ÉLIE BERGER
semble que l'innocence de Pierre Pillait fût démontrée; cependant on le laissa « en vilaine prison » ; le temps de sa captivité s'étendit de la mi-carême aux environs de Noël. Un jour, la femme qui le gardait lui dit qu'il allait être mis en prison jurée, à toujours. Le chagrin le rendit malade ; il appelait la mort. Il demanda la confession et la communion; elles lui furent refusées. Il prit le parti de s'évader et de se réfugier « en l'esglise de la Mère Dieu ». Il faut lire le débat qui alors s'engage entre le prévôt, qui veut avoir son homme, et le prisonnier, qui se réclame de messire Jean d'Acre, qui demande à être ramené en prison et jugé par ses pairs, ou, si le bailli n'y consent, à être remis dans le lieu saint qui lui sert d'asile. Le prévôt lui répond : « Je ne vous le ferais pas, car j'aurais peur de ne pouvoir vous remettre ici, si vous en aviez besoin. Mais, s'il vous plaît, souffrez qu'il y ait ici un homme, en un anneau, par un pied, et vous par l'autre. » Voilà comment on traitait un chevalier, dont l'innocence sautait aux yeux, dont le prompt jugement avait été ordonné par un grand officier de la couronne, cousin du roi.
La requête, on le voit, ne manque pas d'intérêt. La supplique de Pierre Pillart au roi de France est vraiment touchante, dans sa naïve incorrection. Nous y remarquons surtout la confiance du malheureux chevalier en la justice de son prince, la fierté avec laquelle il rappelle ses campagnes sous saint Louis et Charles d'Anjou. Il nous reste à faire, au sujet de ce curieux document, une dernière observation : au treizième siècle, c'était bien la France qu'on était réputé servir, quand on allait se battre, pour le frère de saint Louis, contre les Marseillais ou dans le royaume de Naples.