‹ Etudes d'histoire du moyen ageChapitre 268 sur 326 · Chronicon Anglix, p. 321-322, et Walsingham, H · texte numérisé non relu

Chronicon Anglix, p. 321-322, et Walsingham, H

3. Knighton, II, 138-140. — Chronicon Anglix, p. 322, et Walsingham, H, 33-34.

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lièrement nombreux en Angleterre, à l'époque de la révolte ; et ce n'étaient pas seulement des religieux appartenant aux ordres mendiants, et comme tels destinés à une vie nomade : le 29 juillet i38i, c'est-à-dire au moment où commençait la répression légale de l'insurrection, nous voyons le conseil de Richard II ordonnant des poursuites contre les frères hospitaliers qui circulent dans le royaume, dédaignent les règles de leur discipline et font scandale 1 . Le 23 novembre, on lance de nombreux mandats d'arrêt contre des moines qui ont quitté leur communauté et vagabondent de pays en pays, au péril de leur âme et au scandale de leur ordre 2 .

Ces documents ne nous disent malheureusement point quelle sorte de « scandale » causaient les religieux errants. Mais nous pouvons peut-être suppléer à leur silence. Les moines nomades visés par les lettres royales, ou, sinon ceux-là, du moins d'autres qui menaient la même vie hors la loi, semaient sur leurs pas l'esprit de haine et de résistance. Langland, dans sa Vision of William concerning Piers the Plowmann, ouvrage probablement commencé vers 1 362 et terminé peu après l'avènement de Richard II, accuse les • friars », qui sont essentiellement des nomades, de prêcher aux pauvres le communisme : « Les voilà, dit-il, qui démontrent d'après Sénèque, que toutes choses sous le ciel devraient être en commun. Et cependant, il ment, sur ma parole, celui qui prêche aux gens du peuple cette doctrine, car Dieu l'a mis dans sa loi et Moïse l'a enseigné : Non concupisces rem proximi tui 3 . » Le poète ne dénature-t-il pas les faits, dans sa haine des friars, en leur attribuant ces doctrines révolutionnaires? C'est une question que nous discuterons. Retenons seulement, de l'invective de Langland, que dans les années antérieures à la*révolte, on parlait de sermons subversifs faits au peuple par des prédicateurs nomades. On peut donc croire que les conseillers de Richard II s'aperçurent un peu tard d'un danger déjà ancien, lorsqu'au mois de mai 1 382, ils essayèrent d'y remédier par un statut fort intéressant pour nous : ils ordonnent aux officiers royaux de rechercher et d'arrêter les prédicateurs qui, sans licence du pape ni des ordinaires, vont de ville en ville et de comté en comté, < en certains habitz, souz dissimulacion de grant saintée », prennent la parole dans les églises, les cimetières, les foires, partout où ils peuvent réunir un auditoire nombreux, et « prêchent. . . diverses matiers d'esclaundre pur discord et dissencion faire entre

1. Public Record Office, Claus. S Rie. Il, membr. 38. Cet acte et tous les documents inédits que nous citerons, proviennent des recherches d'André Réville.

a. R. O., Patent 5 Aie. U, part, i, m. n et 7. On trouve des actes du même genre en i38i et 1 383 : Patent 6 Rie. II, part, 2, m. 29 et 2.

3. Traduction de M. Jusserand : L'épopée mystique de W. Langland, p. 1 58 (Paris, 1893).

diverses estatz dudit roialme si bien temporelx corne espiritelx, en commocion du poeple, a grand péril de tout le roialme 1 . »

Et maintenant une question importante se pose : Quels étaient ces prédicateurs ? Faut-il en croire Langland, accuser les frères mendiants et en particulier les plus remuants de tous, les franciscains ? M. Jusserand est de cet avis. Après avoir analysé le statut de i382, il nous dit que « beaucoup de ces orateurs audacieux étaient des frères mendiants 2 ». Il en donne pour preuves, d'abord l'accusation lancée contre eux par Langland et rapportée ci-dessus, ensuite la popularité dont les friars jouissaient parmi les révoltés : d'après la confession de l'agitateur JackStraw, rapportée par le choniqueur de Saint-Alban 3 , les rebelles ne voulaient conserver d'autres ecclésiastiques que les frères mendiants, qui suffisaient bien pour célébrer les offices.

Je ne crois point pour ma part que, comme le prétend M. Jusserand, les frères mendiants, — entendez par-là les franciscains surtout, — fussent « sûrement compris dans le statut de i382 »♦ Ce n'est pas à eux que peut s'appliquer la description relativement précise contenue dans ce document : ils avaient toute licence pour prêcher en Angleterre. D'un autre côté, je me défie des assertions de Langland et du chroniqueur de Saint-Alban. Le premier était un chantre misérable et aigri ; le second un bénédictin. Tous deux détestaient les frères mineurs, qui, par leurs richesses orgueilleusement étalées, leur influence inquiétante et leur, sans-géne impudent, excitaient alors contre eux une animosité inouïe dans tout le clergé anglais, aussi bien parmi les orthodoxes comme le primat d'Irlande Richard Fitz-Ralph 4 , que parmi les révolutionnaires comme Wycliffe. Nous avons beaucoup d'opuscules écrits au xiv e siècle contre les franciscains; on critique violemment leur mendicité, leur paresse, leur gourmandise, leurs débauches, mais on ne leur reproche pas de répandre des doctrines communistes 5 . Tout au plus Fitz-Ralph les accuse-t-il d' «en-

1. Rolls of Pailiament, III, 124-125. — Statutes of the realm, II, 2S-26. — Ce statut est à vrai dire une ordonnance royale. Voy. à ce sujet les protestations des communes au Parlement d'octobre 1 38a : Wallon, Richard //, I, 1 5o.

2. Jusserand, Vie nomade, 2 part., chap. ni. Les Prêcheurs, et chap. îv, Les Frères mendiants.

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