvanique sur un solénoïde, celui-ci se comporte rigoureusement comme l'aiguille aimantée, c'est-à-dire que son axe s'oriente perpendiculairement à la direction du courant ; ce n'est pas tout : sur cet aimant artificiel, un aimant ordinaire produit les mêmes effets qu'un courant galvanique ; et le magnétisme terrestre ne fait point exception, il oriente l'axe de tout solénoïde dans la même direction que l'aiguille aimantée. Ainsi tous les aimants peuvent être assimilés à des solenoides : les phénomènes dont ils sont le siège seraient complètement expliqués si l'on supposait autour de toutes leurs molécules des courants galvaniques parallèles et de même sens. La terre elle-même n'est qu'un immense solénoïde où des courants circulent dans le plan des parallèles, ou même seulement dans le plan de Téquateur. Ce ne sont donc point deux classes différentes que celle des phénomènes électro-magnétiques et celle des phénomènes électrodynamiques ; ili ont essentiellement mômes lois et même nature, et témoignent ainsi de l'unité de la cause qui les produit.
On se ferait une idée imparfaite du mérite d'Ampère si Ton ne faisait mention de la forme mathématique qu'il sut donner à sa théorie : « Les recherches d'Ampère, a écrit Maxwell, par lesquelles il établit les lois de l'action mécanique des courants électriques les uns sur les autres, comptent parmi les faits les plus brillants qui se soient
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jamais produits dans la science. Théorie et expérience semblent avoir jailli dans leur pleine puissance et leur plein achèvement du cerveau de ce « Newton de l'électricité * ». Son ouvrage (Théorie des phénomènes électrodynamiques uniquement déduite de Vexpéricnce, Mém. de l'Acad., VI, 1823, paru en 1827) est parfait dans la forme, inimitable pour la précision de l'expression ; et le bilan de cet ouvrage est la formule d'où tous les phénomènes électriques peuvent être déduits et qui restera dans tous les temps comme la formule cardinale de l'électro-dynamiciuc. Ampère recueillit donc, de 1820 à 1827, tandis qu'il faisait ces merveilleuses expériences auxquelles vinrent assister, dans sa modeste maison de la rue des Fossés-Saint-Viclor, tous les savants de l'Europe de passage à Paris, les fruits de la haute culture mathématique à laquelle il avait auparavant donné près de trente ans de sa vie ; et c'est à elle qu'il dut, non moins qu'à la puissance de son imagination et qu'à son habileté d'expérimentateur, la valeur et la solidité de son œuvre. Ampère a réuni les qualités maîtresses qui font le grand physicien : le génie de l'expérience, le génie de l'analyse. N'oublions pas qu'il fut, par ses travaux, l'initiateur de tant de grandes découvertes qui sont la gloire du siècle ; n'oublions pas non plus qu'il a fait faire un pas considérable à la doctrine de l'unité des forces de la nature, en ramenant à une seule deux classes de phénomènes considérés jusqu'alors comme absolument séparés et distincts.
Une autre partie de la physique dont les progrès sont remarquables dans la première moitié du siècle, et qui deviendra, dans la période suivante, le point de départ d'une réforme profonde de la physique dans son ensemble, est la science de la chaleur. Là encore, les physiciens français occupent une belle place dans l'histoire de la science, et ont trouvé des lois ou formulé des théories d'une extrême importance.