Accord du 6 novembre
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tant grosses que menues qu'il tenait en sa main », et le conductus parrochianorum prcsbitcrotum, c'est-à-dire le droit de nommer les prêtres de la paroisse. Une charte de son petit-fils, Mathieu I er , datée de 1145, l'affirme en termes formels 1 . Riquin, par suite, ne fait que confirmer, en tant que puissance spirituelle, une donation consentie par la puissance temporelle. Il intervient non comme propriétaire', mais comme évêque. Pourtant, sa concession n'est pas entièrement gratuite. Pour que ses droits éminents d'évêque ne soient jamais contestés, il veut que, chaque année, le jour de l'invention du corps de saint Etienne, le 3 août, le prieur de Notre-Dame lui acquitte un cens de 1 2 deniers. a Par cette redevance, dit-il, la possession de ces dons vous est assurée par le droit des gens et, par le droit de Dieu, vous rendez grâce à l'auteur de ce bienfait. »
L'évêque Riquin ne pouvait faire une pareille charte sans prendre l'avis des personnes sous les ordres de qui se trouvait directement ou indirectement la paroisse de Nancy, Voilà pourquoi il mentionne d'une façon générale l'assentiment de son chapitre, et, d'une façon spéciale, celui du primicier et archidiacre Etienne, de l'archiprétre Cunon et du curé Albéric. Le primicier était le dignitaire placé à la tête du chapitre. Etienne semble avoir joué en cette qualité un grand rôle et il est mentionné dans la plupart des actes de Riquin de 1 1 1 1 à 11 26. A sa mort, cette dignité fut supprimée et unie au chapitre. (G allia christiana, XIII, col. 1061.) Le diocèse de Toul se divisait, ce semble, au xn* siècle en huit archidiaconés. Nancy se trouvait dans l'archidiaconé de Port (Saint-Nicolas-de-Port) et dans le doyenné de Port. Au moment où fut rédigée notre charte, le primicier Etienne et Cunon étaient à la tête de ces circonscriptions ecclésiastiques. Quant à Albéric, il est certainement le curé de la paroisse de Nancy, le plus ancien qui nous soit connu.
Un dernier nom se trouve dans notre charte : celui de la duchesse Adélaïde. C'était la femme du duc Simon I er . Elle avait mené d'abord une vie fort mondaine, mais elle fut convertie par saint Bernard ; et à la mort de son mari, en 1 139, elle se retira au monastère du Tard, près de Dijon \ Son intervention en faveur de Molesme ne marqua-t-elle pas sa conversion? N'oublions pas que Robert de Molesme avait créé Citeauz, d'où était sorti saint Bernard.
K Vivêquc de Toul Henri confirme à Willencus abbé et aux moines de Molesme la possession de l'autel paroissial de Nancy et leur
1 . Cette charte a été publiée par M. Lepage [Recherches sur i 'origine et les premiers temps de Nancy dans les Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, i856, p. 181), note a. « Dux Tbeodericus avus meus . . . qui fratribus ibidem Deo servientibus. .. decimarum tam « grossarum quam minutarum omnium duas partes quas in manu sua tenebat donavit. . . qui « conductum etiam parrochianorum presbiterorum quantum ad ipsum pertinebat in perpetuum « possidendum dédit. » D'après le même .document, le duc Simon, fils de Thierry, a ajouté à ce don « décimas suas proprias toias tam in fructibus quam in pecoribus et aliis rébus quae « légitime decimantur ». Cela signifie que Simon l or a autorisé les moines de Molesme à lever les 2/3 de la dîme sur ses propres revenus.
a. Digot, Histoire de Lorraine, t. I, p. 3a 1.
L'ABBAYE DE MOLESME ET LES ORIGINES DE NANCY 2 3i
accorde les deux tiers des revenus, même des messes privées qui y seront célébrées (22 avril 1 161).
In nomint Patris et Filii et Spiritus Sancti. Henricus Dei misericordia Leucorum humilis episcopus Witlenco venerabili Molismensium abbali et fratribus ejus eorumque in perpetuum successoribus. Karilas Dei diffusa in cordibus fidelium nos ammonet ecclesiarum nobis commissarum sollicitudinem gerere et pauperum Christi quieti prospicere, si quidem quoniam pet se salis tuta non est apud improbos mores humilium spiritu simplicilas nec adversarii desinit mundi contemptoribus quorumdam malignorum dira cupiditas. Eapropter justum et rationabite nobis visum est ea qux a predecessore nostro felicis memorix venerabili Kiquino episcopo Guidoni abbati fratribusque ejus in ecclesia Molismensis cenobii Deo militantibus eorumque successoribus apud Nancei castrum data sunt collaudare et qux ab illo confirmata sunt ad tutelam futurorum prxsenti scripto corroborare. Confirmamus itaque tibi tuisque fratribus parrochiale altare de Nancei quod idem reverendissimus Kiquinus episcopus, predecessor noster, interventu religiosissimx ducissx Aleidis, ex consensu Stephani primicerii, archidiaconorum, cleri et tocius sux sedis, in perpetuam possessionem vobis eo tenore donavit et sigillo confirmavit ut J ... Prxterea, quoniam res ejusdem cellx videnlur esse modicx, ut sunt, ad prxdicta addimus ex parte nostra et confirmamus cellx et fratribus de Nanceio duas partes privatarum missarum et confessionum quas per totum annum devotio fidelium quibuslibet modis dederit presbitero sub cujus regimine et cura prxdicta parrochia deputata fuerit vel ei qui ibidem pro ipso serviet. Ex consensu prioris custos ibidem pro ipso serviet. Ex consensu prioris custos ibidem deputabitur. Statuimus etiam ut quicquid tam in fundo quam in mobili vel in pecudibus aut quibuslibet aliis rébus nominatim et specialiter dabitur pro sepulturis priori de Nanceio et fratribus suis monachis totum habeant et presbiter nihil retineat ab eis. Ne autem hujus nostrx confirmations memoria deleatur in posterum*. . . Anno ab incarnatione Domini M° C° LXH°, indictione VIHl*, epacta XXll a , concurrente VI. Datum Tulli per manum Walteri cancellarii, X. kal. maii. Ego Henricus episcopus signo et confirmo. S. Haymonis decani et archidiaconi. S. Henrici cantoris et archidiaconi. S. Pétri archidiaconi. S. Oh ici archidiaconi. S. Gualteri archidiaconi. S. Gualteri cancellarii. S. Albrici cape lia ni. S. Gualteri archipresbiteri.
(a e cartulaire de Molesme, fol. 141. Copie moderne, H 144, fol. 2 5 1 . Nous possédons, outre ces copies, l'original même de la charte, conservé aux archives de la Côte- d'Or, H a 38.)
Observations. — La charte présente est datée; mais le scribe semble avoir mal copié la date de l'incarnation dominicale. Si, au lieu de MCLXII, nous lisons MCLXI, tout concorde. L'année 1161 répond à l'indiction 9; le chiffre
1, On répète ici les termes de la charte précédente, depuis ut du* portiones tam terne jusqu'à nottrœ udi respondebit, moins toutefois la phrase Pars vero tertia jusqu'à totum ejus erit.
2. On répète ici les termes de la charte précédente, jusqu'à et vita detur tttrna, Amtn, avec cette unique différence : au lieu de hanc nostram donationem seu prxscriptam super ea ordinationtm, on lit : hanc nostram super hœ confirmationem.
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de l'épacte est 22, celui des concurrents 6. Nous n'hésitons dès lors pas à proposer cette correction 1161. A cette date, vivait Henri de Lorraine qui fut évéque de Toul de 1 126 à 1 1 65. Il était fils du duc Thierry I er et il était bien naturel qu'il donnât des avantages à une maison religieuse, fondée par son père et protégée par sa belle-sœur Adélaïde, dont le nom est rappelé dans cet acte. Willencus ou Guillencus gouvernait aussi à cette époque le monastère de Molesme. Il régit cette abbaye de 11 56 à 11 63 (Gallia christiana, IV, col. 734). La charte est souscrite par le doyen du chapitre de Toul, Haymon, dont le nom apparaît sur d'autres documents en 1160 et 1 1 63 (ib., XIII, col. 1062). Notre charte est donc de 1161, le dixième jour des kalendes de mai, c'est-à-dire le 22 avril.
La charte précédente avait réservé au curé de Nancy les revenus des messes privées que lui demandaient spécialement les fidèles. Il percevait aussi les sommes qu'on payait pour les confessions (voir Ducange, 4 confessio). Désormais, les deux tiers de ces redevances devaient revenir au prieuré Notre-Dame; ainsi, sur tous les revenus de la cure sans aucune exception le prieur touchait les deux tiers. Mais la réciproque n'était pas vraie. Le curé ne pouvait rien prétendre sur le produit des cérémonies religieuses célébrées à Notre-Dame, d'une façon spéciale sur celui des enterrements. Le curé a sous ses ordres un prêtre (custos) qui a la garde des ornements sacrés, qui sonne la cloche pour les offices, qui, au besoin, le remplace. Notre charte spécifie qu'aucun custos ne pourra être nommé sans le consentement du prieur de Notre-Dame et il ne pourra point remplacer le curé, sans sa permission expresse.
VI. Etienne abbé et les moines de Vabbaye de Molesme cldent aux moines de Clairlieu la part de dîmes qui leur revient sur une vigne laissée par le duc Mathieu J er à ces derniers religieux. Uune façon générale, ils renoncent à lever la dîme sur toutes les vignes que l'abbaye de Clairlieu posside sur la paroisse de Nancy, à condition quelle leur paie chaque année à la fête de Saint- Kemi ou à V octave dix sous toulois. Ce privilège ne s'étend qu'aux vignes exploitées directement par les religieux, non à celles qu'ils ont données à cens (1 180).
(i° cartulaire de Molesme, fol* 142. Copie moderne, H 144, foi. i5i.)
Observations. — La charte avait été faite en deux exemplaires, en forme de cyrographe. L'exemplaire laissé à Clairlieu a été conservé et se trouve aux archives de Meurthe-et-Moselle, H 527. L'exemplaire laissé à Molesme, nous a été aussi conservé, aux archives de la Côte-d'Or, à Dijon, H 2 38. Le mot du cyrographe est : Ave Maria, gratta pUna. Amen. L'acte a été publié d'après l'original de Nancy par M. Henri Lepage, L'abbaye de Clairlieu dans les Mémoires de la Société d* Archéologie lorraine, t. V, p. 160.
La charte porte la date de 1 180, indiction 14. (En réalité, cette année répond
L'ABBAYE DE MOLESME ET LES ORIGINES DE NANCY aî$
à Pindiction i3.) En cette année, Etienne III était placé à la tète de l'abbaye de Molesme. (Galiia christiana, IV, col. 735.) L'abbaye deClairlieu a continué de jouir de l'exemption de la dîme sur le territoire de Nancy jusqu'en 1 789.
Nous pouvons résumer de la manière suivante les principaux faits que les chartes publiées ou analysées plus haut nous apprennent :
i° La ville de Nancy existe dès la fin du xi° siècle. Elle est dès cette époque fortifiée. Devant la ville, sur un alleu appartenant au chevalier Gocelin de Parey,fut créé un prieuré que le duc Thierry I er , soumit à Pabbaye de Molesme.
2° A cette époque sur le territoire de Nancy s'élevaient deux églises, l'église paroissiale dans l'intérieur de la ville, l'église du prieuré Notre-Dame hors des remparts. Autour du prieuré s'étend dès la fin du xi* siècle un cimetière.
S Le prieur de Notre-Dame nomme le curé de Nancy : les deux tiers de tous les revenus de la cure, dîmes, offrandes, messes, etc., sans aucune exception, sont laissés au prieuré ; le curé ne jouit que d'un seul tiers comme portion congrue.
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