LA CHRONIQUE DE FLANDRE
JUSQU'EN i3 4 2
Par H. PIRENNE
On sait que Ton désigne par le nom de Chronique de Flandre une vaste compilation anonyme du xiv e siècle, rédigée en français, qui, sous sa forme la plus développée, commence au soi-disant forestier Lideric d'Harlebeke, pour s'arrêter en 1 383. Nous en possédons deux éditions complètes. La première, due à Denis Sauvage, parut à Lyon en i562 x , la seconde est celle que Kervyn de Lettenhove a donnée en 1879 2 . En outre, N. de Wailly a publié dansle t. xxn (pp. 331-429) du Recueil des historiens de la France la partie du texte qui va du milie du xm e siècle à l'année i328 3 .
1 . Chronique de Flandres anciennement composée par auteur incertain et nouvellement mise en lumière par Denis Sauvage, historiographe de très chrestien Roy Henri second du nom. A Lyon, i562, in-4 .
2. Istore et Croniques de Flandres, Bruxelles, 1879, * y °l* » n "4° (Collection de chroniques belges inédites). Sous le nom d' Istore et Croniques de Flandres, Kervyn de Lettenhove a publié tout à la fois la Chronique de Flandre et l'abrégée de la chronique dite de Baudouin d'Avesnes avec ses continuations. II a coupé les deux textes en chapitres correspondant aux règnes des divers comtes. Pour chaque règne, il donne d'abord la relation de la Chronique de Flandre, puis sous la rubrique « autre relation », celui de la chronique de Baudouin. Les deux récits sont donc enchevêtrés l'un dans l'autre et le lecteur doit chaque fois se reporter au commencement du chapitre, pour savoir s'il a sous les yeux le premier ou le second. Cette disposition singulière, jointe a l'absence complète de tables, rend très malaisé l'usage de l'édition de Kervyn. Les pages qu'y occupe la chronique de Flandre sont les suivantes : t. I, pp. 1-4, 17-19» 26, 3i-37, 39-41, 43-45, 5o-55, 70-75, 77-87, 104-141, 156-175, 171-236, 354-282, 291-319, 328-354, 360-410. La partie de la chronique contenue dans le t. 11 se confond comme on le verra plus loin, avec la continuation de Baudouin d'Avesnes, et l'on a pas à s'en occuper ici.
3. Lt partie du texte publiée dans le Recueil des historiens de la France correspond aux pp. 140-341 dt l'édition de Kervyn de Lettenhovt.
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Sauvage n'a eu à sa disposition qu'un seul manuscrit, aujourd'hui disparu, qui datait probablement du xv e siècle. Au lieu de l'imprimer tel quel, il en a rajeuni la langue « qui, dit-il, se fust trouvée rude aux délicates oreilles de ce temps ». Le fragment du Recueil des historiens a pour base le ms. 2799 de la Bibliothèque Nationale ; l'éditeur s'est servi de plus du ms. 2o363 qui fournit une relation plus abrégée dont il a donné en note de nombreux passages. Quant à Kervyn de Lettenhove, il a utilisé un nombre de mss. relativement considérable. Malheureusement il a négligé d'en faire le classement. On serait heureux de savoir par quelle raison il s'est décidé à reproduire la recension dums. 56 11 de la Bibliothèque Nationale. Ce ms. contient le môme texte que celui de Sauvage et présente visiblement une étroite parenté avec le ms. 2o363 du Recueil des historiens. Mais, en revanche, il diffère beaucoup du ms. 2799 dont le récit, comme on vient de le dire, est généralement plus détaillé. Il eût donc été à propos de comparer les deux textes et de fixer le rapport qui existe entre eux. Kervyn n'a pas jugé nécessaire de s'acquitter de cette besogne. Il s'est borné à donner les variantes du ms. 2799 pour l'époque postérieure à 1342. Dans la partie de la chronique qui s'occupe des événements antérieurs à cette date, il ne l'a pas utilisé. Ajoutons qu'il ne semble pas avoir soupçonné l'existence de l'édition de de Wailly qu'il ne cite pas une seule fois.
En somme, dans l'état actuel des éditions, nous disposons de deux versions de la Chronique de Flandre. La plus détaillée est celle qui est imprimée partiellement dans le Recueil des historiens ; la seconde, qui semble n'être qu'un abrégé de la première, est représentée par le texte rajeuni de Sauvage et par celui de Kervyn. C'est seulement de cette seconde version, beaucoup plus répandue que l'autre, qu'il sera question dans les pages suivantes '. Si depuis le xvi e siècle la Chronique de Flandre a été fort employée par les historiens, personne cependant n'a encore songé à la prendre pour sujet d'un travail critique. Son dernier éditeur n'a cherché sérieusement ni à fixer la place qui lui revient dans l'ensemble de l'historiographie flamande, ni à en déterminer les sources. Après lui, il est vrai, divers érudits ont été amenés à en étudier certains passages ou à signaler quelques-unes des particularités qu'elle présente. Mais, pour précieux que soient les résultats obtenus, Ja question est loin d'être épuisée, et il y a, ce semble, quelque
1 . L'étude des rapports qui existent entre les deux versions nécessiterait un examen attentif des manuscrits que je n'ai pas pu entreprendre. Le lecteur voudra donc bien observer que les mots Chronique de Flandre ne désignent dans ce travail que le texte publié par Sauvage et par Kervyn de Lettenhove.