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Mémoires, t. XVII, p

LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE AU XHIe SIÈCLE îo$

Paulin Paris, le premier, avait remarqué, en préparant son édition des Grandes chroniques, les rapports étroits existant entre la préface de ce dernier ouvrage et celle d'une autre chronique française du même temps que Ton appelle la chronique du Ménestrel d'Alfonse de Poitiers , traduction faite par un anonyme, ménestrel de ce prince français, d'une histoire latine en trois livres souvent citée et publiée en partie sous le titre de Gesta regum Francorum usque ad annum 12 14. Composée vraisemblablement à Saint-Germain-des-Prés, cette histoire latine fut plus tard mise en français, et à cette version, dans quelques manuscrits, est jointe une continuation conduisant le récit des événements jusqu'à 1227. Bien plus, cette compilation assez médiocre fut plus tard l'objet d'une nouvelle édition, datant de la première moitié du règne de Philippe-le-Bel ; le prologue de cette seconde récension n'a point été modifié, et si on y retrouve les passages copiés par les moines de Saint-Denis, auteurs des Grandes chroniques, d'autres y figurent qu'ils ont omis.

De plus, dans cette nouvelle rédaction, les livres I et II n'ont point été modifiés, mais il en va tout autrement du troisième et dernier. A partir du règne de Philippe I er , le récit s'étend et se développe, et l'histoire de Louis VI et de Philippe-Auguste est à peu près semblable à la partie correspondante des Grandes chroniques. De Wailly aurait pu en conclure que l'auteur de la nouvelle édition du Ménestrel, trouvant son original trop bref, avait emprunté à une compilation déjà existante, l'histoire des années 10601223. Il a fait au contraire de cette récension du Ménestrel une nouvelle étape pour ainsi dire dans la formation des Grandes chroniques. S'attachant à son opinion préconçue, il a jugé peu importante la preuve fournie jadis par Sainte- Palaye pour attribuer la rédaction de ces chroniques à l'an 1274, et sur ce point, il adopte le sentiment de D. Bouquet; si la liste des rois de France dans quelques manuscrits est poursuivie jusqu'à Philippe III qui ore règne en 1274, cette formule est suivant lui le fruit d'une faute de copiste; elle devait figurer dans une traduction de la vie de Philippe-Auguste par Rigord, traduction datant du règne de Philippe III, entrée plus tard dans les Grandes chroniques , mais qui a pu exister indépendamment de ce recueil, dans lequel on l'aura intercalée avec d'autres traductions de même nature. M. de Wailly termine en s'efforçant d'appliquer à Philippe III et non à s 1 Louis les expressions du poème latin du manuscrit de Sainte Geneviève. Inutile de poursuivre plus loin l'analyse de cette partie du mémoire, dont les conclusions, on verra plus loin pourquoi, semblent aujourd'hui peu acceptables.

3 io AUGUSTE MOLINIER

Le système de M. de Wailly ne rencontra tout d'abord aucun contradicteur. Mais une découverte, faite à Londres, par M. P. Meyer, en 1866, vint bientôt compliquer la question. Dans un manuscrit du Musée Britannique, ce savant trouva la traduction française par Jean de Vignay, d'une chronique embrassant les années i25o à 1285, chronique que le traducteur attribuait formellement à Primat 1 . Ce prénom étant fort rare au moyen âge, cette chronique ayant de grands rapports avec les ouvrages de Guillaume de Nangis, M. Meyer jugea avec raison qu'il fallait identifier cet historien jusque-là inconnu avec le moine de Saint-Denis nommé^dans le manuscrit de Sainte-Geneviève et non avec un homonyme, un autre Primat, chanoine à Cologne, cité par divers auteurs du xin e siècle, dont Salimbene, et par Boccace dans une nouvelle du Dccamcrone. Mais cette chronique de Primat paraît incomplète ; dès les premières lignes de la traduction de Jean de Vignay, il est fait allusion à des faits antérieurs. M. Meyer en concluait donc : i° que Jean de Vignay n'avait traduit que la dernière partie du texte latin original ; 2 que ce texte latin devait se composer d'une biographie de saint Louis et du fils de ce prince, Philippe III; 3° que ces deux ouvrages étaient une des sources utilisées mais non citées expressément par Guillaume de Nangis ; 4 qu'une étude attentive des procédés littéraires de Primat permettrait de retrouver, presqu'à coup sûr, dans l'œuvre de Guillaume, les passages empruntés par lui à ce même Primat, pour l'histoire des années 1226 à i25o.

M. Meyer s'efforce ensuite d'interpréter à son tour les pièces de vers, française et latine, du manuscrit de Sainte-Geneviève, dont l'une donne le nom de Primat. A la suite de ces pièces de vers se trouve aujourd'hui une traduction de la vie de saint Louis, par Nangis, mais cette partie du manuscrit est bien postérieure au reste, et la disposition des cahiers prouve qu'elle a été ajoutée à une date plus récente (xiv e siècle). M. Meyer suppose donc qu'à la place de l'ouvrage de Nangis, le manuscrit renfermait primitivement le texte latin ou plutôt français de l'ouvrage de Primat, et ce texte s'étendant, d'après Jean de Vignay, jusqu'en 1285, le roi Philippe, auquel s'adresse le rimeur français, ne saurait être que Philippe IV. M. Meyer, par un raisonnement tout différent, se trouvait donc amené à conclure, comme M. de Wailly, que les chroniques de Saint-Denis ne dataient pas de 1274, mais des premières années du règne de Philippe le Bel.

Quelques années après la découverte de M. Meyer, et au cours

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