Ibid., IV
3i8 PAUL THIRION
le même moyen, tendrait à prouver qu'il était bien en accord avec les habitudes et le caractère du pays. Mais ce qui le démontre mieux encore, ce qui fait voir qu'il s'agit ici d'une coutume particulière, non au comté, mais à toute ia province de Champagne, c'est que le mouvement s'étendit à la région où dominait, non plus le pouvoir des comtes, mais celui de l'archevêque et des riches églises de Reims, Notre-Dame, Saint-Nicaise et Saint-Remy.
Une fois la Marne passée dans la direction du Nord, on trouvait bien encore des territoires relevant des comtes de Troyes, mais le plus souvent les localités rurales dépendaient d'un seigneur ecclésiastique. On peut facilement en juger par rénumération faite dans une charte de Philippe I er des villages appartenant à la seule abbaye de Saint- Remy \ On n'y compte pas moins de 3ç villages et petites villes, la plupart, il est vrai, voisines de Reims, mais un certain nombre aussi hors du pays rémois \
L'archevêque et le chapitre possédaient de la même manière une grande partie des départements actuels de la Marne et des Ardennes. La Champagne du Nord se trouvait ainsi être terre d'église, et l'influence du comte y était fort restreinte. Par contre, les seigneurs ecclésiastiques disposaient de moyens très -puissants pour résister aux réclamations de leurs sujets, s'ils l'eussent voulu. L'archevêque de Reims était l'un des plus grands personnages du royaume et, pendant le xn e siècle, le siège de saint Remy fut occupé par des hommes d'un talent peu commun et d'une influence énorme : Henri de France et Guillaume de Champagne 3 , l'un frère, l'autre beau-frère du roi Louis VII et ministre de Philippe-Auguste. Leur politique cependant, celle du second surtout, fut vis-à-vis de leurs sujets la même que celle des comtes, de Henri le Libéral (i i52-i 181), de Thibaut III et de Thibaut IV. Comme eux, aux concessions de franchises, Guillaume joignit l'institution d'échevinages et les églises qui relevaient de lui les imitèrent.
Les archives de Reims contiennent six de ces chartes, dont cinq ont
i. Varin, Archives administratives de Reims, I, 34a. Ânn. t 1090. Voir également la charte en faveur de S. Nicaise. Marlot, éd. latine, I, 620-621; Ann. 1066.
a. Ces villages sont : Crugny, Sapicourt, Janvry, Coulommes, Sacy, Ville-en-Selve, Villers-Allerand, Chézy, Condé-sur-Marne, Isse, Ville-Domange, Courtisols, Domrémy, Condéen-Langrois, Alliancelles, Villers-en-Argonne, Drouilly, Louvemont, Sept-Saulx, Taissy, Vrilly, Murigny, Hermonville, Thil,Cbenay, Craonne, Coubery, Sault-Saint-Remy, Bazancoart, Beine, Herpy, Thugny, Vieux-Saint-Remy, Bairon, Gerson, Juniville, Givry-en-Argonne, Pombair, Chagny, plus diverses possessions non spécifiées dans le Porcien.
On voit que les propriétés de Saint-Remy s'étendaient sur toute la largeur du département actuel de la Marne, et même au delà.