Léviathan, I, ch. i
choses, le sentiment (sensio, on pourraijt presque dire la conscience) est le principe de la connaissance des phénomènes, et c'est par l'étude du sentiment ou de la sensation qu'il faut commencer *.
La sensation, comme on le verra plus loin, lorsque nous aborderons l'étude de la perception, est un pur phénomène de conscience, que l'esprit ne peut pas dépasser ; toutefois chaque sensation, prise isolément, est considérée comme ■étant la représentation d'une qualité ou d'un accident appartenant réellement à un objet extérieur ; cet objet produit d'ailleurs des représentations diverses, suivant la diversité de son action *.
Mais si Hobbes ne dit nulle part en termes exprès que la vraie méthode pour étudier les phénomènes de l'esprit consiste à les observer en eux-mêmes, quel que puisse être leur objet, c'est ce qui ressort de tous les passages importants que nous allons à présent reproduire et commenter.
Le trait qui le frappe le plus, avant les psychologues modernes, Stuart Mill, Spencer et Bain, c'est le changement perpétuel de nos phantasmata, comme si les organes de la sensation étaient tournés sans cesse sur un objet et immédiatement après sur un autre 3. La variété des images est essentielle à la conscience ; autrement aucune distinction, et partant aucune conscience ne serait possible : un homme qui ne posséderait que le sens de la vue et qui n'aurait devant les yeux perpétuellement qu'une même couleur Inaltérable, ne la verrait pas plus que nous ne sentons les os de nos membres. Sentir toujours la même chose ou ne rien sentir, c'est tout un *.