‹ Études d'histoire du Moyen Âge, dédiées a Gabriel MonodChapitre 152 sur 340 · LA POLOGNE ET LE SAINT-SIÈGE DU X« AU XIII'' SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA POLOGNE ET LE SAINT-SIÈGE DU X« AU XIII'' SIÈCLE

devenir {au moins en Pologne) un impôt de capitation, est avant tout un impôt foncier.

Sous le pontificat de Grégoire VII, une terre ayant été donnée à l'Eglise romaine dans le diocèse de Poitiers, le pape disposa que quiconque voudrait s'installer sur cette terre et s'y construire une maison paierait au Saint-Siège une redevance annuelle de huit deniers poitevins \ C'est d'une conception toute pareille que dérive l'établissement du Denier de saint Pierre en Angleterre, en Pologne et dans les Pays Scandinaves. L'Angleterre et la Pologne sont vraiment des terres du Saint-Siège, et il est naturel que ceux qui les occupent paient une redevance au propriétaire. Le paiement du Denier, tout comme une hypothèque, est une charge de la terre. Dans une donation faite en 1282, par Wladislas, fils d'Otton, au monastère d'Altenbergen, on stipule que la villa cédée est « libéra a podwoda a prewoda et Swentego Petra » ". En 1285, le pape Martin IV rappelle encore aux ducs d'Oppeln que « les colons allemands ou étrangers établis en Pologne sont astreints au paiement du Denier, puisqu'ils cultivent des terres et possessions à raison desquelles le Denier de saint Pierre a été institué » ^.

Trois ans après la bulle de Martin IV, durant la vacance qui suivit la mort d'Honorius IV, l'archevêque de Gnesen poussait un cri d'alarme en constatant les progrès incessants que le germanisme faisait en Pologne, et son patriotisme lui inspirait, au sortir d'un synode provincial tenu à Lenczyca, une lettre aux cardinaux de la sainte Église, dans laquelle il les suppliait de ne point permettre que l'Église romaine laissât son patrimoine passer aux mains des Allemands. « Les Allemands, nobles ou colons, qui viennent s'établir en Pologne, refusent, disait-il, de payer à l'Eglise romaine le cens qu'acquittaient autrefois les Polonais qu'ils remplacent ^ » . Or, cette

1. « Notum sit vobis nos ecclesiam sancii Pétri sitam in villa, quas dicitur Maskarans, sub jus « et defensionem apostolicae sedis ab ipsis fundatoribiis sponte traditam suscepisse. Ob cujus do- « nationis memoriam perpétue retinendam constituerunt et devoverunt se illi qui circa eumdem « locum sibi éedificant pro unaquaque domo censum annualiter octo nummorum Pictaviensium « persoluturos. » (Jaffé, Mon. Gregoriaiia, p. 482; Jaffé-Lœwenfeld, n» 5209).

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