Sidoine, Carm., II
Cette mort, que la chronique de Marcellin place en 464, mais qui nous semble devoir être reportée à 465 ! avait déterminé une véritable crise. Pendant deux ans, l'empire d'Occident était resté sans titulaire au grand détriment de la paix et de l'ordre publics. De tous côtés, les ennemis du nom romain s'agitaient, comme s'ils eussent voulu donner le dernier coup au vieil édifice ébranlé. Dès 464, Egidius, cherchant de tous côtés des ennemis à Ricimer, s'était adressé à Genséric 2 , et, en dépit de la mort de leur allié, les Vandales hâtaient les préparatifs d'une expédition contre l'Italie. En attendant, leurs vaisseaux ravageaient chaque année les côtes, tandis que la flotte, équipée contre eux, était forcée, par les vents contraires, de s'arrêter en Sicile -\ A la même époque, les Alains, jadis établis par Rome dans la vallée du Rhône, quittaient leurs cantonnements, passaient en Italie et la dévastaient, jusqu'au moment où Ricimer les battit à Bergame 4 . En Espagne, la mort de l'un des deux rois suèves, Frumarius, permettait à son compétiteur, Remismond, de réunir toutes les forces de la nation et de constituer ainsi une puissance redoutable 5 . A l'intérieur de la Gaule, des brigands ou Yargi pillaient les campagnes et interceptaient les communications 6 . Ricimer, quelles que fussent son énergie et son activité, ne pouvait venir à bout de ces difficultés 7 .
D'autre part, l'empire d'Orient n'était pas en état d'envoyer des secours aux Romains d'Occident. Léon, qui, depuis 457, occupait le trône de Byzance, n'était guère que le prête- nom du patrice Aspar 8 . Ce personnage, auquel l'arianisme qu'il professait interdisait l'accès du pouvoir, jouait en Orient le même rôle que Ricimer en Occident, et ne laissait à son maître qu'une autorité nominale. Occupé à des guerres contre les Perses, contre les Ostrogoths, contre les Huns dans la région du Danube 9 , Léon se voyait encore à la veille d'une guerre avec Genséric, qui, non content de dominer dans la Méditerranée occidentale, s'en prenait maintenant aux possessions de l'empire d'Orient 10 .