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Liber Pontificalis, II

a)8 JEAN GU1RAUD

Sainte-Croix de Jérusalem. Un incident de peu d'importance suffit pour rallumer la guerre et l'incendie : des Romains, nous dit Bertold de Constance, blessèrent un soldat de Robert Guiscard ' . De nouvelles batailles s'engagèrent, mais cette fois dans les quartiers du Latran et du Colisée qui avaient été jusqu'alors épargnés; le chroniqueur mentionne un combat qu'il ne faut pas confondre avec celui du Champ-de-Mars; car il eut lieu après la délivrance de Grégoire VII et sa rentrée dans le palais pontifical, « Castellum adiil (Wiscardus) indeque ssspeno minatum Hildebrandum educcns, ad castra perduxit; post hàec, bello cum Romanis commisso, maximam Urbis partent incendit 2 . » Les Romains furent de nouveau refoulés et une seconde fois, leur ville fut mise à feu et à sang par les vainqueurs. La région du Latran fut particulièrement maltraitée; c'est par les traits les plus sombres que les historiens nous en décrivent la dévastation. « Robert Guiscard, nous dit Cencius Camerarius, saccagea et brûla toute la région du Latran depuis l'entrée de la ville jusqu'au Colisée. » — « II mit le feu, dit le Liber pontificalis, à tous les quartiers avoisinant le Latran et le Colisée 3 . » « Il incendia la plus grande partie de la ville, mit à mort un grand nombre de citoyens, détruisit de fond en comble plusieurs églises, fit enchaîner des femmes mariées, et après les avoir violentées, les fit amener au camp, les mains derrière le dos. »

C'est dans ce grand incendie que fut détruit l'un des sanctuaires les plus vénérés de Rome, la vieille église des SS. Quatre Couronnés qui, cinq siècles auparavant, avait été construite par Honorius, et restaurée, au ix e siècle, par un de ses anciens prêtres-cardinaux, devenu le pape Léon IV 4 . Le liber pontificalis nous dit expressément, dans la vie de Pascal II, qu'elle avait été ruinée au temps de Robert Guiscard, prince de Salerne 5 . C'est là une allusion évidente au fameux incendie dont on devait garder encore un bien vif souvenir, trente ans plus tard, sous Pascal II. Lorsqu'il en ordonna la reconstruction, ce même pape reconnut que le feu l'avait complètement détruite et que de nom-

i. Acta SS. 2 S maii. « Majorem urbis partem igné consumpsit eo quod Romani quemdam ejus militem vulneraverunt. »

a. Mon» Gtrm» Script,* XII, 1 65.

3. Acta SS» a 5 maii; ex libro censuali Cencii Camerarii. « In ingressu ipsius civltatis, regionem Laleranensem ad Coloieum ferro et flamma combussit. » — Liber pontificalis, II, 190. « Région» illas circa Lateranum et Colosseum positas, igné combussit. » ■— Mon. Gcrm. Scrtptorts, XII, 1 65. <( Maximam Urbis partem incendit, civiurd plurlmos interfecit, ecclesias subruit, mulieres conjugatas» vinctis post tergum manibus, violenter prius oppressas, ad tabernacula adduci pnecepit. »

4. De Rossi. Bulletino di archtologia cris t tan a. 1879, P* 8l «

5. Liber pontificalis, II, 3o5. « Ecclesiam Sanctorum IIII Coron atorum, quae tempore Roberti Guiscardi, Salernitani principis, destructa erat, a fundamentis refecit. »

LE TITRE DES SAINTS QUATRE COURONNÉS AU MOYEN AGE a 3c,

breuses guerres avaient dévasté ses possessions et dépendances 1 . L'autel majeur avait été brûlé et il était encore en ruines lorsque, en 1 1 1 2, Pascal II y fit faire des fouilles pour découvrir les reliques qui y étaient conservées. Une inscription du xn c siècle dit que ce pontife « jussit cavare sub altari, quodpriuscombustum et fractum fuerat 2 .»

Et cependant c'était un des sanctuaires les plus vénérés de Rome; un grand nombre de corps saints y avaient été ensevelis, nous dit la bulle pontificale que nous publions ci-dessous, et il était inconvenant de les priver du culte qui leur était dû : « indignum valde videretur ut tôt sanctorum corpora, quae in eadem fuerant ecclesia tumulata, per tanta temporis interstitia, congruis carerent officiis 3 . » C'étaient les reliques extraites des Catacombes, que le pape Léon IV y avait déposées vers 85o. Le Liber pontificalis nous en donne la liste dans la vie de ce pape ; dans cette longue énumération, nous relevons des noms de saints pour lesquels les Romains avaient une dévotion toute particulière : Aquiia et Prisca, Marius, Audifax et Abbacuc, Hippolyte, Felicissimus et Agapit, enfin la mention des tètes de S. Prote, S e Cécile, S. Sébastien, S. Alexandre et S. Sixte 4 . Il n'est donc pas étonnant que Pascal II ait voulu relever de ses ruines et rendre à son ancienne splendeur un sanctuaire aussi vénérable. Qu'après l'incendie de Robert Guiscard, cette église ait été reconstruite et consacrée par ce pape, c'est ce qui ne fait aucun doute. C'est écrit en toutes lettres dans le Liber pontificalis 5 . Pierre de Pise, dans sa vie de Pascal II, nous le dit aussi 6 .

Cependant, sur la date de la consécration, ces deux documents se contredisent. Pierre de Pise la place le 20 janvier 1 1 1 2 ; le Liber pontificalis, le 20 janvier 1 116 : « anno pontificaius sui XVII, mense januarii, die XX. » Donnée avec tant de précision par un document presque officiel, cette dernière date nous semble plus probable. Ce qui la rend encore plus sûre, c'est que le 24 mai suivant, le pape dans une bulle en faveur de la même église pourvoyait aux besoins d'une communauté de religieux qu'il y avait' placée pour le service divin. Si l'église avait été consacrée en 1 1 1 2, et si elle était alors si dénuée de biens, comment admettre que le pape ait attendu quatre ans pour y

1. Cf. buile publiée ci-après. « Nostris sane temporibus Sanctorum I III Coronatorum ecclesiam tituli nom i ne insignem, igné consumptam nofimus et res ad eam pertinentes, multa bellorum diuturnitate pessundatas. »

2. Cité par M. de Rossi : Bull, di arch. crisi , 1879, p. 88.

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