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LES SOURCES DE LA CHRONIQUE DE FLANDRE

intérêt à en entreprendre un examen d'ensemble et à établir certains points de repère qui pourront être utiles à ceux que tenterait plus tard le problème.

Bien qu'il soit donné à un récit qui, dans la plupart des manuscrits, s'étend jusqu'en 1 383, le nom de Chronique de Flandre ne convient, en réalité, qu'à la partie du texte qui s'occupe des événements antérieurs à 1342. A partir de cette date, en effet, notre chronique se confond avec la continuation de l'abrégé de la chronique attribuée à Baudouin d'Avesnes, continuation qui n'est elle-même autre chose, comme MM. Molinier l'ont clairement démontré, que la recension abrégée de la Chronique Normande 1 . Nous n'aurons donc à nous occuper ici que de la première partie de la chronique, qui seule constitue une œuvre indépendante. Mais, pour le dire tout de suite, son indépendance, n'est qu'apparente. En étudiant la Chronique de Flandre jusqu'en 1342, on constate sans trop de peine qu'elle ne consiste qu'en la réunion dç récits empruntés à des sources aussi différentes par leur date que par leur origine, et mis bout à bout par un compilateur anonyme.

I. Jusqu'à la mort de Guillaume de Normandie en 1 128 (Sauvage p. 11, Kervyn p. 41), notre texte présente un résumé de la traduction française de la Genealogia comitum Flandrie, connue sous le nom d'Ancienne chronique de Flandre. L'abréviateur doit avoir eu sous les yeux un manuscrit un peu différent de ceux qui ont été publiés par De Smet 2 et par Kervyn de Lettenhove 3 . Ça et là, il a intercalé dans le récit quelques détails qui décèlent en lui un habitant de Saint-Omer ou de la Flandre française 4 . Son travail, exécuté d'ailleurs avec une grande négligence 5 , n'a aucune valeur et il est inutile de s'y arrêter plus longuement.

1. A. et E. Molinier, Chronique Normande du xiv° siècle, préface, p. VII. Le récit de la Chronique de Flandre s'arrêtant en x 383 est, à vrai dire, un peu plus long que celui de la Chronique Normande qui ne dépasse pas l'année 1372. Mais nous n'avons pas à tenir compte ici de cette addition finale qui se retrouve tout entière dans la continuation des chroniques de Baudouin d'Avesnes et n'appartient pas à la Chronique de Flandre. A proprement parler, celle-ci n'est constituée que par le récit des événements antérieurs a 1342. Certains mss. d'ailleurs ne renferment pas la continuation postérieure à cette date. Voy. Kervyn, préface,

p. XXIII.

2. Corpus chronicorum Flandrix t t. II, p. 3 1 et suiv. 3., Les chronikes des comtes de Flandre, Bruges, 1849.

4. Voy. par exemple Kervyn, lstore, etc., p. 4 (notice sur la fondation d'Anchin), p. 3a (description de la tombe de Baudouin à la hache), p. 36 (supplice d'Isaac, meurtrier de Charles le bon par les bourgeois de Saint-Omer), p. 41 (description de la tombe de Guillaume de Normandie).

5. Ibid., p. 35. L'abréviateur parle du retour de Charles le bon de France en Flandre, sans s'apercevoir qu'il a oublié de dire antérieurement que le comte s'était absenté pour le service du roi.

II. M. L. Delisle a montré récemment que la Chronique de Flandre a utilisé une histoire des rois de France rédigée en français, contenue dans le ms. 6295 du fonds des Nouvelles acquisitions françaises de la Bibliothèque Nationale 1 . Les emprunts faits par elle à cette source vont du règne de Thierry d'Alsace aux événements qui suivirent la bataille de Bouvines 2 (Sauvage, pp. n-41; Kervyn, pp. 43-1 2 5). Le compilateur a sauté gauchement du texte de l'Ancienne chronique à celui de l'histoire des rois de France. Il ne s'est pas donné la peine de chercher une transition pour dissimuler la soudure, qui reste visible. La marche de la narration est brusquement interrompue comme par un heurt après la mort de Guillaume de Normandie, et le lecteur se sent jeté sur une autre voie 3 . C'est non seulement la forme, mais encore la matière même du récit, qui changent subitement. Jusqu'à Thierry d'Alsace, il n'a été exclusivement question que de- la Flandre. Désormais, nous n'avons plus affaire qu'à un abrégé d'histoire de France. Si l'on n'était prévenu par le titre, on ne se douterait pas que l'on a sous les yeux une chronique flamande. On n'y peut relever, en effet, aucune touche de couleur locale, aucune trace de tradition nationale. Les quelques mots qui sont consacrés à Thierry et à Philippe d'Alsace ne sont amenés que par les relations de ces princes avec le roi et par le rôle qu'ils ont joué pendant les croisades. Si Ferrand de Portugal est un peu mieux traité, c'est tout simplement parce qu'il figure au premier rang des ennemis de Philippe Auguste. Mais en revanche, le règne de Jeanne de Constantinople est entièrement sacrifié. Manifestement, l'abréviateur ne soupçonne même pas l'existence d'une historiographie flamande. Il ne s'inquiète pas de savoir quelle a été, dans leur pays même, l'importance des comtes du xn c et du commencement du xin e siècle. De leurs luttes avec les seigneurs locaux, de leurs rapports avec les villes ou avec les princes voisins, pas un mot. Il ne voit en eux que de grands vassaux combattant leur suzerain. Il n'a pas cherché à intercaler dans la trame de l'histoire des rois de France qu'il a abrégée, quelques épisodes empruntés à la tradition flamande. S'il ajoute quelque chose à sa source, ce sont de longues digressions sur les croisades, puisées dans la chronique d'Ernoul 4 . Ça et là, il est

1. Nolicc sur la chronique d'un anonyme de Béthune du temps de Philippe-Auguste. (Notices et extraits des mss. de la Bibliothèque nationale, t. XXXIV, i™ partie, p 378.) Cf. Petit Dutaillis, Revue hist., t. L, p. 70.

3. M. H. Van de r Linden a bien voulu comparer, à ma demande, le texte de la Chronique de Flandre avec celui du ms. 6295, f 0B 44-62. Je lui en adresse ici mes vifs remerciements.

3. Comparez dans l'édition de Kervyn, Istore, etc., la fin de la page 41 et le commencement de la page 4 3 .

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