Notizenblatt, Le
3. Archives d'État de Venise, Senato Mar, I, f° 114 v°. En 1456 (18 mars), le Collège des blés accorda un privilège semblable à maître Christophe a Coratiis, in confie tendis et operandis molendinis (Senato Terra, IV, f° 1 v°). En 1460, un jeune ingénieur, Jacques de Valperga, s'offrait de faire monter de Peau douce ou salée dans les maisons qu'il voulait construire et de faire mouvoir par sa chute subséquente des moulins et d'autres machines semblables (ibid., f° 1 56) . Le privilège du 28 juillet 1446 mentionne une autre invention pour laquelle Marini obtint le même privilège. « Et similiter eidtm concessum sit, quod aliquam aliam suam inventionem et ingenium per eum demonstrandum aliquis operare non possit » Sen. Mar, II, f° 167 v°. Pour la manière habituelle de nettoyer les canaux, v. Savi eét esecutori aile acque, 33 il, Decteti del maggior consilio, etc. (141 5-88), f° 90 v° (i5 décembre 1440).
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République. Il découvrit enfin certains fours, sur lesquels un nouveau privilège, du 19 mars 1456, ne s'explique guère.
Par cet acte, le monopole relatif au nettoiement des canaux est renouvelé pour vingt ans au profit de « maître Antoine de France, homme d'une grande habileté assurément, qui, depuis plusieurs années, a employé toute son attention à de pareilles subtilités et œuvres ingénieuses ! ». Ce même privilège du 19 mars 1456 concernait aussi la Brenta. Cette rivière ne pouvait verser ses eaux dans la lagune, parce que son embouchure était barrée à Lizza-Fusina. Un canal, partant de ce point, en détournait le cours vers la lagune de Malamocco, par où les barques, enfilant le canal, se dirigeaient vers la rivière elle-même, qui les conduisait à Padoue. Cela faisait perdre du temps. Marini trouva moyen de faire passer les barques à Fusina même, par dessus la clôture. C'était une machine de bois assez compliquée, qui, sous le nom de carro, fut maintenue jusqu'à la fin du xvn c siècle 2 .
Le 10 avril 1456, l'ingénieur français se trouvait à Gratz, dans les possessions héréditaires de l'empereur Frédéric ; il obtint d'abord de l'empereur, pour lui et pour ses associés, Daniel de Poli de Venise et l'aventurier Jean de France ; puis de l'archevêque de Salzbourg (6 novembre), pour lui tout seul, des privilèges exclusifs pendant vingtcinq années, relatifs à « certains travaux de son invention pour calciner la chaux, cuire des briques, brasser la cervoise, bouillir du sel, construire des moulins, des aqueducs et fortifier les clôtures des rivières contre la crue des eaux 3 . »
Peu de temps après, nous le trouvons à Vienne, puis il passa en Bohême, où il devint le conseiller et l'inspirateur du grand roi tchèque, Georges de Podiébrad.
Il vint à Prague, certainement, dans l'intérêt de ses inventions ; le roi ne tarda pas à apprécier les connaissances économiques et les ingé-
1 . Magister Antonius de Francia, vir profecto magne industrie, qui, a pluribus annis citra, in hujusmodi subtilitatibus et ingeniosis operibus omnia studia sua convertit. Sen. Terra, IV, f° i v°.
a. Cf. ibid., f° 141 v°. Le privilège de la Brenta esi mentionné dans celui de 1463 (voy. plus loin!. Nous ne l'avons pas retrouvé. Pour le char et la Brenta, voyez Itinerario di Marin Sanuto per Terra ferma veneziana ncll' anno M CCCC L XXX M, Padova. Dalla tipografia del seminario, 1847, f° 2 a v° et vin, note 11 (par Rawdon Brown) ; Savvi e prou, aile acque, l. c, f° 100; Sen. Terra, I, f° 171 v°.
3. Archiv fUr Kunde osterreichischer Geschichtsquellen, t. X, p. 196-7 ; Notizenbtatt, pp. 289-90, 292-3.
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nieuses idées de l'aventurier. Cest à sa requête, sans doute, que M arini composa une série de petits traités relatifs au développement de la richesse dans le royaume. Il les mentionne dans un opuscule tchèque, écrit au printemps de Tannée 1462 \ 11 y exposait la manière de fixer le cours des monnaies, d'exploiter les mines, de percevoir les régales du royaume, d'en dresser le cadastre. En 1462, provoqué par Podiébrad, il lui adressa un nouveau mémoire, sur les mêmes points et sur d'autres encore : le commerce du pays, son état actuel et la manière de l'étendre, etc. Il recommande aux Tchèques de placer des capitaux privés dans les mines ; il propose de nouer des relations commerciales avec Venise, de ne pas thésauriser l'argent monnayé ; il demande au roi d'avancer à ses sujets, sans intérêts, les sommes nécessaires pour tenter de grandes entreprises.
Podiébrad, que cette intelligence active séduisait, donna bientôt à Marini des missions politiques. Il avait besoin d'un homme énergique et insinuant, connaissant presque toutes les langues de l'Europe et tous les pays de l'Occident, pour lui confier l'exécution des grands projets qu'enfantait son esprit.
Les circonstances paraissaient favorables aux projets ambitieux. En face de l'Empire désorganisé et d'un empereur apathique se formaient, dans presque toute l'Europe, des États centralisés, de puissantes monarchies absolues. Allait-on suivre leur exemple ? L'Allemagne était-elle destinée à devenir une confédération de princes ? L'empereur, uniquement préoccupé des intérêts de sa famille, n'avait qu'une politique, celle d'attendre et de ne rien faire. On s'en lassa : en 1461, une partie des princes de l'Empire paraissait bien décidée à en finir avec Frédéric III. L'archevêque-élu de Mayence 2 , les électeurs de Bavière et du Palatinat pensaient très sérieusement à nommer un nouveau roi des Romains. Les empiétements de la papauté, dont les prétentions financières et administratives étaient plus grandes que jamais sous le pontificat de Pie II, irritaient de plus en plus les électeurs. Le danger turc se prononçait. On craignait une attaque contre l'Albanie ; les États slaves des Balkans, en discorde entre eux, se voyaient menacés d'une invasion ; la Hongrie pensait à
1. Cet opuscule a été publié dans le Casopis ctsk. Muséum, III* (1828). Nous en empruntons l'analyse au livre de Palacky, 1V J , i3o-3 et à l'article de M. Markgraf, 168-9. M. Markgraf croit que le traité ne peut être antérieur à l'année 1463, parce que Marini répond d'une manière très brève sur les deux premiers points proposés par le roi (questions des compactais et de la ligue des princes) et qu'il mentionne les missions qu'il aurait remplies antérieurement. Comme cependant, en discutant cette question, il ne cite pas son traité sur la ligue, il est certain que l'opuscule économique est antérieur à ce traité, qui fut écrit pendant l'été de l'année 1462.
a. Voy. K. Menzel, Diethcr von htnburg, Erlangen, 1868.
se sauver par une paix avec l'ennemi héréditaire ; on parlait de l'intention qu'avait le Sultan d'aller jusqu'à Rome '. C'eût été le rôle de l'empereur de défendre la chrétienté 2 . Or, Frédéric III ne se souciait guère de se déclarer le champion de la croix contre les Infidèles. Aussi pensa-t-on à d'autres personnages. On mit en avant les noms de Philippe de Bourgogne 3 , de Louis XI 4 , de l'Électeur palatin 5 . Enfin, dans une diète, convoquée en Bohême, à Eger, Georges Podiébrad se fit présenter la couronne impériale par le parti de la réforme (printemps 1465). A qui pouvait-elle mieux revenir, qu'à celui qu'on appelait « le premier électeur de l'Empire »? Il voulait combattre les Turcs et ressusciter pour lui-même l'Empire de Constantinople 6 .
C'était un projet hardi. Georges avait, sans doute, avec lui, une partie des princes allemands, ses parents 7 ; en dehors de l'Allemagne, il pouvait avoir des alliés : la Hongrie, dont le roi Mathias devait épouser sa fille Cunégonde ou Catherine 8 , la Pologne, avec laquelle des négociations pour la paix avaient commencé en janvier 1460, à Beuthen 9 . Mais les prétentions de Georges échouèrent contre' un parti puissant qui tenait pour Frédéric : les électeurs de Brandebourg et de Saxe. Malgré l'opposition qu'il rencontra dans la diète, Podiébrad ne désespéra pas; mais il ne pouvait absolument rien sans l'appui de l'Église. Or le souverain de la Bohême était presque hérétique. N'y aurait-il pas moyen de s'entendre? Ne pourrait-on pas amener Pie II à recevoir l'obédience et confirmer en échange les compactats? Telle est
1. V. les Annales ecclesiastici pour l'année 1461, Monument a Hungarix historica, Acta ex ter a f IV, 67 et suiv. ; Mo nu m. Slavorum meridionalium, de Ljubic', X, 164 et suiv.; Romanin, Storia doc. di Venezia, IV, 307 et suiv. ; Makouchew, Monum. hist. des Slaves méridionaux, II, Belgrade (1882), pp. 2 5-6 et ailleurs, etc.
2. « Meminerit, lui écrivait le roi Mathias de Hongrie, en 14S8, se omnium pdelium defendendorum caput. » Fraknôi, Mâtyâs kirâly Levelai, I (1458-79), Budapest 1893, 5-7.