Natorp. Revue de Métaphysique et de Morale. 1896. p. m
ticien, qu'une méthode, puisque certains problèmes lui résistaient, et qu'il a fallu que Leibnitz imaginât un autre calcul plus universel et plus puissant ; mais néanmoins, telle quelle était, elle a suffi pour fournir la méthode cherchée vainement jusqu'ici par les philosophes, celle avec laquelle les adversaires eux-mêmes de Descartes, s'ils ont pu le combattre, ont dû philosopher, celle aussi avec laquelle il a fait lui-môme les plus riches trouvailles- Et n'en est-ce donc pas une que ces quatre fameuses règles d'évidence, ^analyse, de synthèse, de dénombrement, si simples en apparence que les jeunes étudiants de philosophie les jugent à peine dignes de leur attention, en réalité, remarquait Hannequin, d'une si <( redoutable précision » que c'est assez de leur donner leur plein sens — leur vrai sens — pour saisir sur le fait les démarches constitutives de l'esprit dans sa vie profonde, voir dans la pensée ce qu'elle est avant qu'elle soit autre chose, (( une puissance de poser des rapports, des connexions, des synthèses », — c'est-à-dire pour que, derrière Descartes, très distinct déjà et tout proche, surgisse Kant ? Et n'en est-ce pas une autre que d'avoir découvert comment « la méthode enveloppait le Cogito et devait y conduire, si seulement le philosophe s'appUquait à défaire des connexions quelconques, pour remonter à leur source commune », et de quelle façon ce seul fondement du Cogito est en état de supporter une métaphysique vieillie, mais dont les métaphysiques postérieures ne sont encore la plupart que des continuations, des variations ou des transpositions, et aussi une morale plutôt seulement préparée et esquissée, il est vrai, dont l'idée profonde nous a longtemps échappé, à la lettre la morale de la raison pratique, celle qui ne poursuit d'autre fin que u la pleine réalisation de la raison, la détermination parfaite de la volonté par la raison 1 » ?
Les cent pages publiées dans l'Histoire de la langue et de la littérature française de Petit de Julleville, en collaboration avec M. Thamin, et les deux études parues dans la Revue de Métaphysique et de Morale'^, — les seules parties qui aient été écrites du Descartes de Hannequin, — sont assurément parmi les plus hmpides, mais aussi les plus neuves et les plus fortes que le grand philosophe ait inspirées, en France, aux historiens de sa pensée et de sa méthode.