Sidoine, Ep. VII, 6; VIII
EURIC, ROI DES WISIGOTHS i5
donne à la domination wisigothique l'épithète de « ferrea » ( . On peut donc considérer Euric comme un homme d'énergie et de courage. Mais surtout il paraît avoir possédé à un haut degré le sens politique et l'esprit de suite dans l'exécution de ses entreprises. Nous essayerons de le montrer au cours de cette étude.
La politique suivie par Euric est si simple dans ses grandes lignes et en rapport si nécessaire avec les événements contemporains, qu'elle a frappé un écrivain assez peu clairvoyant d'ordinaire et peu habitué aux considérations générales, tel que Jordanès. Cette politique, il la résume en quelques mots : « Euricus ergo crebram mutationem principum romanorum cernens, Gallias suo jure nisus est occupare 2 . » Dans un autre passage, il revient encore sur les motifs qui déterminent Euric : « Euricus ergo regni vacillationem cernens. . . 3 . » Ces textes nous indiquent à la fois et les raisons qui poussent le roi des Wisigoths et le but qu'il se propose d'atteindre. La « crebra mutatio principum, la vacillatio regni », ce n'est pas autre chose que l'écroulement définitif de l'empire d'Occident, que l'anarchie où le pouvoir passe entre les mains d'empereurs fantômes, Sévère, Anthemius, Olybrius, Glycerius, Nepos, jusqu'au moment où Odoacre met fin à cette tragi-comédie en renversant Romulus Augustule. Ce sont encore les difficultés de toutes sortes au milieu desquelles se débat l'empire expirant : attaques des Vandales, des Saxons, des Alamans sur les frontières; brigandages et révoltes à l'intérieur. — « Suo jure nisus est Gallias occupare. » Il veut fonder un royaume des Gaules indépendant. C'est sous son règne, comme le constatent les contemporains, que se brise définitivement l'alliance déjà fort compromise de Rome et du royaume wisigothique, et que ce royaume acquiert une indépendance complète, en même temps qu'il dépasse ses limites anciennes en Gaule et en Espagne 4 .
Malgré les progrès incessants des Wisigoths, il leur restait, en effet, beaucoup à acquérir. Théodoric II, bien qu'il eût profité de la mort d'Egidius pour lancer ses troupes dans les régions encore occupées par les Romains 5 , n'avait pas réussi à les leur enlever toutes. En 466, malgré la perte de Narbonne , ils sont encore maîtres d'une partie de la Narbonnaise I et de l'Aquitaine I. Sur la Loire, un de leurs généraux, le comte Paulus se maintient aux environs d'An-