Lettres publiées dans Rymer (éd. de 1745), I
LES PAIRS DE FRANCE A LA FIN DU XUIe SIÈCLE *5$
taine. Edouard joua d'audace et envoya son frère, Edmond de Lancastre, remettre spontanément le duché entre les mains de Philippe le Bel ' ; puis il transmit à ses officiers d'Aquitaine des ordres tels que la lutte devint inévitable 2 et éclata à un moment où Edouard était mieux préparé à la soutenir et sans que le tribunal des pairs eût eu le temps d'être convoqué et de publier sa sentence redoutée.
Le comte de Flandre, Gui de Dampierre, n'était pas un diplomate de pareille valeur; il s'en fallait de beaucoup. Il se laissa circonvenir par Edouard I er , qui cherchait à créer des embarras au roi de France sur la frontière du Nord, de façon à dégager l'Aquitaine. Gui de Dampierre, ébloui par les promesses du monarque anglais, se prit à quereller son suzerain, réclamant, au moindre différend, le jugement des pairs de France. Philippe le Bel, sans s'émouvoir, citait Gui de Dampierre devant son Parlement et le faisait condamner. Finalement, le comte de Flandre envoya au Roi la célèbre mission représentée par les abbés de Floreffe et de Gembloux 3 , déclarant que le roi de France s'était rendu coupable vis-à-vis de lui de déni de justice 4 , en sorte que, lui, comte de Flandre, se trouvait justement dégagé de tout lien de vassalité. Sur ce point, les historiens modernes ont donné raison à Gui de Dampierre : « Déni de justice fait par le Roi au Comte : Gui voulait et devait être jugé par ses pairs 5 . »
La question devient intéressante parce que nous pouvons la serrer de près. Avant de se prononcer, les écrivains modernes n'ont pas regardé les faits d'une manière attentive ; ils ne se sont pas rendu compte des circonstances dans lesquelles le litige devait être déféré aux pairs de France. Ils ont négligé d'entendre Gui de Dampierre lui-même. Le comte de Flandre s'exprime avec la plus grande clarté : « Par coutume, les pairs en devaient être juges, écrit-il à Philippe le Bel 6 , comme la querelle était de la saisine de toute la pairie, »
i. Voy. lettres d'E dm. de Lancastre, données à Paris, le 3 février 1294; éd. Rymer, I*, ia3. a. Voy. mandera. — H94, 5 mai, Paris — de Philippe le Bel à Edouard I er ; éd. Rymer, I 1 , 128-29.
3. Lettres — 1297, 9 janvier, s. I. — de Gui de Dampierre, pub!., avec le procès-verbal de la mission des abbés de Floreffe et de Gembloux, par Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, II, 559-73.
4. Gui de Dampierre précise ce point dans sa réponse aux évêques d'Amiens et du Puy, qu'il reçut à Court rai, le 18 février 1298. « Cornes répondit : quod ab eo tempore quo idem « dominus Rex, qui nunc est, regimen regni assumpsit, super multis gravaminibus sibi per pares « jusliciam, secundum convenciones habitas inter predecessores suos etdicti domini Régis, licet « requisitus pluries et sufficienter, facere denegavit, et in jure defecit eidem, propter quod ab ip- « sius obediencia se liberum totaliter reputabat. » Publ. par Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, II, 577.
5. A. Durande, Positions des thèses soutenues à l'École des Chartes, le 28 janv. 1S61.
6. Lettres du 9 janvier 1297, publ. par Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre, II, 56 9 .