Archives des missions, II, 3, pp
LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE AU XUIe SIECLE 3u
d'une polémique célèbre touchant le texte des enseignements de saint Louis, M. de Wailly a eu occasion de parler une fois encore des Grandes chroniques f . Sans s'expliquer sur la personnalité même de Primat, il estime cette fois, en premier lieu que la date de 1274, si controversée, ne provient pas, comme il le croyait en 1847, d'une traduction isolée du texte de Rigord, mais appartient à un premier essai de compilation historique en français, achevé seulement au début du règne de Philippe le Bel. II admet ensuite avec M. Meyer que le manuscrit de Sainte-Geneviève renfermait primitivement la vie de saint Louis et de Philippe le Hardi par Primat, traduite en français et que ce texte a été remplacé plus tard par la traduction de l'ouvrage de Guillaume de Nangis, sans donner d'ailleurs aucune raison plausible pour expliquer cette singulière mutilation.
Après cet exposé fastidieux, mais nécessaire, des opinions émises jusqu'ici sur la question, exposons h notre tour un nouveau système.
Le texte de Primat trouvé par M. P. Meyer, à Londres, a paru en 1876, dans le tome XXIII des Historiens de France, mais bien que ce texte ait été examiné plusieurs fois, la première étude complète dont il ait été P.objet est celle de M. Hermann Brosien parue en 1 879 2 . M. Brosien, écrivant après le savant mémoire de M. Delisle sur Guillaume de Nangis, n'a pu modifier que sur quelques points les théories de son illustre prédécesseur ; pour Primat, au contraire, ses remarques sont beaucoup plus nouvelles et, sur la plupart des points, il paraft avoir raison. Il admet l'identité de Primat, moine de Saint-Denis, nommé par la pièce de vers français, avec Primat, auteur de la chronique traduite par Jean de Vignay. Puis, sans se prononcer sur la composition primitive du manuscrit de Sainte-Geneviève, il fait remarquer que la biographie de saint Louis, dont M. Meyer a supposé l'existence dans ce manuscrit, ne saurait être identifiée avec la chronique traduite par Vignay. On pourrait seulement supposer que, comme Nangis, Primat avait composé d'une part une chronique universelle, d'autre part une biographie de ce roi. A quelle année commençait la chronique dont nous avons une version française ? On ne saurait rien affirmer à cet égard. Guillaume de Nangis a fait passer dans ses Gesta Ludovici une bonne partie de l'ouvrage ; la copie est parfois textuelle, et ces ressemblances ne sauraient s'expliquer comme on l'a voulu par