Bibl. de l'EcoU des Chartes, XXXV, pp
2. Dans le Nettes Archi» der Gesellschaft fur «Itère deutsche Geschichtskunde, IV, 427-508 et surtout 439-462.
3i2 AUGUSTE MOUNIER
l'existence d'une source commune. Mêmes rapports entre cette chronique d'une part et les Gesta Philippi d'autre part, jusqu'à Pan 1277 ; mais à partir de cette date, les deux textes s'éloignent. M. Brosien remarque avec raison que, dès lors, le récit traduit par Jean de Vignay change absolument de caractère ; d'une part il est plus court (7 chapitres seulement pour huit ans fort remplis de faits), et d'autre part, entre cette portion du texte de Primat et la chronique universelle de Nangis, les ressemblances sont nombreuses. Il conclut donc que l'œuvre primitive de Primat s'arrêtait à 1277, et que la fin, traduite par Jean de Vignay, n'y a été ajoutée que plus tard, au début du xiv c siècle. Puis il ajoute : Ces assertions se transformeraient en certitude si on trouvait une autre traduction des récits de Primat, s'arrêtant à 1277; or, il existe justement un historien qui a utilisé Primat, et cela seulement jusqu'à cette date.
Cet historien est l'auteur de la chronique française dite de Baudouin d'Avesnes. On appelle ainsi une compilation assez mal ordonnée, renfermant une histoire universelle jusque vers l'an 1277; des fragments considérables en ont paru dans le tome XXI des Historiens de France et dans le tome XXV des Scriptores. L'auteur s'est contenté de juxtaposer ses emprunts sans les fondre. Jusqu'à l'an 1 25o, il suit Vincent de Beauvais, puis, après quelques chapitres empruntés à une autre source et conduisant le récit jusque vers 1265, il revient en arrière, donne de longs fragments empruntés à Primat et atteint ainsi l'année 1277. Pour diverses raisons, il est impossible de supposer que la chronique dite de Baudouin d'Avesnes soit l'original et celle de Primat la copie. D'autre part, il est également impossible d'expliquer les emprunts faits à Primat par les rédacteurs de la chronique de Baudouin, par la connaissance du texte de Guillaume de Nangis. Il faut donc que les copistes du sire d'Avesnes aient eu entre les mains la chronique même traduite plus tard par Jean de Vignay; mais ils n'ont point connu la partie relative aux années 1 278-1 285, traduite par ce même Vignay. Donc l'ouvrage s'arrêtait primitivement à l'an 1277 et était sans doute resté inachevé.
Si nous avons tenu à exposer aussi longuement les résultats des recherches de M. Brosien touchant la forme primitive de la chronique de Primat, c'est qu'on peut en tirer une conséquence fort importante pour l'objet même de ce mémoire. Si Primat a arrêté sa rédaction à l'an 1277, date qu'aucun fait important ne désigne à première vue pour terme final d'une œuvre aussi considérable, c'est, toutes les vraisemblances l'indiquent, que la mort l'a enlevé peu après cette même année, sans lui permettre de pousser plus loin son travail.
LES GRANDES CHRONIQUES DE FRANCE AU XIII e SIÈCLE Jiî
Quelle que soit la valeur de cette hypothèse, qui est au moins vraisemblable, il est d'autre part inadmissible qu'un chroniqueur, dans la force de l'âge vers 1277, ait pu près de vingt ans plus tard achever une œuvre aussi considérable que les Grandes chroniques. Cette date extrême de 1277 que nous admettons, avec M. Brosien, a encore l'avantage de nous rapprocher de celle de 1274 fournie par plusieurs exemplaires des chroniques de Saint-Denis.
En lisant notre exposé, on aura pu remarquer que le point important dans ces discussions, est la date et la composition primitive du manuscrit de Sainte-Geneviève. Suivant qu'on l'attribue à la fin du xin e siècle ou au xiv e , suivant qu'on admet ou non l'existence à l'origine d'une vie de S. Louis formant la fin du volume, on datera la rédaction primitive des Grandes chroniques du règne de Philippe III ou de celui de Philippe IV.
Sur la date même du manuscrit, on a beaucoup discuté ; l'examen attentif de l'écriture et de l'ornementation permet, croyons-nous, de le dater de la fin du xm c siècle, mais loin de nous la prétention d'en faire le manuscrit original de la première rédaction des Grandes chroniques. C'est l'œuvre d'un copiste, scribe moins exact que bon calligraphe, et quelques fautes qui déparent le texte prouvent qu'il n'a pas toujours exactement compris ce qu'il transcrivait. En tout cas le volume a une provenance illustre ; il a fait partie de la Bibliothèque du Louvre au temps de Charles V et a servi de modèle à l'exemplaire des Chroniques de France, exécuté par ordre de ce prince et sous la direction de son chancelier et historiographe, le célèbre Pierre d'Orgemont ! .
La première partie du volume renferme le texte des chroniques jusqu'à la mort de Philippe-Auguste (i223). A la suite (fol. 326 v°) on trouve une peinture occupant toute la largeur du feuillet et représentant un roi de France, auquel un moine bénédictin à genoux offre un volume ; auprès du moine, un abbé debout. Au-dessous, 28 vers français rimant quatre à quatre ; voici le premier couplet :
Phelippes, roi de France, qui tant est renommés, Je te rens le romans qui des rois est nommés. Tant à cis travaillié qui Primaz est nommez, Que il est, Dieu raercy, parfais et consummez.
La suite n'a aucune importance pour notre sujet. Puis sur le même
l. Voir à ce sujet l'édition de P. Pari», VI, p. 50M04,