Sidoine, Ep, I
A plusieurs reprises, en effet, Sidoine laisse entendre qu'il s'est chargé d'une affaire de la plus haute importance ! . Au cours de ce voyage, durant lequel il prononça le panégyrique de l'empereur, il obtint le titre de préfet de la ville. Peut-être faut-il voir dans cet honneur accordé au poète autre chose que la récompense excessive de quelques vers ampoulés : en y regardant de plus près, on est tenté de considérer cet acte de la munificence impériale comme une mesure politique propre à concilier à Anthemius l'affection des populations Gallo- Romaines. Au moment de réorganiser la Gaule, l'empereur devait tenir à avoir près de lui un personnage influent capable de se faire l'interprète des vœux et des doléances de ses compatriotes, opinion que viennent corroborer les honneurs accordés aux parents et amis de Sidoine 2 . En rattachant à lui cette famille, Anthemius fortifiait l'autorité impériale, et du même coup prenait ses précautions contre les menées possibles des Barbares.
La précaution était sage : il existait, en effet, dans la Gaule Romaine un parti wisigothique dont les origines remontent à l'établissement même des Barbares, et dont l'action se manifeste sous Euric par des complots et des intrigues.
Les Wisigoths, nous en avons la preuve par différents passages de Salvien, avaient été accueillis sans protestations par les populations. Ecrasés par la fiscalité et l'inégale répartition des charges, ruinés par les exactions de l'administration municipale, réduits par la misère à se sauver chez les Barbares ou à s'enrôler dans les bandes de Bagaudes, les hommes des classes inférieures avaient reçu les Wisigoths presque comme des libérateurs, trop heureux d'acheter de la perte de quelques-uns de leurs biens la jouissance paisible du reste, et de profiter, à ce prix, d'une justice et d'une tranquillité relatives sous des
1 . Une lettre adressée à Heronius montre avec quel intérêt les grands personnages de Gaule suivaient ces négociations et quelles espérances ils en concevaient (Sidoine, Ep. I, 5). Une autre lettre nous apprend l'arrivée à Rome, à la même époque, d'une ambassade arverne à laquelle Sidoine promet son appui (Sidoine, Ep. I, 9). Notons, enfin, qu'il se produit en Gaule, à cette époque, une sorte de réveil de la vie politique, dont témoignent certaines de ces lettres (Sidoine, Ep. I, 6). Dans toute cette affaire, Sidoine manifeste une grande activité. A son hôte Paulus, il demande de lui enseigner des patrons qui le recommandent à la cour et secondent le mieux possible ses espérances : sur ses conseils, il s'adresse à deux consulaires, Avienus et Basilius. C'est ce dernier qui l'engage, afin de l'introduire plus avant dans la faveur du prince, à écrire un panégyrique d'Anthemius, prononcé aux kalendes de janvier 468 lorsque Anthemius reçut le consulat pour la seconde fois (Sidoine, I, 9).
a. Arvandus, préfet du prétoire des Gaules, et son assesseur Pragmatius comptent, en effet, parmi ses amis: Gaudentius, vicaire des Gaules, et son neveu ; Ecdicius, enfin, son beau-frère, nommé maître de la milice, reçoit la promesse du titre de patrice (Sidoine, I, 8, I, 4, V, 8, III, 8). Cette distribution de hautes fonctions était une réponse aux plaintes des Gallo-Romains, c'était aussi une mesure d'une portée politique plus grande encore. La famille qu'Anthemius comblait ainsi de ces bienfaits, était celle d'Avitus, jadis élevé à l'empire grâce à l'accord des Wisigoths et des nobles gallo-romains.
maîtres plus humains et plus doux que les Romains 1 . Aussi les populations aquitaniques s'étaient prononcées en faveur des Barbares. Dans certaines villes, il est vrai, à Bazas, par exemple, l'occupation wisigothique avait déterminé le massacre des nobles 2 . Mais ces violences n'avaient pas duré. La noblesse, elle aussi, se ralliait aux vainqueurs Paulin de Pella le constate avec regret 3 . Les rois de Toulouse, en effet, n'avaient pas cessé de faire des avances aux Romains, et avaient élevé aux plus hautes dignités ceux qui avaient consenti à entrer à leur service. Théodoric I a pour secrétaire un Romain : dans les armées de Théodoric II nous trouvons des généraux comme Arborais 4 . Même, au milieu du siècle, Wisigoths et Romains avaient paru sur le point de se mettre d'accord pour transférer en Gaule le centre de l'empire d'Occident : le choix d'Avitus en est la preuve 5 . Il fallait, en effet, pour réussir dans cette entreprise une force militaire solide et la noblesse gallo-romaine espérait la rencontrer chez les Wisigoths. Ceux-ci, de leur côté, se prêtaient volontiers à une combinaison où ils pensaient trouver leur profit. Après la mort d'Avitus, Majorien, grâce à son habileté et à son énergie réussit à ressaisir la Gaule ; mais après lui, les choses se brouillèrent de nouveau et les intrigues recommencèrent. Peut-être, au moment de rompre avec Ricimer, Egidius en quête d'alliés songea-t-il à se ménager l'appui de Théodoric II. Fauriel 6 le laisse entendre sans apporter aucun texte à l'appui de cette hypothèse. Plusieurs passages de Sidoine Apollinaire attestent au contraire l'entente cordiale de Théodoric et des partisans de Sévère 7 .
Mais il est bien certain aussi, que secrètement le roi des Wisigoths entretenait des intelligences avec une fraction de la noblesse galloromaine 8 . Ces intrigues se traduisirent, sous Euric, par les complots de Seronatus et d'Arvandus.
i. Salvien, Dt gubernatione Dei, V, 7, 4 ; II, 18 ; V, S.