Bibl. nat., man. lat
s. Mémoires de CAcad, des lnscr., t. XV, p. 58o et suiv.
3oS AUGUSTE MÔLINIER
Tan 1274, et en attribuait la paternité à Guillaume de Nangis, qui y aurait fait entrer la substance d'une partie de sa chronique universelle. L'opinion de Lacurne est aujourd'hui abandonnée ; la chronique latine de Guillaume n'existait pas encore en 1274, et peut-être l'erreur singulière commise par le savant académicien sur ce point important a-t-elle rendu ses successeurs plus sévères pour le reste de son argumentation. Un peu après, l'abbé Lebeuf fournissait un nouvel élément pour la solution du problème, et signalait à l'Académie 1 un manuscrit depuis célèbre, conservé dès lors à la Bibliothèque Sainte- Geneviève, lequel donnait comme les exemplaires consultés par Lacurne la date de 1274 et renfermait en outre deux curieuses pièces de vers restées inconnues à ce dernier. Dans la première, en français, le poète s'adresse à un roi Philippe et lui offre le Roman des rois, auquel
Tant a cis travaillié qui Primaz est nommez, Que il est, Dieu merci, parfais et consumez. . .
Ce Primat, suivant Lebeuf, c'est l'abbé même de Saint-Denis, le célèbre Mathieu de Vendôme, qui doit ce sobriquet, ce titre si l'on veut, à sa haute situation.
D. Bouquet, ayant à traiter à son tour la question 2 , n'admet qu'en partie le système de Lebeuf; pour lui Primat est un simple copiste et le manuscrit de Sainte-Geneviève, loin d'être l'original offert au roi Philippe, n'est qu'une transcription assez fautive de ce même original.
De nos jours, la théorie s'est modifiée du tout au tout. Paulin Paris, en i838, voit dans Primat un moine de Saint-Denis, auteur de la chronique française jusqu'en 1224 et date l'ouvrage de 1274 3 . Cette manière de voir est partagée vers le même temps par Lacabane, qui dans une dissertation bien connue sur la partie des chroniques relative à Charles V 4 , fait de Primat le moine bénédictin qui paraît agenouillé dans la miniature du manuscrit de Sainte-Geneviève.
En somme, jusque vers 1840, on a daté de 1274 la rédaction de la partie primitive des Grandes chroniques. Un mémoire, aujourd'hui classique, de M. de Wailly, lu à l'Académie des Inscriptions en i84Ô 3 ,a tout remis en question, et d'autre part, une importante découverte de M. Paul Meyer a rendu le problème plus compliqué, en augmentant le bagage littéraire de ce Primat jusque-là si obscur.